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La grève des ovalistes (Lyon, juin-juillet 1869)
CQFD n° 149 - décembre 2016

Les dames de la grève

Réputée comme la « première grande grève des femmes ouvrières en France », la grève des ovalistes de Lyon en juin-juillet 1869 est l’objet du livre de Claire Auzias et Annick Houel publié en 1982 et récemment réédité par l’Atelier de création libertaire.

Les ovalistes sont des ouvrières surexploitées, travaillant douze heures par dont la tâche est à appliquer des jour, traitements au fil de soie afin de le rendre propre au tissage. Durant l’été 1869, ce sont 1800 travailleuses qui vont transgresser l’ordre social paternaliste et capitaliste et sortir de leurs ateliers pour revendiquer une augmentation de salaire et la baisse du temps de travail. Souvent célibataires, venues de la campagne ou du Piémont, parfois filles mères, certaines sont obligées d’avoir recours à la prostitution. « Il y en a au moins la moitié qui n’ont pas de santé, écrivent-elles dans leur cahier de doléances, et sont souvent malades par rapport à la nourriture grossière qu’elles sont obligées de manger afin de pouvoir se suffire avec le peu qu’elles gagnent. » Malgré la surdité des pouvoirs publics et l’hostilité des patrons, les ouvrières tiennent bon et leur mode d’organisation en assemblée générale leur amène l’appui d’opposants politiques et d’internationalistes au-delà du cadre strictement corporatiste. Le 11 juillet, la commission de grève, avec à sa tête Philomène Rozan, annonce son adhésion à l’Association internationale des travailleurs (AIT), véritable structure d’organisation et de débats du mouvement ouvrier à l’époque.

Mais, tandis que la dimension féminine de la grève aurait pu constituer un enjeu po¬litique de premier plan, les ouvrières de la soie ne sont pas accueillies comme il se doit dans cette association exclusivement masculine. Pourtant, Marx avait proposé que la meneuse de la grève, Philomène Rozan, soit déléguée spéciale au congrès annuel de l’Internationale qui doit se tenir en septembre 1869 à Bâle. De son côté, le collectiviste français Benoît Malon écrit que la présence d’une représentante lyonnaise « serait l’oc¬casion d’un débat solennel sur l’égalité de la femme afin de provoquer d’entrée de jeu un conflit salutaire avec les proudhoniens ». Les proudhoniens français sont alors sur des positions misogynes et anticollectivistes. Mais les responsables de la section lyonnaise de l’AIT vont capter le mandat des ovalistes et l’offrent à leur ami Bakounine pour lui permettre de se rendre au congrès. Même si on y lit un rapport d’une teneur très paternaliste en leur faveur, les ovalistes n’iront pas à Bâle et retournent à l’anonymat. D’une certaine manière, elles font les frais de la querelle des « grands hommes », Marx et Bakounine. Dans leur livre remarquablement documenté, Claire Auzias et Annik Houel constatent que l’absence des ovalistes à Bâle solde le « rendez-vous manqué entre le mouvement ouvrier et le mouvement féministe ».

Aussi, on ne peut que convenir à l’appréciation de Michelle Perrot dans sa préface : « Ce livre sincère n’est pas seulement une contribution à l’histoire des femmes. Il dit aussi comment, parfois, les hommes écrivent la leur. »

Mathieu Léonard




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