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	<title>Michel Bakounine</title>
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	<link>http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine</link>
	<description>Un blog de l'Atelier de création libertaire</description>
	<pubDate>Sun, 04 Jul 2010 10:20:30 +0000</pubDate>
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		<title>Caggiano, 13 juin 1996</title>
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		<pubDate>Sun, 04 Jul 2010 10:20:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Christophe Angaut</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Références]]></category>

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		<description><![CDATA[Déjà évoquée dans un précédent billet, la fameuse conclusion de l&#8217;article de 1842 La Réaction en Allemagne s&#8217;exporte aussi en Italie. Inscrite sur un mur du village de Caggiano en Campanie, elle a été prise en photo par Mimmo Pucciarelli le 13 juin 1996 et m&#8217;a été transmise aujourd&#8217;hui même. Merci!
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			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/files/bakou-13-06-96-italie-50.jpg" rel="lightbox[385]"><img class="alignleft size-medium wp-image-386" src="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/files/bakou-13-06-96-italie-50-300x204.jpg" alt="bakou-13-06-96-italie-50" width="300" height="204" /></a>Déjà évoquée <a href="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/la-passion-de-la-destruction-est-en-meme-temps-une-passion-creatrice-361/">dans un précédent billet</a>, la fameuse conclusion de l&#8217;article de 1842 <em>La Réaction en Allemagne</em> s&#8217;exporte aussi en Italie. Inscrite sur un mur du village de Caggiano en Campanie, elle a été prise en photo par Mimmo Pucciarelli le 13 juin 1996 et m&#8217;a été transmise aujourd&#8217;hui même. Merci!</p>
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		<title>Le Bakounine Blog a un an</title>
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		<pubDate>Thu, 24 Jun 2010 10:35:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Christophe Angaut</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Actualités]]></category>

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		<description><![CDATA[Bon, je sais, on s&#8217;en fout un peu, et d&#8217;ailleurs, on s&#8217;en fout tellement qu&#8217;on avait laissé passer l&#8217;anniversaire&#8230;
Or donc, le 4 juin dernier, ce blog a eu un an et personne ne s&#8217;en est rendu compte. Il avait commencé par un article annonçant la parution à l&#8217;Atelier de Création Libertaire du livre La liberté [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/files/gateau-anniversaire-1-an.jpg" rel="lightbox[380]"><img class="alignleft size-medium wp-image-381" src="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/files/gateau-anniversaire-1-an-265x300.jpg" alt="gateau-anniversaire-1-an" width="265" height="300" /></a>Bon, je sais, on s&#8217;en fout un peu, et d&#8217;ailleurs, on s&#8217;en fout tellement qu&#8217;on avait laissé passer l&#8217;anniversaire&#8230;</p>
<p>Or donc, le 4 juin dernier, ce blog a eu un an et personne ne s&#8217;en est rendu compte. Il avait commencé par un article annonçant la parution à l&#8217;Atelier de Création Libertaire du livre <em>La liberté des peuples - Bakounine et les révolutions de 1848</em>, qui fut aussi l&#8217;occasion pour Jean-Marc de me proposer un hébergement pour un blog sur Bakounine, et une chose en entraînant une autre&#8230; Et ça tombe bien, j&#8217;ai plein de chiffres dont je ne savais pas trop quoi faire.</p>
<p><span id="more-380"></span>Puisqu&#8217;il paraît que les anniversaires sont propices aux bilans, je m&#8217;en vais donc livrer quelques statistiques: depuis sa création, ce blog a été visité 3880 fois, et il tourne en ce moment à environ 400 visites par mois (et à environ 300 visiteurs/euses, ce qui signifie que certainEs reviennent).</p>
<p>Il y a eu un pic au moment de <a href="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/un-portrait-mystere-355/"><em>L&#8217;affaire du portrait mystère</em></a>, avec dans les 500 visites, parce que tout le monde voulait savoir si Bakounine avait un jour été blond, s&#8217;il avait pu être pris en photo sans barbe, etc. En passant, je me dis d&#8217;ailleurs que si c&#8217;est ce genre d&#8217;articles qui attire du monde, je vais peut-être remiser au placard mon grand billet en préparation sur Bakounine le barbare, trop métaphorico-philosophique, et me lancer dans un développement plus glamour sur la vie sexuelle de ce bon Mikhail Alexandrovitch.</p>
<p>Mais revenons aux statistiques: pour la plupart, les visites se font depuis des zones francophones: dans l&#8217;ordre France, Belgique, Suisse et Canada (je n&#8217;ai qu&#8217;une visite d&#8217;Albanie, et j&#8217;en suis très déçu); ces visites durent en moyenne 1mn43 et 1,76 page y est (y sont?) consultée. Dernier chiffre débile: plus de 60% des visites se font à partir d&#8217;un moteur de recherche, 25% par des sites référents et 10% par accès direct.</p>
<p>Ces chiffres me sont fournis par Google Analytics, qui présente ces chiffres en me proposant des recettes pour &#8220;gagner des clients&#8221;, &#8220;réaliser des objectifs&#8221;, etc., ce dont je ne me lasse pas. Mais rassurez-vous, aucun <em>business plan</em> n&#8217;est associé au blog sur Bakounine, et s&#8217;il y en avait un, il aurait déjà fait faillite.</p>
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		<title>&#8220;Dans les griffes de l&#8217;ours!&#8221;</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Jun 2010 12:42:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Christophe Angaut</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Actualités]]></category>

