Archive pour novembre 2012

Un portrait italien de Bakounine

bakunin_plinionomelliniMisha Tsovma m’a transmis ce portrait de Bakounine. Il semble qu’il soit attribué au peintre italien Plinio Nomellini. Celui-ci est un représentant d’un courant néo-impressionniste proche du pointillisme, le divisionnisme, fondé par Seurat en 1884. Si j’en crois wikipedia, il s’agissait pour les peintres de ce courant d’appliquer sur un support de petites taches de couleur pure, de telle sorte que le mélange soit produit dans la perception du spectateur et que le maximum de luminosité soit ainsi atteint. Je signale ces éléments d’histoire de l’art aussi parce que réaliser un portrait divisionniste d’un auteur qui fit à plusieurs reprises l’éloge paradoxal de la division me semble parfaitement approprié.

Comme d’autres portraits de Bakounine, celui-ci a donc été peint, non pas d’après modèle, ni même d’ailleurs d’après photo, mais d’après l’idée que son auteur se faisait du révolutionnaire russe. Après tout, c’est aussi le cas des deux bustes de Korolev dont j’ai parlé dans de précédents articles (ici, et ), mais aussi, à ma connaissance, d’au moins un tableau russe qui représente l’arrestation de Bakounine d’une manière tout à fait fantaisiste.

On pourrait d’ailleurs, me semble-t-il, partager l’iconographie bakouninienne en trois catégories, qui correspondent à autant de périodes. Tout d’abord les portraits effectués de son vivant (photographies, dessins, peintures), et qui relèvent souvent davantage du document que de l’œuvre d’art. Ensuite ceux qui ont été réalisés dans les décennies qui ont suivi sa mort par des personnes qui ne l’ont pas côtoyé et qui ont davantage peint l’idée qu’ils accolaient au nom de Bakounine que le révolutionnaire russe lui-même. Le portrait de Nominelli entre dans cette catégorie, mais c’est aussi le cas, à mon avis, des deux bustes réalisés par Korolev. Enfin, depuis les années 60, on voit réapparaître des portraits de Bakounine, ce qui coïncide avec un regain d’intérêt pour l’anarchisme et son histoire, mais aussi à la plus large diffusion des documents photographiques : les portraits de cette période, réalisés d’après photo, ont en même temps souvent une coloration contemporaine qui indique qu’à travers Bakounine, c’est l’anarchie, telle qu’elle est perçue aujourd’hui, qui est peinte. J’en donnerais quelques exemples dans de prochains articles de cette nouvelle rubrique.

Le statut de la philosophie chez le dernier Bakounine

colloque_couvJe livre ici le contenu de la communication que j’avais lue en mai 2011 lors du colloque Philosophie de l’anarchie, organisé à Lyon (ENS et Cedrats). Le texte a été publié avec les actes du colloque, dans un volume édité à l’ACL et coordonné par Daniel Colson, Mimmo Pucciarelli et moi (toutes les références utiles sur ce livre à cette adresse, avec notamment la table des matières et quelques captations vidéos du colloque). Bonne lecture (ou pas) !

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Colifichets bakouniniens (3) : une enveloppe

bakenvlp21Des fois qu’en allant à la poste avec ton T-shirt Bakounine, tu n’aies pas été repéré par les argousins et que la DCRI n’ait pas encore débarqué chez toi pour y découvrir ton buste en plâtre de Mikhaïl Alexandrovitch  et ta collection de livres plus ou moins bancals ayant le même Bakounine pour sujet, voire pour auteur, voici l’assurance que ton courrier soit ouvert et qu’on te soupçonne d’appartenir à la fameuse mouvance d’ultra-gauche anarcho-autonome (catégorie policière qui fut gracieusement fournie aux grands médias nationaux et reprise avec reconnaissance par ces derniers il y a tout juste 4 ans), celle-là même dont les intentions sont tellement mauvaises qu’elles suffisent à faire condamner ses membres.

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Colifichets bakouniniens (2) : un T-shirt…

bkshrtresizedIl y a de cela un an et demie, Marianne Enckell, du CIRA de Lausanne, m’a offert ce T-shirt à l’effigie de Mikhaïl Alexandrovitch. Comme il est indiqué dessus, ce magnifique article de prêt-à-porter a été confectionné pour la première édition, en 2001 à Bologne, de la biennale Art et Anarchie, également intitulée “ApaARTe°, materiali irregolari de cultura libertaria”, qui s’est tenue à Bologne du 14 au 16 septembre 2001 (on retrouvera ici l’affiche de cette 1ère édition, et ici celle de la suivante).. Les éditions suivantes de cette biennale eurent lieu à Venise (2003), Raguse (2005) et Naples (2009). A ma connaissance, il n’y en a pas eu en 2011. On trouvera ici un article en italien sur la 1ère édition de cet événement.

Je ne connais pas l’auteur du portrait de Bakounine qui est reproduit sur ce T-shirt, et je n’ai pas trouvé de renseignements à son propos sur Internet. Si quelqu’un en a, je suis évidemment preneur, d’autant que je compte ouvrir sur ce blog une section iconographie !

Comme tant de personnages intéressants, mais aussi comme l'anarchisme, dont il est considéré à raison comme l'un des fondateurs modernes, le révolutionnaire russe Michel Bakounine (1814-1876) a mauvaise réputation : apôtre de la violence, faible théoricien, radicalement extérieur au champ intellectuel européen, on ne compte plus les griefs qui lui sont adressés.
Toute une partie de ce blog consistera d'abord à corriger cette image, erronée non seulement parce qu'elle consiste à projeter sur la personne de Bakounine les fantasmes construits à propos de l'ensemble du mouvement anarchiste, mais aussi parce que Bakounine n'est pas seulement l'un des premiers théoriciens de l'anarchisme. En consacrant ce blog à Bakounine, nous entendons ainsi présenter toutes les facettes de sa pensée et de sa biographie, depuis les considérations familiales de ses premières années jusqu'aux développements théoriques anarchistes des dernières, en passant par son inscription momentanée dans la gauche hégélienne et par son panslavisme révolutionnaire. Nous nous permettrons également quelques excursus, dans la mesure où ils pourront contribuer à éclairer la biographie et la pensée de notre cher Michka ! Le tout sera fonction des envies, de l'actualité, des réactions de lecteurs, et contiendra autant que possible de la documentation sous forme d'images et de textes.