Archive pour la catégorie ‘Références’

Deux textes de Gustav Landauer sur Bakounine

Voici deux textes de l’anarchiste allemand Gustav Landauer (1870-1919), traduits par mes soins et consacrés à Bakounine. Je les publie en ce 2 mai 2019 à l’occasion du centenaire de l’assassinat de cet auteur par des membres des corps-francs envoyés par le gouvernement de Berlin pour mater les troubles révolutionnaires en Bavière, troubles dans lesquels Landauer avait été impliqué – il fut même pendant quelques jours commissaire à l’éducation de l’éphémère République des Conseils de Bavière. J’en profite pour signaler deux éléments d’actualité à propos de Landauer. D’une part, du 6 au 8 juin, à l’École Normale Supérieure de Lyon se tiendra un colloque international intitulé « Actualité de Gustav Landauer (1870-1919), philosophe et révolutionnaire », organisé par Anatole Lucet et moi-même. On peut trouver le programme ici. D’autre part, au mois d’octobre, paraîtra à La Lenteur notre traduction de l’Appel au socialisme du même Landauer. Lire la suite de cette entrée »

Colifichets bakouniniens (9) : encore un tee-shirt !

La filière italo-russe a encore frappé, et me voici nanti d’un quatrième tee-shirt Bakounine, où la tête de notre grand-père préféré ressort en rouge sur fond noir. Cette fois, l’auteur du méfait n’est autre que Giulio Spiazzi, rencontré il y a quatre ans à Priamoukhino à l’occasion de la conférence internationale pour le bicentenaire de la naissance de Bakounine. Et son messager est à nouveau Misha Tsovma, qui me l’a offert à l’occasion de la nouvelle année.

Un grand merci aux deux!

Pour les inscriptions: on trouve le prénom et le nom de Bakounine en alphabet cyrillique, avec ses dates de naissance et de décès, ainsi que la mention : « LiberAutonomia », dont une rapide recherche vous apprendra que cela désigne quelque chose qui se passe à Vérone, en Vénitie – mais qui était surtout le nom du site Internet de Giulio, consacré à des expériences de pédagogie libertaire, site qui ne semble plus exister aujourd’hui.

Camus et Bakounine

J’ai eu récemment à rendre compte, pour le numéro 859 (2018/12) de la revue Critique (qui sort en librairie aujourd’hui même) de la réédition d’un livre qui avait initialement paru chez les défuntes Éditions Égrégore sous le titre  Camus et les libertaires, et qui s’intitule désormais Écrits libertaires, par Albert Camus, et Maurice Joyeux, Louis Lecoin, Gaston Leval, Rirette Maîtrejean, Jean-Paul Samson… (Montpellier, Indigènes Éditions, 2013, et 2016 pour cette nouvelle édition). Il y a peut-être quelque chose de discutable à attribuer principalement à Albert Camus (moyennant, sur la couverture, une plus grande police de caractères) ces « écrits libertaires », rassemblés et présentés par l’anarchiste allemand d’expression française Lou Marin. J’y reviendrai plus loin, dans la mesure où le rapport précis de Camus à Bakounine pourrait permettre d’éclairer plus généralement l’attribution à Camus d’écrits libertaires. Quoi qu’il en soit, ce fut pour moi l’occasion de me (re)plonger dans un aspect de la réception de Bakounine que je n’avais guère eu l’occasion d’évoquer jusqu’alors : celle qu’on trouve chez Albert Camus, notamment dans L’Homme révolté. Et comme ce n’était pas vraiment l’objet de mon papier pour Critique, je vais rendre compte de cet aspect bien délimité du rapport de Camus à l’anarchisme ici − sans exclure que les quelques pages où Camus mentionne Bakounine soient significatives d’un rapport plus général à l’anarchisme. Lire la suite de cette entrée »

Bakounine et la musique : une parution récente

En septembre 2017, la chose m’avait échappé (encore merci Marianne !), a paru un petit livre de Jannis Mallouchos, en allemand, consacré au rapport de Bakounine à la musique. Son titre : Der Gesang der Okeaniden. Michail Bakunin und die Musik (Vienne, Bahoe Books, 2017, 120p., ISBN 978-3-903022-66-9). On pourrait douter qu’il y ait là matière à un livre, mais de fait, en lisant la présentation sur le site de l’éditeur (cf. traduction ci-dessous), il y a en effet bon nombre d’éléments, notamment du côté de la biographie du révolutionnaire russe, qui fut ami avec plusieurs musiciens et dont les conceptions en la matière ont été rapportées par certains d’entre eux. J’ai déjà évoqué sur ce blog la plus célèbre de ces rencontres, avec Richard Wagner à Dresde au printemps 1849 – ce même Wagner qui a livré quelques aperçus sur les goûts musicaux de Michel. Bref, en attendant une éventuelle lecture et recension plus développée de l’ouvrage, voici sa présentation. Lire la suite de cette entrée »