		<category><![CDATA[Biographie]]></category>

		<category><![CDATA[Question nationale et question sociale]]></category>

		<category><![CDATA[Bakounine]]></category>

		<category><![CDATA[Étienne Lesourd]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8220;Dans les griffes de l&#8217;ours!&#8221; est le 3ème recueil de textes de Bakounine publié par Étienne Lesourd aux éditions des Nuits rouges. Sous-titré &#8220;Lettres de prison et de déportation (1849-1861)&#8221;, il possède par ailleurs une présentation qu&#8217;on peut lire sur Internet.
Cette parution est l&#8217;occasion d&#8217;évoquer l&#8217;ensemble des trois recueils que ce blog a scandaleusement passé [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/files/arton32.jpg" rel="lightbox[369]"><img class="alignleft size-medium wp-image-370" src="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/files/arton32-183x300.jpg" alt="arton32" width="183" height="300" /></a><em>&#8220;Dans les griffes de l&#8217;ours!&#8221;</em> est le 3ème recueil de textes de Bakounine publié par Étienne Lesourd aux éditions des Nuits rouges. Sous-titré &#8220;Lettres de prison et de déportation (1849-1861)&#8221;, il possède par ailleurs une présentation qu&#8217;on peut lire <a href="http://les.nuits.rouges.free.fr/spip.php?article32">sur Internet</a>.</p>
<p>Cette parution est l&#8217;occasion d&#8217;évoquer l&#8217;ensemble des trois recueils que ce blog a scandaleusement passé sous silence jusqu&#8217;ici. Je signale d&#8217;ailleurs que nous avons réussi à ne pas nous croiser avec Étienne Lesourd, alors que nous travaillons sur le même auteur, et que nous avons même, pendant trois ans, travaillé dans la même bonne ville de Nancy. De sorte que ce billet est aussi un message envoyé à Étienne Lesourd à travers le cyberespace (comme on dit): ce serait pas mal qu&#8217;on se contacte et qu&#8217;on se voie, camarade bakouninien!</p>
<p><span id="more-369"></span>Étienne Lesourd est donc un dangereux récidiviste: en 2002, il avait publié chez le même éditeur, et sous le titre <em>Théorie générale de la révolution</em> une anthologie de textes de Bakounine en partie inspirée, du moins dans son projet, de celle Maximov, éditée en anglais (<em>The Political Philosophy of Bakunin</em>) à partir de textes traduits du russe, alors qu&#8217;ils avaient souvent été rédigés en français (voir sur ce point <a href="http://www.monde-nouveau.net/IMG/pdf/Maximov.pdf">quelques rappels par René Berthier</a>). Il s&#8217;agissait de proposer au public, sur la base d&#8217;un corpus relativement cohérent d&#8217;un point de vue historique, une reconstitution de la pensée de Bakounine un peu plus systématique que la manière dont elle se présente dans ses manuscrits - tâche qui est à la fois utile d&#8217;un point de vue militant pour permettre au public d&#8217;avoir une vue d&#8217;ensemble des conceptions et des projets de Bakounine (en l&#8217;occurrence, sa conception de la révolution), mais qui est aussi problématique pour le chercheur en tant qu&#8217;elle gomme les aspérités, attenantes notamment au contexte historique et polémique dans lequel les textes ont été écrits. Ce volume a bénéficié d&#8217;une récente réédition, et on peut en lire quelques extraits ainsi que la table des matières <a href="http://les.nuits.rouges.free.fr/spip.php?article26">sur Internet</a>.</p>
<p>Dans <em>Le sentiment sacré de la révolte</em>, paru deux ans plus tard, Étienne Lesourd avait cette fois publié des textes entiers, dont certains étaient inédits sur papier ou devenus introuvables. C&#8217;était notamment le cas du texte de 1842, souvent évoqué dans ce blog, <em>La réaction en Allemagne</em>, qui avait paru dans la brochure de Jean Barrué, son premier traducteur, <em>L&#8217;anarchisme aujourd&#8217;hui</em>, chez Spartacus en 1970. Malheureusement, si j&#8217;en crois <a href="http://les.nuits.rouges.free.fr/spip.php?article15">la page qui lui est consacrée</a> sur le site de l&#8217;éditeur, ce recueil est aujourd&#8217;hui épuisé et je ne sais pas si existe un projet de réédition.</p>
<p>Cette fois, Étienne Lesourd propose un recueil de toutes les lettres écrites par Bakounine pendant sa longue d&#8217;emprisonnement et d&#8217;exil, entre 1849 et 1861, en y incluant celles qu&#8217;il écrit au cours de son périple d&#8217;évasion par le Japon et l&#8217;Amérique. Rappelons les temps qui scandent cette période: suite à sa participation à l&#8217;insurrection de Dresde (mai 1849), Bakounine est arrêté par les Saxons, condamné à mort, peine qui est commuée en détention à perpétuité, puis il est livré à l&#8217;empire autrichien qui le condamne à mort pour sa participation à l&#8217;insurrection de Prague de juin 1848, commue sa peine en détention à perpétuité, puis le livre, en 1851, à la Russie, qui l&#8217;emprisonne, elle, sans procès. De la forteresse Pierre-et-Paul, où il a rédigé sa fameuse <em>Confession</em> adressée au tsar, il est transféré vers celle de Schlüsselburg, à l&#8217;occasion de la guerre contre la France et l&#8217;Angleterre, en 1854. Il est enfin condamné à l&#8217;exil en Sibérie en 1857, et il s&#8217;en évadera en 1861. Si l&#8217;on met à la suite les textes publiés en annexe de mon livre <a href="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/la-liberte-des-peuples-1/"><em>La liberté des peuples - Bakounine et les révolutions de 1848</em></a>, la <em>Confession</em>, ce recueil de lettres et les <a href="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/nouvelle-publication-dinedits-de-bakounine-300/"><em>Textes sur la question slave et l&#8217;Europe du Nord</em> </a>publiés par René Berthier, on dispose ainsi de l&#8217;essentiel de ce que Bakounine a pu écrire entre la fin de sa période jeune hégélienne (1843) et le début de sa période socialiste libertaire (1864) - malheureusement sous une forme qui est loin d&#8217;avoir rompu avec la dispersion éditoriale qui semble être la norme dès qu&#8217;il est question de publier des textes de Bakounine.</p>
