Archive pour la catégorie ‘Philosophie’

Conférence internationale à Priamoukhino pour le bicentenaire de Michel Bakounine

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Certains des amis russes (dont Misha Tsovma) qui s’occupent de l’ancien domaine de la famille Bakounine à Priamoukhino m’ont transmis cet appel à contribution pour un colloque international qui se tiendra sur place les 12 et 13 juillet 2014 à l’occasion du bicentenaire de la naissance du révolutionnaire russe.

Voici l’appel en question.

La photo qui est illustre ce billet a été prise par Sarah Gruszka à Priamoukhino en 2011. On trouvera ici l’article dont elle est tirée.

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Le statut de la philosophie chez le dernier Bakounine

colloque_couvJe livre ici le contenu de la communication que j’avais lue en mai 2011 lors du colloque Philosophie de l’anarchie, organisé à Lyon (ENS et Cedrats). Le texte a été publié avec les actes du colloque, dans un volume édité à l’ACL et coordonné par Daniel Colson, Mimmo Pucciarelli et moi (toutes les références utiles sur ce livre à cette adresse, avec notamment la table des matières et quelques captations vidéos du colloque). Bonne lecture (ou pas) !

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Bakounine et Fichte

johann_gottlieb_fichteresizedAu cours de sa jeunesse, en Russie, Bakounine se plongea dans la philosophie allemande, à laquelle il s’initia au sein du cercle de Stankevitch à partir de 1836. Le premier auteur pour lequel il se prit véritablement de passion fut Johann Gottlieb (littéralement: Jean Théophile) Fichte (1762-1814). Il fut adepte de cette philosophie vers 1836-1837 avant de la délaisser progressivement après l’été 1837 pour celle de Hegel, dont il venait de lire la Phénoménologie de l’esprit. Ce dernier devait occuper une place bien plus durable dans la pensée de Bakounine, qui ne s’en détachera qu’à partir de 1842-43, en même temps qu’il se détachera de la philosophie elle-même.

Mais qu’en est-il exactement de son rapport précoce à Fichte? Cet enthousiasme de jeunesse n’a-t-il laissé aucune trace dans les développements ultérieurs de sa pensée?

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Aileen Kelly : une psychologue au chevet de Bakounine

kelly_bakuninJe ne reviendrai pas sur ma propension quasi pathologique, évoquée au début du billet précédent, à collectionner les livres, même les plus faibles, consacrés à Bakounine – ni sur la question de savoir si je les acquiers pour pouvoir en parler ici, ou si j’en parle ici pour me donner a posteriori une bonne raison de les avoir acquis.

Quoi qu’il en soit, j’ai acheté d’occasion sur Internet le livre d’Aileen Kelly, Mikhail Bakunin. A Study in the Psychology and Politics of Utopianism, New Haven & London, Yale University Press, 1982 (c’est en fait la seconde édition, celle de 1987, que j’ai trouvée, et l’expédition de ce livre depuis les États-Unis m’a coûté  5 fois plus cher que le prix du livre – qui était de 2$ – ce qui fait de surcroît de l’achat de cet objet une aberration écologique), et je l’ai acheté bien que j’aie été considérablement prévenu contre lui, notamment par la lecture de l’ouvrage de Paul McLaughlin, Mikhail Bakunin. The Philosophical Basis of His Anarchism, qui le descend littéralement en flammes. Il me semble toutefois, je vais y revenir, que ce n’est pas toujours pour de bonnes raisons, ou plus exactement que l’on peut accorder certaines thèses ponctuelles à cet ouvrage sans pour autant valider sa thèse d’ensemble. Je m’accorde en revanche avec P. McLaughlin pour considérer que cet ouvrage est un bon représentant d’une lecture libérale de Bakounine – de même, si l’on veut, que le livre de Duclos constitue un bon exemple de lecture stalinienne.

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Bakounine, un anarchiste en philosophie

bakounine2Je fournis ci-dessous le texte de la préface que j’ai rédigée pour la publication des Considérations philosophiques sur le fantôme divin, le monde réel et l’homme par les éditions Entremonde (voir précédent billet sur la question).

Le texte de cette préface, ainsi que l’intégralité du livre, peuvent être consultés sur le site Internet de l’éditeur.

L’image qui illustre ce billet est un portrait de Bakounine par Christian Antonelli, dont on peut regarder les dessins ici. Lire la suite de cette entrée »

Parution: les Considérations philosophiques de Bakounine

01classique-couv2_25Les éditions Entremonde ont décidé de rééditer le texte de Bakounine intitulé Considérations philosophiques sur le fantôme divin, sur le monde réel et sur l’homme. Et ce n’est pas seulement parce que j’ai fait la préface de cette réédition que je vous recommande de vous la procurer, pour les fêtes ou pour autre chose. C’est aussi parce que l’éditeur n’édite que des textes de ce genre – de sorte qu’il serait d’ailleurs sans doute préférable d’acheter le livre que de le voler (je le dis d’autant plus librement que je ne touche rien dessus!) – et parce que le contenu du bouquin est diablement intéressant.

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« La passion de la destruction est en même temps une passion créatrice! »

destruction_of_leviathan-50« La passion de la destruction est en même temps une passion créatrice  » (Die Lust der Zerstörung ist zugleich eine schaffende Lust): c’est par ces mots que Bakounine conclut en 1842 son premier texte révolutionnaire, La Réaction en Allemagne – texte que l’on peut lire en allemand dans un scan du texte original, ou en français, soit dans la traduction de Jean Barrué, soit dans la mienne. A l’heure où l’on peut espérer que la population grecque (et d’autres peut-être après elle) fasse l’expérience pratique de ce que signifie cette déclaration, je souhaiterais dans ce billet en proposer un commentaire, en étudier la réception et m’attarder sur une référence en particulier qui y a été faite, chez les situationnistes.