Un témoignage sur les derniers mois de Bakounine

Marianne Enckell, du CIRA de Lausanne, que je remercie chaleureusement, a récemment attiré mon attention sur un témoignage personnel à propos des derniers mois de Bakounine à Lugano. Il s’agit d’une dizaine de pages (p. 107-117) dans le livre de souvenirs de Léon Weber-Bauler (1870-1956), De Russie en Occident. Échos d’une vie, qui fut publié en Angleterre en 1940 et en France en 1943. L’auteur est un médecin français d’origine russe (qui fut aussi l’époux et le père des enfants de la peintre russe Maria Iakountchikova), dont la mère, militante nihiliste au début des années 1870, est venue en Suisse et y a fait la connaissance de Michel Bakounine. C’est moins de l’activité militante de ce dernier qu’il est question dans ce chapitre que de «Papa Bakounine», donc du rapport de Bakounine à ses enfants Carlo, Sofia et Maroussia (nés respectivement en 1868, 1870 et 1873 et dont le père biologique, comme ce fut déjà signalé sur ce blog, n’était autre que Carlo Gambuzzi, avocat napolitain et militant libertaire).

Je ne retranscris pas l’intégralité du chapitre intitulé «Bakounine», mais seulement les cinq dernières pages, où apparaît effectivement le révolutionnaire russe. Ce qui précède cette fin de chapitre raconte comment la mère du narrateur est arrivée en Italie et en est venue à faire la connaissance de Bakounine. Par-delà les approximations et reconstitutions (j’en énumère quelques-unes à la fin de ce billet), cet amusant témoignage donne une assez bonne idée de Bakounine comme parent et (non-)éducateur! Lire la suite de cette entrée »

Une lettre de James Guillaume à Max Nettlau (7 décembre 1903)

Recherchant récemment pour un article la source d’une citation de James Guillaume à propos de Bakounine, j’ai dû aller farfouiller dans les archives de l’historien Max Nettlau, conservées à l’Institut Internationale d’Histoire Sociale d’Amsterdam, et j’ai retrouvé la lettre dont était extraite la citation en question. Comme il me semble que c’est un document intéressant, aussi bien pour les rapports entre Guillaume et Nettlau, pour ce que Guillaume pouvait dire (et peut-être penser) de Bakounine et pour l’histoire de la reconstitution et de la réception de l’œuvre de Bakounine, je la transcris ci-dessous dans son intégralité. Je pense que cela peut intéresser les collègues qui ont entamer une belle recherche sur James Guillaume, dont on peut suivre l’avancée sur leur blog.
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Bakounine dans la correspondance d’Arnold Ruge

Il vaut la peine d’éplucher la correspondance d’Arnold Ruge (1802-1880), figure centrale de la gauche hégélienne puis du jeune hégélianisme, et plus largement du Vormärz (cette période qui, en Allemagne, précède la révolution de 1848, laquelle commença là-bas en mars), à la recherche des mentions de Bakounine. C’est d’abord que Ruge tient une place cruciale dans l’itinéraire du révolutionnaire russe. Sa revue, les Deutsche Jahrbücher für Wissenschaft und Kunst (Annales allemandes pour la science et l’art), organe philosophique du jeune hégélianisme, qui avait pris le relais en 1841 des Hallische Jahrbücher (Annales de Halle), lieu d’expression de la gauche hégélienne, accueillit le premier article révolutionnaire de Bakounine, La Réaction en Allemagne, en octobre 1842. Mais avant cela, c’est sans doute ce même Ruge qui ouvrit à Bakounine, de l’aveu même de ce dernier dans la Confession, tout un continent qu’il ignorait, celui de la critique politique et sociale, et amorça par la même occasion l’éloignement progressif du jeune Russe avec ce qui avait jusqu’alors été son terrain d’activité, la philosophie. Lire la suite de cette entrée »

