Archive pour décembre 2009

Bakounine et Dostoïevski

Bien que contemporains, dostoevsky_1859Bakounine (1814-1876) et Dostoïevski (1821-1881) semblent s’opposer sur à peu près tout: l’un est avant tout un praticien de la révolution, l’autre un écrivain qui, avec le temps, est devenu de plus en plus inquiet devant les progrès du parti révolutionnaire en Russie. Par ailleurs, ils n’appartiennent pas aux mêmes périodes de la vie intellectuelle russe : Bakounine a été membre du cercle de Stankevitch, par lequel la philosophie allemande a pénétré en Russie, entre 1837 et 1840, alors que Dostoïevski a fait son entrée dans les salons littéraires de Moscou après la publication de son premier roman, Les pauvres gens (publié en 1846).

Trois éléments semblent toutefois devoir rapprocher les deux personnages. Tout d’abord, il a souvent été dit que Bakounine aurait inspiré à Dostoïevski le personnage de Stavroguine dans Les possédés (ou Les démons), roman écrit entre 1869 et 1871 et publié en 1872. En second lieu, entre 1857 et 1860, Bakounine et Dostoïevski ont tous deux été présents en Sibérie : sont-ils entrés en rapport, d’une manière ou d’une autre? Enfin on trouve dans la correspondance de Bakounine plusieurs mentions de Dostoïevski, et notamment un éloge des Souvenirs de la maison des morts.  Ce sont ces trois éléments qui forment la matière du présent billet. Lire la suite de cette entrée »

Bakounine: sauvage, barbare ou civilisé?

sylvestre_le_sac_de_rome_1890_extrait

A la lecture de certains textes de Bakounine, on est frappé par les différents usages qu’il fait du mot « barbare ». Sommairement, on peut avoir l’impression qu’il utilise ce terme dans deux registres bien distincts : d’une part, d’une manière assez banale, il en use dans son acception morale, lorsqu’il s’agit de dénoncer des actes de barbarie ; d’autre part, et c’est cela qui est frappant, il en fait localement un usage positif, allant jusqu’à se présenter lui-même, en tant que Russe, ou en tant que Slave, comme un barbare. Mais si l’on y regarde de plus près, il n’est pas certain que les choses soient aussi tranchées : dans le cas de la Russie, par exemple, il n’est pas rare que Bakounine utilise l’ambiguïté de cette notion (notion morale et « ethnographique », disons) pour souligner que la barbarie du pouvoir impérial s’explique pour partie par son origine tartare - la difficulté dans ce cas précis étant que ce pouvoir est en fait un pouvoir « knouto-germanique », alliance monstrueuse de la barbarie tartare et de la civilisation de l’État germanique. Dans ce billet je me propose donc, après avoir fourni quelques repères sur l’histoire, ancienne et moderne, de la notion de barbarie, et sur la base d’un recensement systématique des usages de la notion de barbarie chez Bakounine, de dresser un tableau synthétique et de creuser l’usage positif que Bakounine en fait.

Lire la suite de cette entrée »

Bakounine dans le Plan B

arton870-94648Dans le dernier numéro du Plan B, il est brièvement question de Bakounine, dans la rubrique p. 14 “L’histoire n’est pas finie”. Le problème, c’est que l’honorable organe de la Sardonie libre reproduit une erreur qu’on trouve un peu partout sur le Catéchisme révolutionnaire. Malheureusement, il semblerait que la boîte mail de la rédaction soit pleine jusqu’au gosier (il semblerait que la progression vertigineuse des ventes du Plan B ait conduit son équipe dans la débauche la plus effrénée, de sorte qu’ils ne consultent plus leur boîte mail). Du coup, je copie ici le petit mot que j’ai tenté de leur envoyer.

Lire la suite de cette entrée »

Comme tant de personnages intéressants, mais aussi comme l'anarchisme, dont il est considéré à raison comme l'un des fondateurs modernes, le révolutionnaire russe Michel Bakounine (1814-1876) a mauvaise réputation : apôtre de la violence, faible théoricien, radicalement extérieur au champ intellectuel européen, on ne compte plus les griefs qui lui sont adressés.
Toute une partie de ce blog consistera d'abord à corriger cette image, erronée non seulement parce qu'elle consiste à projeter sur la personne de Bakounine les fantasmes construits à propos de l'ensemble du mouvement anarchiste, mais aussi parce que Bakounine n'est pas seulement l'un des premiers théoriciens de l'anarchisme. En consacrant ce blog à Bakounine, nous entendons ainsi présenter toutes les facettes de sa pensée et de sa biographie, depuis les considérations familiales de ses premières années jusqu'aux développements théoriques anarchistes des dernières, en passant par son inscription momentanée dans la gauche hégélienne et par son panslavisme révolutionnaire. Nous nous permettrons également quelques excursus, dans la mesure où ils pourront contribuer à éclairer la biographie et la pensée de notre cher Michka ! Le tout sera fonction des envies, de l'actualité, des réactions de lecteurs, et contiendra autant que possible de la documentation sous forme d'images et de textes.