<p>L&#8217;intérêt des lettres publiées par Étienne Lesourd, c&#8217;est d&#8217;abord qu&#8217;elles permettent de prendre la mesure des louvoiements qu&#8217;implique la situation de Bakounine à l&#8217;époque - louvoiements que l&#8217;on retrouve, sous une autre forme, dans la <em>Confession</em>. Rien ne le démontre mieux que l&#8217;écart, parmi les lettres qu&#8217;il envoie à sa famille, entre celles qui sont lues par la censure et celles qu&#8217;il fait passer clandestinement. Je signalerai simplement la très belle et très poignante lettre à sa soeur Tatiana datée de 1854, dans laquelle il affirme n&#8217;avoir enduré ses conditions de détention que dans le but de se &#8220;rendre utile selon les idées [qu'il a] eues, selon les idées [qu'il a] encore et qui toujours seront les [siennes]&#8220;, et il poursuit dans des termes qui décrivent admirablement les effets de l&#8217;emprisonnement politique:</p>
<p>« Jamais, il me semble, je n&#8217;ai eu tant d&#8217;idées, jamais je n&#8217;ai ressenti une soif plus ardente de mouvement et d&#8217;action. Je ne suis donc pas encore mort tout à fait ; mais cette vie même de l&#8217;âme, qui, en se concentrant, est devenue plus profonde, plus puissante peut-être, plus désireuse de se manifester, devient pour moi une source intarissable de tourments que je n&#8217;essaierai même pas de décrire. Vous ne comprendriez jamais ce que c&#8217;est que de se sentir enterré vivant ; de se dire à chaque instant de la nuit comme du jour : je suis un esclave, je suis annulé, réduit à l&#8217;impuissance pour la vie, d&#8217;entendre jusque dans la cellule le grondement de la grande lutte qui se prépare, d&#8217;une lutte où se décideront les plus grandes questions de l&#8217;humanité, et de devoir rester immobile et muet. »</p>
<p>Les lettres qu&#8217;il envoie de Sibérie à ses amis sont d&#8217;un usage encore plus délicat, puisqu&#8217;on y lit un Bakounine tenté de croire que l&#8217;avenir de la Russie pourrait dépendre de l&#8217;action d&#8217;un homme providentiel, exerçant une dictature provisoire pour imposer le passage à la démocratie - il s&#8217;agit en l&#8217;occurrence de son cousin Mouraviev-Amourski, qui gouverne à l&#8217;époque la Sibérie et constitue pour Bakounine une sorte de protecteur.</p>
<p>Reste à savoir si les lettres éditées dans ce recueil couvrent effectivement toute la correspondance de Bakounine qui nous est parvenue au cours de ces années. Étienne Lesourd évoque brièvement cette question dans sa présentation. J&#8217;ajouterai simplement qu&#8217;il se pourrait fort bien que des lettres qui n&#8217;ont pas été publiées sur le CD-Rom publié par l&#8217;Institut International d&#8217;Histoire Sociale (et il y en a, en raison, disons, des difficultés qui ont entouré ce projet) appartiennent à cette période. Mais sur ce point, seules les personnes qui ont été impliquées dans ce projet pourraient nous en dire plus - et bien entendu, c&#8217;est là un problème qui n&#8217;est pas propre à ce recueil.</p>
<p>Je termine sur deux points qui me semble prêter à discussion dans la présentation de ces lettres par Étienne Lesourd. Le premier porte sur la prétendue &#8220;mise entre parenthèses&#8221; de la question sociale dans ces lettres de Bakounine: je ne suis pas certain qu&#8217;on puisse parler d&#8217;une réelle prise en compte de la question sociale chez Bakounine avant le milieu des années 1860. Les formules que l&#8217;on peut relever dans les différentes version de l&#8217;<em>Appel aux Slaves</em> de 1848 et qui mentionnent la question sociale sont très isolées, placent cette dernière dans la continuité d&#8217;une révolution politique, et surtout en font l&#8217;objet d&#8217;un possible accord entre les classes sociales. Cela ne signifie pas nécessairement que Bakounine ait à l&#8217;époque ignoré les questions portées par le mouvement socialiste, mais tout simplement qu&#8217;il n&#8217;en voyait pas encore la portée révolutionnaire - ce qui changera radicalement après la mise en forme du mouvement ouvrier après 1864. L&#8217;autre affirmation qui me semble contestable dans la présentation du recueil est plus ponctuelle: il s&#8217;agit des conditions de détention de l&#8217;exil en Sibérie. Etienne Lesourd écrit en effet:</p>
<p>&#8220;Un autre intérêt de ces lettres de Sibérie est l&#8217;exposition de la vie quotidienne des déportés. Tout ce petit monde s&#8217;agite, discute, débat et même publie, dans des revues locales, lisant et commentant les publications d&#8217;opposition, surtout le Kolokol d&#8217;Herzen. On voit que la déportation, vieille méthode de peuplement des tsars, n&#8217;est pas encore un système d&#8217;écrasement total des opposants, comme il le deviendra sous Staline.&#8221;</p>
<p>Si l&#8217;on en croit les <em>Souvenirs de la maison des morts</em> de Dostoïevski, les choses n&#8217;étaient pas si roses, et Bakounine doit peut-être uniquement à son statut de noble (qui plus est, de la famille du gouverneur) la situation relativement confortable qui est la sienne en Sibérie. D&#8217;autres n&#8217;ont pas eu cette chance, devant subir notamment des châtiments corporels dans ce qui s&#8217;apparentait à de véritables bagnes que le régime dit soviétique ne fera, à bien des égards, que reprendre à son compte (comme d&#8217;ailleurs il fera fonctionner à son propre profit la police politique).</p>
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		<title>&#8220;La passion de la destruction est en même temps une passion créatrice!&#8221;</title>
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		<pubDate>Sun, 30 May 2010 15:03:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Christophe Angaut</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Philosophie]]></category>