Le Bréviaire Bakounine d’Hugo Ball

Mais comment ai-je pu passer à côté du Bréviaire Bakounine d’Hugo Ball ? C’est un ami (qu’il soit ici remercié!) qui a récemment attiré mon attention sur ce texte inachevé commencé en 1915 par le poète allemand qui deviendrait l’année suivante l’un des fondateurs du mouvement Dada à Zurich. Édité pour la première fois en 2008, Michael Bakunin. Ein Brevier constitue la matière du quatrième volume des Sämtliche Werke und Briefe (Œuvres et correspondance complètes) d’Hugo Ball (10 volumes sont prévus, le dernier se composant de trois tomes de lettres, et trois sont encore à paraître, à en croire le site de la Hugo Ball Gesellschaft). Dix ans après la première édition de ce Bréviaire Bakounine en allemand, et un siècle après l’abandon de ce projet par Hugo Ball, j’ai donc décidé de réparer l’oubli, mais comme on va le voir, c’est une décision qui peut entraîner assez loin. Car se plonger dans ce texte, ce n’est pas seulement ouvrir une porte donnant sur les rapports entre Dada en général ou Hugo Ball en particulier et l’anarchisme, c’est aussi et peut-être surtout avoir à replacer cette réception singulière de Bakounine dans un contexte, celui de l’Allemagne des années 1914-1925. Lire la suite de cette entrée »

Une rue Bakounine à Saint-Imier

rue-bakounineIl y a six ans de cela, je faisais état d’une rue Michel Bakounine à Morlaix, et d’un début d’enquête que j’avais conduite pour établir les circonstances de ce baptême. Aujourd’hui, (Marianne Enckell m’informe que) la Tribune de Genève nous apprend que la petite ville suisse de Saint-Imier vient à son tour de se doter d’une rue Bakounine. Évidemment, ce n’est pas un hasard, puisque Bakounine prononça dans cette ville en 1871 trois conférences qui furent ensuite éditées en volume et qui témoignent des relations d’amitié qu’il avait pu établir avec les ouvriers (notamment horlogers) de la région.

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Colifichets bakouniniens (8) : un autre tee-shirt est possible

p1130906resizedJe dois à mon grand pourvoyeur de colifichets bakouniniens, Misha Tsovma, d’être entré en possession de ce tee-shirt à l’occasion de mon anniversaire. Il est encore l’œuvre des copains italiens qui avaient produit le précédent tee-shirt dont j’avais déjà parlé sur ce blog. J’aime beaucoup la désignation old school anarchist, qui suggère qu’il y a une nouvelle école (qui d’ailleurs n’en est pas une), non pas post mais plutôt néo-anarchiste, comme dirait Tomás Ibañez.

Une question me taraude toutefois: ce bout de tissu imprimé est-il en mesure d’impressionner notre sémillant désormais ex-ministre de l’économie et de rabattre le mépris de classe exprimé par son fameux « vous n’allez pas me faire peur avec votre tee-shirt » lancé à deux grévistes de la CGT à Lunel en mai dernier?

Comme tant de personnages intéressants, mais aussi comme l'anarchisme, dont il est considéré à raison comme l'un des fondateurs modernes, le révolutionnaire russe Michel Bakounine (1814-1876) a mauvaise réputation : apôtre de la violence, faible théoricien, radicalement extérieur au champ intellectuel européen, on ne compte plus les griefs qui lui sont adressés.
Toute une partie de ce blog consistera d'abord à corriger cette image, erronée non seulement parce qu'elle consiste à projeter sur la personne de Bakounine les fantasmes construits à propos de l'ensemble du mouvement anarchiste, mais aussi parce que Bakounine n'est pas seulement l'un des premiers théoriciens de l'anarchisme. En consacrant ce blog à Bakounine, nous entendons ainsi présenter toutes les facettes de sa pensée et de sa biographie, depuis les considérations familiales de ses premières années jusqu'aux développements théoriques anarchistes des dernières, en passant par son inscription momentanée dans la gauche hégélienne et par son panslavisme révolutionnaire. Nous nous permettrons également quelques excursus, dans la mesure où ils pourront contribuer à éclairer la biographie et la pensée de notre cher Michka ! Le tout sera fonction des envies, de l'actualité, des réactions de lecteurs, et contiendra autant que possible de la documentation sous forme d'images et de textes.
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