Archive pour août 2016

Encore un exploit de la colonie Cecilia! et une photo

Presque trente minutes d’enregistrement et un récit basé sur plusieurs de mes textes (erreurs de lectures à part), certains, qu’à sa demande, j’ai envoyés personnellement à Emilio Franzina quand une radio italienne l’a chargé d’enregistrer un récit sur la colonie Cecilia. En trente minutes, ou presque, pas une référence explicite à ces textes ni au nom de leur auteure… Le récit est “friendly”, comme me l’annonçait le récitant dans un sympathique message d’approche, mais guère impartial envers Rossi et les anarchistes, ces “éternels rêveurs”, dont il est finalement peu question d’un poing de vue politique. Sans rancune, voici le lien vers le podcast de l’émission: La Colonie Cecilia. Attention, si vous suivez ce lien, ne vous fiez pas à l’illustration qui n’a rien à voir avec la Cecilia. Mais on y voit bien Rossi, avant son départ pour le Brésil: il est debout à droite.
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La Cecilia en rouge et or

internoscalaRouge, noir et or, le décor du Teatro alla Scala de Milan. Blanches et noires, les chevelures et les barbes des personnages qui apparaissent à l’écran, l’empereur du Brésil et l’anarchiste, vétérinaire et agronome, Giovanni Rossi. On n’a pas lésiné sur la symbolique des couleurs pour cette scène d’ouverture du film de Jean-Louis Comolli, La Cecilia, 1976, une scène qui n’a jamais existé dans la réalité (et on peut maintenant reconstruire la manière dont s’est créée la légende) mais qui donne, à sa façon, la mesure de l’enthousiasme et de l’implication de Rossi pour la réalisation de son projet de communauté agricole anarchiste.
Ellipse, puis le film reprend avec l’arrivée des pionniers sur le site où va se dérouler l’expérience de « socialisme expérimental ». Commence alors réellement l’histoire de la Cecilia, certes encore un peu romancée et adaptée car, malgré les recherches effectuées par l’équipe du film, dont témoigne le dossier publié alors, certains documents ont fait défaut (par exemple le premier compte rendu publié par Rossi, sans doute moins connu car publié en dehors des circuits anarchistes, par les soins du géographe, républicain et libre penseur Arcangelo Ghisleri).
Parmi les spectateurs, ceux qui ont animé les communautés des années soixante et soixante-dix (comme Comolli lui-même qui fait le lien entre son film et son expérience au sein de la rédaction des Cahiers du cinéma) partagent généralement les émotions et les questionnements des membres de la Cecilia : les moments d’euphorie lors des réalisations collectives (par exemple lors des premières semailles), mais aussi les discussions avec ceux qui affirment que leur liberté va jusqu’à laisser aux autres le soin de s’occuper des aspects matériels et des tâches ménagères…
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A l’école libertaire Germinal, São Paulo, Brésil

Ceci n'est pas un triangleSuivant l’onde de choc provoquée par l’exécution de Francisco Ferrer, le projet de création d’une école moderne naît à São Paulo en novembre 1909 et se réalise dès l’année suivante. Il a toutefois été précédé d’une autre expérience pédagogique, celle de l’école libertaire Germinal, active à São Paulo dès 1902. C’est Angelo Bandoni, fondateur et rédacteur du périodique homonyme, qui crée cette école dont il est aussi le professeur. On apprend, de la plume de Bandoni lui-même, que les élèves de l’école Germinal savent parfaitement définir les concepts les plus complexes et les principes anarchistes les plus élaborés, qu’ils ont appris à définir l’histoire, à haïr la religion, la propriété privée et la patrie. Cet apprentissage (?) passe le plus souvent par des chansons, la plupart écrites par le maître pour « influencer (!) la sensibilité » des élèves. Voici un extrait du chant qui vient ponctuer la fin de chaque journée d’école :

Noi siam figli di sfruttati
che fecondan col sudore
le delizie pel signore,
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Les femmes dans le mouvement anarchiste italien. Mémoires d’oubliées

donneanarchia-300x300Si vous avez manqué le colloque de Carrare  sur Les femmes dans le mouvement anarchiste italien, qui s’est tenu le 27 février 2016, voici le compte rendu de Dina Tollari, qui avait fait le déplacement. Merci à Dina de nous faire partager ce moment.

Le 27 février 2016, l’élégant bâtiment de la Bibliothèque Lodovici de la petite ville de Carrare a accueilli chercheurs et auditeurs intéressés par le thème des femmes dans le mouvement anarchiste italien. Invité à 14.30, l’auditoire, bravant la pluie battante, a commencé à arriver et à s’installer paisiblement jusqu’à emplir la salle, plutôt vétuste, Leo Gestri. La moyenne d’âge des assistants était assez avancée et beaucoup étaient visiblement contents de retrouver de vieilles connaissances ; d’autres examinaient ou achetaient des livres, exposés sur une commode ancienne, dont la provenance et la gestion relevaient du mystère pour un œil non averti ; d’autres encore semblaient préoccupés par leur communication à venir.
Sans hâte, Elena Bignami, de l’université de Bologne, a ouvert la séance au nom de Fiamma Chessa, organisatrice du colloque et directrice de l’Archivio Famiglia Berneri - Aurelio Chessa, retenue pour raison familiale. Dans une brève présentation de l’association Amici dell’archivio Famiglia Berneri-Aurelio Chessa, née en septembre 2014, elle a fait part des actions et objectifs poursuivis : réorganisation et mise en œuvre de divers fonds, publications, numérisation de périodiques conservés aux archives, organisation de colloques. Est signalé l’intérêt d’un groupe de chercheurs de l’institut historique allemand de Rome pour la question féminine à l’intérieur du mouvement anarchiste au niveau international. Puis, dans son rôle de modératrice, E. Bignami a aimablement introduit tour à tour les intervenants, présentant principalement leurs ouvrages ou leurs travaux en relation avec le sujet de l’après-midi.
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L’histoire de l’anarchisme italien est liée, par bien des aspects, à l’histoire de l’émigration italienne. Malatesta lui-même a passé une bonne partie de son existence hors d’Italie, en Amérique du Sud et à Londres (mais aussi en Égypte et ailleurs), avant son retour rocambolesque en Italie en 1919, et il était en contact avec des militants répartis aux quatre coins du monde. Le fil conducteur choisi pour ce blog offre donc un vaste champ d’investigation. Ce sera la seule contrainte que nous nous imposerons : nos « conversations » auront toutes pour point de départ les vicissitudes des anarchistes italiens dans le monde et aborderont, au fil de l’actualité, de l’humeur, peut-être aussi des réactions et des demandes des lecteurs, des sujets variés, que nous illustrerons si possible de photographies, documents d’archives, correspondances, textes traduits de l’italien…