		<category><![CDATA[Références]]></category>

		<category><![CDATA[1842]]></category>

		<category><![CDATA[Bakounine]]></category>

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		<category><![CDATA[situationnistes]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8220;La passion de la destruction est en même temps une passion créatrice &#8221; (Die Lust der Zerstörung ist zugleich eine schaffende Lust): c&#8217;est par ces mots que Bakounine conclut en 1842 son premier texte révolutionnaire, La Réaction en Allemagne - texte que l&#8217;on peut lire en allemand dans un scan du texte original, ou en [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/files/destruction_of_leviathan-50.jpg" rel="lightbox[361]"><img class="alignleft size-medium wp-image-362" src="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/files/destruction_of_leviathan-50-240x300.jpg" alt="destruction_of_leviathan-50" width="240" height="300" /></a>&#8220;La passion de la destruction est en même temps une passion créatrice &#8221; (<em>Die Lust der Zerstörung ist zugleich eine schaffende Lust</em>): c&#8217;est par ces mots que Bakounine conclut en 1842 son premier texte révolutionnaire, <em>La Réaction en Allemagne</em> - texte que l&#8217;on peut lire en allemand <a href="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/bakounine-dans-les-annales-allemandes-294/">dans un scan du texte original</a>, ou en français, soit <a href="http://raforum.apinc.org/bibliolib/HTML/Bakounine-reaction.html">dans la traduction de Jean Barrué</a>, soit <a href="http://books.google.fr/books?id=T9HklRjprtkC&amp;printsec=frontcover&amp;source=gbs_v2_summary_r&amp;cad=0">dans la mienne</a>. A l&#8217;heure où l&#8217;on peut espérer que la population grecque (et d&#8217;autres peut-être après elle) fasse l&#8217;expérience pratique de ce que signifie cette déclaration, je souhaiterais dans ce billet en proposer un commentaire, en étudier la réception et m&#8217;attarder sur une référence en particulier qui y a été faite, chez les situationnistes.</p>
<p><span id="more-361"></span>Cette phrase a acquis une telle célébrité qu&#8217;on a fini par y faire tenir toute la teneur de l&#8217;article de Bakounine, voire tout le contenu de sa pensée. Dans l&#8217;introduction à sa traduction du texte, Jean Barrué dresse une sorte de bêtisiers de ce qui a pu s&#8217;écrire au sujet de cette déclaration tonitruante: Bakounine y devient un apôtre de la destruction universelle qui identifierait destruction et création. Il n&#8217;est sans doute pas anodin que la plupart de ces lectures soient intervenues à la fin du XIXe siècle, où la réception de Bakounine, à travers la seule mention du mot &#8220;anarchiste&#8221; fonctionnant comme un stimulus, est surdéterminée par le spectacle des attentats anarchistes, vus comme l&#8217;expression d&#8217;une pure volonté de néant.</p>
<p>Il me semble que cette déclaration pose toutefois plusieurs difficultés d&#8217;interprétation, qui tiennent pour une part à des questions de traduction, et pour une autre part à la subtilité qu&#8217;elle recèle. Questions de traduction d&#8217;abord: lorsque ce texte fut traduit pour la première fois en français par Jean Barrué, la phrase en question fut rendue de la manière suivante: &#8220;la volupté de détruire est en même temps une volupté créatrice&#8221;. Pour Barrué, voici ce que cette phrase signifiait: &#8220;Le révolutionnaire animé par la foi, transporté d&#8217;enthousiasme veut connaître cette volupté suprême d&#8217;engendrer, dans un grand acte d&#8217;amour, un monde nouveau. Mais il lui faut d&#8217;abord briser le cadre du monde actuel et détruire ses institutions malfaisantes : cette destruction déchaînera le même frisson de volupté, précurseur de la volupté de créer.&#8221; Si l&#8217;on suit cette lecture, le terme allemand de <em>Lust</em> signifierait le plaisir qui ressort de l&#8217;activité destructrice, en tant qu&#8217;elle préfigure l&#8217;activité créatrice. Il est vrai qu&#8217;en allemand, selon les contextes, <em>Lust</em> peut signifier envie, passion ou plaisir. Si l&#8217;on peut exclure en l&#8217;espèce qu&#8217;il s&#8217;agisse du désir de destruction (on aurait alors sans doute <em>Lust zur Zerstörung</em>), en revanche je pense que la traduction par &#8220;volupté&#8221; est forcée et ne permet pas de rendre compte de la structure de la phrase. Bakounine ne dit pas, en effet, que le plaisir de la destruction est équivalent au plaisir de la création, mais que quelque chose qui s&#8217;éprouve dans la destruction est en même temps quelque chose de créateur. Dès lors, il me semble que <em>Lust </em>ne doit pas être rendu par plaisir ou par volupté (ce qui serait le cas s&#8217;il s&#8217;intéressait à ce qui résulte d&#8217;une action de destruction ou de création), mais bien plutôt par passion, car on peut passionnément détruire, et considérer que cette passion est aussi une passion créatrice.</p>
<p>D&#8217;où la subtilité fondamentale qui est à l&#8217;œuvre dans la phrase de Bakounine: il ne s&#8217;agit pas pour lui, en effet, de mettre sur le même plan destruction et création, si l&#8217;on entend par là que les opposés s&#8217;identifieraient, mais de souligner que, selon la formule de Hegel dans <em>La philosophie de l&#8217;histoire</em>, rien de grand ne s&#8217;est jamais fait sans passion, et que l&#8217;avènement d&#8217;un monde nouveau suppose toujours de la destruction, et cela non pas comme un dommage collatéral (&#8221;on ne fait pas d&#8217;omelettes sans casser des œufs !&#8221;), mais comme son moteur même. C&#8217;est par la passion même que les révoltés mettent à détruire l&#8217;ordre dominant que s&#8217;ébauche une formation sociale fondée sur des principes rigoureusement opposés. Pour le dire autrement, et en l&#8217;espèce en termes hégéliens, Bakounine n&#8217;exprime rien d&#8217;autre par là que la puissance productrice du négatif.</p>
