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Chroniques de la désobéissance
Le Monde libertaire n° 1670 du 26 avril au 2 mai 2012

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Derrière les livres, l’anarchie !

Les anarchistes ont toujours beaucoup produit de livres, la culture de l’écrit ayant une place centrale dans ce mouvement qui met l’éducation au cœur du processus de transformation sociale. Et ce n’est pas pour rien si, chaque semaine, Le Monde libertaire se fait l’écho d’une ou plusieurs parutions éditoriales. Ce coup-ci, c’est notre camarade André Bernard, du cercle Jean-Barrué de la Fédération anarchiste (Gironde), qui est à l’honneur. Après Être anarchiste oblige !, paru en 2010, il revient aux éditions de l’Atelier de création libertaire (ACL) avec ses Chroniques de la désobéissance.

Recueil des chroniques littéraires qu’il déclame sur les ondes d’une radio locale et d’articles publiés « ça et là » dans la presse libertaire, André Bernard se propose, en les compilant ainsi, de traiter de « révolte sociale, d’anarchisme, de désobéissance civile, de non-violence active », et ce non sans quelques « écarts vers l’expression poétique ». Si, au premier abord, cela pourrait sembler un peu « disparate », on se rend vite compte, à la lecture, que l’ouvrage forme en réalité un tout cohérent. D’autant que, ainsi compilées, ces chroniques prennent tout leur sens, reliées entre elles par un même fil conducteur politique. Car, bien plus que de simples critiques bibliographiques pertinentes, l’ouvrage nous invite à la rencontre d’un homme — son auteur —, et plus particulièrement de sa pensée et de sa pratique politiques. Cette pensée, c’est bien sûr celle de la transformation sociale, de la lutte contre le capitalisme et l’État, contre l’exploitation et la domination, et pour l’avènement d’une société nouvelle, libre et épanouie. Quant à la pratique, si elle n’est pas forcément clairement exposée, elle reste néanmoins enracinée dans un principe qui, pour l’auteur, est essentiel, voire primordial : celui de la non-violence. Pour André, et c’est ce qui semble déterminer ses choix en matière d’outils et de méthode, « la violence n’est pas révolutionnaire en soi » et « elle peut même être contre-révolutionnaire ». Mais cette non-violence est une non-violence politique, anarchiste, et non un alibi pour se réfugier dans le légalisme absolu et l’immobilisme ravageur qui sont le lot de certains de ses soi-disant défenseurs. On sera d’accord ou pas avec cette conception de l’anarchisme et de la transformation sociale, mais, quoi qu’il en soit, on ne pourra reprocher à André de ne pas être cohérent : la non-violence — et les formes qu’elle peut éventuellement adopter (voir les pratiques de désobéissance civile mentionnées dans l’ouvrage) — habitent chaque page de ce livre.

Portrait d’une pensée politique, ces Chroniques de la désobéissance constituent aussi, de par leur nature, une riche bibliographie critique pour celui qui, militant ou non, cherche à s’éduquer, à s’instruire à travers des thèmes généralement délaissés par la culture dominante, bourgeoise et marchande. À l’avenir, ce livre se révélera donc sans doute bien utile, lorsqu’il s’agira de répondre aux demandes de personnes souhaitant en apprendre davantage, via des bouquins, sur l’anarchisme et, plus généralement, sur le mouvement social.

Guillaume Goutte Groupe Salvador-Segui de la Fédération anarchiste




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