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La critique du Juste-milieu

daumier_justemilieu-50Parmi les thèmes qui courent dans toute l’œuvre écrite de Michel Bakounine, la critique du Juste-milieu est sans doute l’un des plus intéressants en ce qu’elle exprime la radicalité de cette pensée. Exposée pour la première fois en 1842 dans l’article La Réaction en Allemagne, on la trouve encore, certes transformée, trente ans plus tard, dans les derniers écrits de Bakounine.

La notion même de Juste-milieu est héritée du contexte politique de la Monarchie de Juillet – d’où la gravure de Daumier qui illustre ce billet, et qui illustre le peu d’estime qu’inspirait à l’époque le centre de l’assemblée. Le Juste-milieu, c’est l’équivalent du Marais à l’époque révolutionnaire, c’est cette partie de l’Assemblée qui, au gré des vents (car selon une formule attribuée à Edgar Faure, ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent!), va s’allier avec la droite ou avec la gauche. Ou encore, comme l’écrit Bakounine en 1842, prétendant citer un journal français au moment de la révolution de Juillet: « le côté gauche dit: 2 fois 2 font 4, le côté droit dit: 2 fois 2 font 6, et le Juste-milieu dit: 2 fois 2 font 5 » (dans le volume Bakounine jeune hégélien, Lyon, ENS Editions, 2007, p. 121).

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Nicolas Stankevitch vu par Bakounine

stankevichTrente ans après la mort de Nicolas Stankevitch, dont j’ai évoqué la figure dans le précédent billet, Bakounine, dans une note de L’empire knouto-germanique et la révolution sociale (1870-71), lui rend hommage comme à son créateur. C’est à ce texte (qu’on trouve dans le volume VIII des Œuvres complètes chez Champ Libre, p. 275-277) que je souhaiterais consacrer le présent billet, car il regorge d’indications intéressantes.

C’est tout d’abord le contexte dans lequel apparaît le nom de Stankevitch qui me semble devoir être signalé. Il s’agit d’une note de plusieurs pages (comme ce manuscrit en comporte tant…), tissé de réminiscences hégéliennes, que Bakounine ajoute au corps de son texte pour rendre compte d’une thèse qu’il défend, selon laquelle « chaque chose n’est réelle qu’en tant qu’elle se manifeste, qu’elle agit ». C’est d’ailleurs sans doute la coloration hégélienne de cette thèse qui va conduire à la convocation de la figure de Stankevitch. Ce dernier, qui n’a laissé derrière lui aucune œuvre, pourrait alors apparaître comme un contre-exemple : voilà en effet un homme dont chacun s’accorde à reconnaître la richesse intérieure, mais qui n’est pas parvenu à exprimer cette dernière dans une œuvre. Une objection semble venir aussitôt, c’est qu’il y aurait des génies méconnus, qui n’auraient pas manifesté leur richesse intérieure alors que celle-ci est pourtant bien réelle. La réponse de Bakounine est la suivante :

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Bakounine et le cercle de Stankevitch

brownstankevichEntre 1836 et 1840, Bakounine fut membre d’un cénacle qui eut une importance particulière dans le développement des idées philosophiques en Russie. Ce cénacle est connu sous le nom de Cercle de Stankevitch, du nom de celui qui en fut le centre et l’inspirateur, avant de devenir, après sa mort en 1840 à l’âge de 27 ans, un objet de dévotion pour ses amis. On dispose sur ce cercle littéraire et philosophique d’un ouvrage de référence, celui de Edward J. Brown, Stankevich and His Moscow Circle, Stanford University Press, 1966, dont on peut lire des extraits sur Internet.

Comme on l’a rappelé dans un précédent billet, à l’époque où il participe aux activités de ce petit groupe au fonctionnement informel, qui lit pour l’essentiel de la littérature et de la philosophie allemandes, Bakounine n’est pas politisé, mais c’est le cas de tous les membres du groupe, qui ne vont mobiliser leurs lectures que pour penser les relations qu’ils entretiennent avec leur entourage, au sein du groupe et au dehors.

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Comme tant de personnages intéressants, mais aussi comme l'anarchisme, dont il est considéré à raison comme l'un des fondateurs modernes, le révolutionnaire russe Michel Bakounine (1814-1876) a mauvaise réputation : apôtre de la violence, faible théoricien, radicalement extérieur au champ intellectuel européen, on ne compte plus les griefs qui lui sont adressés.
Toute une partie de ce blog consistera d'abord à corriger cette image, erronée non seulement parce qu'elle consiste à projeter sur la personne de Bakounine les fantasmes construits à propos de l'ensemble du mouvement anarchiste, mais aussi parce que Bakounine n'est pas seulement l'un des premiers théoriciens de l'anarchisme. En consacrant ce blog à Bakounine, nous entendons ainsi présenter toutes les facettes de sa pensée et de sa biographie, depuis les considérations familiales de ses premières années jusqu'aux développements théoriques anarchistes des dernières, en passant par son inscription momentanée dans la gauche hégélienne et par son panslavisme révolutionnaire. Nous nous permettrons également quelques excursus, dans la mesure où ils pourront contribuer à éclairer la biographie et la pensée de notre cher Michka ! Le tout sera fonction des envies, de l'actualité, des réactions de lecteurs, et contiendra autant que possible de la documentation sous forme d'images et de textes.
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