<p>Bakounine était sans doute assez fier de l&#8217;effet du caractère percutant de cette formule. Il l&#8217;était en tout cas suffisamment pour la reprendre 27 ans plus tard, le 3 juillet 1869, dans une lettre à son ami Adolf Reichel [et non à Herzen comme je l'avais écrit dans la première version de ce billet]. Chose remarquable, et par laquelle il cherche sans doute à souligner la cohérence de son parcours, il la cite en allemand, alors que le reste de la lettre est en français. Il vient d&#8217;envoyer à Reichel les articles qu&#8217;il écrit à l&#8217;époque dans deux journaux proches de l&#8217;Internationale (<em>L&#8217;égalité</em> et <em>Le progrès</em> du Locle) : &#8220;Tu y trouveras une chose, j&#8217;espère, c&#8217;est que je n&#8217;ai pas changé et que je reste plus conséquent avec moi même que jamais - &#8220;Die Lust der Zerstörung ist zugleich eine schaffende Lust&#8221; -&#8221; Au passage, cette déclaration permet d&#8217;authentifier définitivement Bakounine comme l&#8217;auteur de l&#8217;article de 1842, qui avait paru sous le pseudonyme de Jules Élysard (l&#8217;autre élément d&#8217;authentification, c&#8217;est la reprise par Bakounine en 1860, lors de son exil en Sibérie, de ce même pseudonyme sous une forme légèrement russifiée pour signer une série d&#8217;articles dans la presse locale).</p>
<p>Comme le signale Jean Barrué, Bakounine exposera à nouveau le contenu de cette déclaration dans son dernier grand texte, <em>Étatisme et anarchie</em>, en 1873, où l&#8217;on lit: &#8220;Cette passion négative de la destruction est loin d&#8217;être suffisante pour porter la cause révolutionnaire au niveau voulu ; mais sans elle cette cause est inconcevable, voire impossible, car il n&#8217;y a pas de révolution sans destruction profonde et passionnée, destruction salvatrice et féconde parce que précisément d&#8217;elle, et seulement par elle, se créent et s&#8217;enfantent les mondes nouveaux.&#8221; (<em>Œuvres complètes</em>, Champ Libre, vol. IV, p. 223) Cette explicitation permet par ailleurs de comprendre ce que Bakounine entend par ce qu&#8217;il faut détruire, dans un contexte où il est question des dégâts que les soulèvements populaires font inévitablement subir à la propriété bourgeoise.</p>
<p><a href="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/files/athenes_du_bon_usage_du_parlement.jpg" rel="lightbox[361]"><img class="alignleft size-medium wp-image-363" src="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/files/athenes_du_bon_usage_du_parlement-300x199.jpg" alt="athenes_du_bon_usage_du_parlement" width="300" height="199" /></a>J&#8217;en viens pour finir à l&#8217;une des réceptions positives de cette formule de Bakounine. On la trouve en effet dans le texte collectif paru sous la signature de René Viénet, <em>Enragés et situationnistes dans le mouvement des occupations</em>, Paris, Gallimard, 1968. Par ce texte, auquel ont en fait contribué les principaux membres de l&#8217;Internationale Situationniste, celle-ci tente de rendre compte de son activité avant et pendant les mois de mai et juin 1968, et la formule de Bakounine se trouve expressément reprise à propos de la première nuit des barricades à Paris: &#8220;jamais la passion de la destruction ne s&#8217;était montrée si créatrice&#8221; (p. 57). La créativité dont il est ici question est celle des émeutiers du quartier latin à Paris. La présence de cette citation dans un texte de 1968 montre bien quelle était la célébrité de la formule de Bakounine, puisqu&#8217;elle se trouve reprise deux ans avant que le texte dont elle est tirée fasse l&#8217;objet d&#8217;une première traduction intégrale en français. Par ailleurs, au-delà du clin d&#8217;œil ponctuel à l&#8217;anarchisme historique, il me semble que les situationnistes sont de ceux qui ont le mieux compris et repris le rôle joué par la négativité dans la pensée de Bakounine. Sur ce point, c&#8217;est d&#8217;ailleurs moins Guy Debord qui l&#8217;exprime que Raoul Vaneigem, comme l&#8217;indiquent maints passages du <em>Traité de savoir vivre à l&#8217;usage des jeunes générations</em>. Peut-être Vaneigem est-il d&#8217;ailleurs l&#8217;auteur de ce passage du livre de 1968 (si la notion d&#8217;auteur a le moindre intérêt en l&#8217;espèce), toujours est-il que dans un ouvrage plus récent, <a href="http://books.google.fr/books?id=LOE_AMdcwmYC&amp;printsec=frontcover&amp;source=gbs_v2_summary_r&amp;cad=0"><em>L&#8217;ère des créateurs</em> </a>(Bruxelles, Éditions Complexe, 2002), on trouve la déclaration suivante (p. 12):</p>
<p>&#8220;J&#8217;ai longtemps appelé la haine à la rescousse d&#8217;un insatiable amour de la vie. Ce ne sont pas de subtils raisonnements qui ont forcé mon adhésion au propos de Bakounine: &#8220;la passion de la destruction est une passion créatrice&#8221;, c&#8217;est l&#8217;horreur d&#8217;une inhumanité fondamentale qui me fut révélée le jour où, le petit chien auquel j&#8217;étais attaché ayant disparu, j&#8217;appris, au cours de ma quête désespérée, qu&#8217;un automobiliste l&#8217;avait écrasé en le pourchassant sur la route sur laquelle il s&#8217;était aventuré. On a eu beau me remontrer qu&#8217;il existait des barbaries plus inexpiables, qu&#8217;il ne s&#8217;agissait, après tout, que d&#8217;un chien, rien ne m&#8217;a autant confirmé, endurci dans la rageuse opinion qu&#8217;une société si hostile à la vie méritait l&#8217;anéantissement sans appel.&#8221;</p>
<p>Tous les chemins mènent à Bakounine - à moins que ce ne soit l&#8217;inverse&#8230;</p>
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		<title>Un portrait mystère</title>
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		<pubDate>Wed, 19 May 2010 06:39:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Christophe Angaut</dc:creator>
		
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		<category><![CDATA[Bakounine]]></category>

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		<description><![CDATA[Ronald Creagh m&#8217;a récemment demandé si je connaissais l&#8217;origine du portrait qui illustre ce billet. On le trouve en effet sur wikipedia - où je puise moi-même la plupart des illustrations des billets de ce blog dans la mesure où les images qui s&#8217;y trouvent sont libres de droits (et qui plus est au format [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/files/bakunin_1840s.jpg" rel="lightbox[355]"><img class="alignleft size-medium wp-image-356" src="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/files/bakunin_1840s-200x300.jpg" alt="bakunin_1840s" width="200" height="300" /></a>Ronald Creagh m&#8217;a récemment demandé si je connaissais l&#8217;origine du portrait qui illustre ce billet. On le trouve en effet sur <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Bakunin_1840s.jpg" rel="lightbox[355]">wikipedia</a> - où je puise moi-même la plupart des illustrations des billets de ce blog dans la mesure où les images qui s&#8217;y trouvent sont libres de droits (et qui plus est au format png, qui est un format libre).</p>
<p>Or c&#8217;est précisément de droits qu&#8217;il est ici question: on ne connaît pas la provenance de ce qui ressemble bien à une photo de Bakounine dans les années 1840. Au passage, un tel document est d&#8217;une grande valeur car toutes les autres photos connues de Bakounine sont des années 1860. Le problème, c&#8217;est qu&#8217;il n&#8217;est pas sûr que l&#8217;utilisateur qui l&#8217;a mis en ligne ait disposé des droits pour le faire. Et si la fondation wikipedia n&#8217;a pas percé le mystère de ce portrait dans ces prochains jours, celui-ci sera retiré le 21 mai 2010, soit après-demain&#8230;</p>
<p>D&#8217;où l&#8217;appel solennel que je lance aujourd&#8217;hui: quelqu&#8217;un connaît-il l&#8217;origine de cette photo (auteur, date, etc.)? Dans ce cas, merci de se mettre en contact avec Ronald Creagh (via le site <a href="http://raforum.info/spip.php?auteur1">recherches sur l&#8217;anarchisme</a>) ou avec moi (par le biais de ce blog, en laissant un commentaire à ce billet).</p>
<p>J&#8217;avoue qu&#8217;il y a quelque malice dans ce billet: quand bien même la photo serait retirée de wikipedia, elle resterait néanmoins présente sur ce blog, et si quelqu&#8217;un y trouve à redire, il faudra bien qu&#8217;il nous renseigne sur l&#8217;origine de ce portrait&#8230;</p>
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		<title>Retour sur le Salon du livre libertaire</title>
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		<pubDate>Sat, 15 May 2010 12:37:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Christophe Angaut</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Actualités]]></category>

		<category><![CDATA[Becker]]></category>

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		<description><![CDATA[Quelques mots sur le Salon du Livre Libertaire qui s&#8217;est tenu le week-end dernier à Paris, à l&#8217;espace des Blancs Manteaux.
Tout d&#8217;abord, on ne saurait trop rappeler combien un événement de ce type est important pour les libertaires, et combien il démontre, contre une imagerie sommaire dans laquelle on a tenté de l&#8217;enfermer, que la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/files/angaut_sll.jpg" rel="lightbox[350]"><img class="alignleft size-medium wp-image-351" src="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/files/angaut_sll-300x225.jpg" alt="angaut_sll" width="300" height="225" /></a>Quelques mots sur le Salon du Livre Libertaire qui s&#8217;est tenu le week-end dernier à Paris, à l&#8217;espace des Blancs Manteaux.</p>
<p>Tout d&#8217;abord, on ne saurait trop rappeler combien un événement de ce type est important pour les libertaires, et combien il démontre, contre une imagerie sommaire dans laquelle on a tenté de l&#8217;enfermer, que la culture libertaire est une culture du livre, de la brochure, de la compilation intempestive, et non une culture de la violence immédiate et incontrôlée. Ce rapport au livre et par le livre se traduit par l&#8217;existence de quantité de petites maisons d&#8217;édition qui proposent  des textes devenus parfois introuvables, ou d&#8217;auteurs que l&#8217;on avait pas coutume de lire ensemble.</p>
<p><span id="more-350"></span>Ensuite, un événement de ce type est l&#8217;occasion pour les libertaires, non seulement d&#8217;exposer les ouvrages qui contiennent les idées auxquelles ils sont attachés, mais aussi de se retrouver, de se rencontrer et d&#8217;échanger. A voir l&#8217;affluence autour des stands de la revue <em>Réfraction </em>ou de l&#8217;Atelier de Création Libertaire, je pense que ceux-là auraient bien plus à raconter que moi!</p>
<p>En ce qui me concerne, ce salon fut l&#8217;occasion de parler de Bakounine - pas avec 3000 personnes non plus, je ne suis pas Gérard Mordillat (qui fut brièvement à mes côtés, comme en témoigne la photo ci-dessus, œuvre de Mimmo Pucciarelli), mais avec quelques curieux, et aussi sur les antennes de Radio Libertaire. Ce fut aussi l&#8217;occasion de faire la connaissance de Heiner Becker. Celui-ci, bien que spécialiste de Max Nettlau, a travaillé pendant plusieurs années sur les archives de Bakounine à l&#8217;Institut International d&#8217;Histoire Sociale à Amsterdam et il m&#8217;a fourni de précieux renseignements sur le processus quelque peu chaotique qui a mené à la publication du CD Rom dit des <em>Œuvres complètes </em>de Bakounine. J&#8217;aurai probablement l&#8217;occasion d&#8217;y revenir dans un prochain billet&#8230;</p>
<p>Et puis j&#8217;aimerais faire un petit salut à Philippe et Michael Paraire, ainsi qu&#8217;à Michel Baudoin, qui étaient à côté de moi au stand des auteurs et qui ont édité Bakounine, seul ou avec Proudhon et Kropotkine, et qui désormais lancent leur propre maison d&#8217;édition. A bientôt les gars!</p>
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		<title>Salon du livre libertaire à Paris</title>
		<link>http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/salon-du-livre-libertaire-a-paris-345/</link>
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		<pubDate>Tue, 27 Apr 2010 12:56:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Christophe Angaut</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Actualités]]></category>

		<category><![CDATA[ACL]]></category>

		<category><![CDATA[Salon du livre libertaire]]></category>

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		<description><![CDATA[Samedi 8 mai de 10h à 20h et dimanche 9 mai de 10h à 16h se tiendra à Paris le Salon du Livre Libertaire, à l&#8217;Espace d’animations des Blancs Man­teaux. C&#8217;est 48, rue Vieille-du-Temple, Paris IVe,  Métro lignes 1 ou 11 : station Hôtel de Ville. Le prix d&#8217;entrée est libre, et c&#8217;est l&#8217;occasion de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/files/siteon0.jpg" rel="lightbox[345]"><img class="alignleft size-medium wp-image-346" src="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/files/siteon0-209x300.jpg" alt="siteon0" width="209" height="300" /></a>Samedi 8 mai de 10h à 20h et dimanche 9 mai de 10h à 16h se tiendra à Paris le Salon du Livre Libertaire, à l&#8217;Espace d’animations des Blancs Man­teaux. C&#8217;est 48, rue Vieille-du-Temple, Paris IVe,  Métro lignes 1 ou 11 : station Hôtel de Ville. Le prix d&#8217;entrée est libre, et c&#8217;est l&#8217;occasion de rencontrer des auteurs et des éditeurs, de trouver des livres difficilement trouvables ailleurs, etc.</p>
<p>Pour ma part, j&#8217;y présenterai les deux livres sur Bakounine: <em>Bakounine jeune hégélien - La philosophie et son dehors</em> (ENS Éditions 2007) et <em>La liberté des peuples - Bakounine et les révolutions de 1848 </em>(ACL, 2009). Parallèlement, l&#8217;éditeur de ce dernier ouvrage, et hébergeur de ce blog, l&#8217;Atelier de Création Libertaire, tiendra un stand où vous pourrez me rencontrer si vous le souhaitez le samedi après-midi et le dimanche matin. Il est possible qu&#8217;au cours de cette période je propose aussi une discussion autour de Bakounine dans une salle spécialement vouée à ce genre de choses, dans le même Espace.</p>
<p>Pour finir: il existe <a href="http://salonlivrelibertaire.radio-libertaire.org/">un site Internet </a>présentant le Salon du Livre Libertaire et sur lequel figure la liste complète des auteurs et éditeurs qui seront présents au cours du weekend.</p>
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		<title>La critique du Juste-milieu</title>
		<link>http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/la-critique-du-juste-milieu-337/</link>
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		<pubDate>Mon, 12 Apr 2010 18:27:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Christophe Angaut</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Philosophie]]></category>

		<category><![CDATA[Bakounine]]></category>

		<category><![CDATA[conciliation]]></category>

		<category><![CDATA[Juste-milieu]]></category>

		<category><![CDATA[médiation]]></category>

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		<description><![CDATA[Parmi les thèmes qui courent dans toute l&#8217;œuvre écrite de Michel Bakounine, la critique du Juste-milieu est sans doute l&#8217;un des plus intéressants en ce qu&#8217;elle exprime la radicalité de cette pensée. Exposée pour la première fois en 1842 dans l&#8217;article La Réaction en Allemagne, on la trouve encore, certes transformée, trente ans plus tard, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/files/daumier_justemilieu-50.jpg" rel="lightbox[337]"><img class="alignleft size-medium wp-image-340" src="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/files/daumier_justemilieu-50-300x222.jpg" alt="daumier_justemilieu-50" width="300" height="222" /></a>Parmi les thèmes qui courent dans toute l&#8217;œuvre écrite de Michel Bakounine, la critique du Juste-milieu est sans doute l&#8217;un des plus intéressants en ce qu&#8217;elle exprime la radicalité de cette pensée. Exposée pour la première fois en 1842 dans l&#8217;article <em>La Réaction en Allemagne</em>, on la trouve encore, certes transformée, trente ans plus tard, dans les derniers écrits de Bakounine.</p>
<p>La notion même de Juste-milieu est héritée du contexte politique de la Monarchie de Juillet - d&#8217;où la gravure de Daumier qui illustre ce billet, et qui illustre le peu d&#8217;estime qu&#8217;inspirait à l&#8217;époque le centre de l&#8217;assemblée. Le Juste-milieu, c&#8217;est l&#8217;équivalent du Marais à l&#8217;époque révolutionnaire, c&#8217;est cette partie de l&#8217;Assemblée qui, au gré des vents (car selon une formule attribuée à Edgar Faure, ce n&#8217;est pas la girouette qui tourne, c&#8217;est le vent!), va s&#8217;allier avec la droite ou avec la gauche. Ou encore, comme l&#8217;écrit Bakounine en 1842, prétendant citer un journal français au moment de la révolution de Juillet: &#8220;le côté gauche dit: 2 fois 2 font 4, le côté droit dit: 2 fois 2 font 6, et le Juste-milieu dit: 2 fois 2 font 5&#8243; (dans le volume <em>Bakounine jeune hégélien</em>, Lyon, ENS Editions, 2007, p. 121).</p>
<p><span id="more-337"></span>En 1842, la critique du Juste-milieu mène à une discussion sur le statut de la médiation dans la philosophie de Hegel. Dans cet article, il s&#8217;agit pour Bakounine de penser la manière dont s&#8217;aiguisent et se résolvent les contradictions politiques et sociales, et Bakounine se confronte à l&#8217;opinion selon laquelle entre deux camps qui s&#8217;opposent, et qui constituent des extrêmes, la vérité se trouverait quelque part au milieu, de telle sorte qu&#8217;il suffirait de procéder à la médiation des deux termes en présence pour parvenir à la vérité de l&#8217;évolution politique et sociale. C&#8217;est cette position que Bakounine qualifie comme position du Juste-milieu, ou encore comme la position des médiateurs.  Il n&#8217;est pas impossible que soit visée à travers sa critique la droite de l&#8217;école hégélienne, qui tentait précisément de se situer au milieu entre les adversaires de l&#8217;école hégélienne (par exemple Heinrich Leo) et la gauche de cette même école (apparue dans le sillage des polémiques autour de <em>La vie de Jésus</em> de Strauss). Toutefois l&#8217;originalité de Bakounine dans ce texte consiste à transposer ce débat semi-académique en des termes politiques et sociaux et à en faire la manifestation d&#8217;une lutte de plus grande envergure entre révolution et réaction, entre un état social en voie de dissolution et un qui commence à peine à émerger des ruines du vieux monde. Sur ce point, Bakounine se distingue clairement de quelqu&#8217;un comme Bruno Bauer, pour qui la négativité philosophique est d&#8217;emblée révolutionnaire, et ne réclame aucun saut dans la pratique effective des luttes politiques et sociales.</p>
<p>Pour autant, Bakounine ne rejette pas en tant que telle la catégorie de la médiation mais seulement une médiation qui viendrait tenter de concilier les termes de l&#8217;opposition pour éviter qu&#8217;on parvienne à une contradiction explosive. La thèse que défend Bakounine, à partir d&#8217;une lecture particulière de la <em>Doctrine de l&#8217;essence</em> de Hegel, c&#8217;est que toute différence se développe nécessairement en une opposition du positif (chez Bakounine: la réaction) et du négatif (la révolution), opposition qui ne peut manquer d&#8217;aboutir dans une contradiction, c&#8217;est-à-dire dans un conflit ouvert qui fera s&#8217;engloutir la positivité du vieux monde dans la destruction révolutionnaire, laquelle est en même temps créatrice. En somme, il n&#8217;y a pour Bakounine de médiation qu&#8217;immanente, ou encore la lutte entre les opposés constitue la seule médiation possible pour que le monde politique et social ne soit pas noyé dans la grisaille.</p>
<p>Cette thématique, Bakounine ne va cesser de la reprendre, de la déplacer et de l&#8217;appliquer au cours des trois décennies suivantes, et elle apparaît de ce fait comme un des thèmes dominants de ce qu&#8217;il y a de philosophique dans sa pensée. En 1842, elle est encore exposé sur un mode très abstrait, susceptibles des concrétions les plus diverses. Deux applications vont dominer chez Bakounine, correspondant aux deux temps que l&#8217;on peut distinguer dans l&#8217;évolution de son activité politique.</p>
<p>Tout d&#8217;abord, en cherchant à faire triompher la cause de la liberté au sein des luttes d&#8217;émancipation nationale des Slaves, Bakounine va reconduire son opposition entre révolution et réaction et fournir une incarnation temporaire aux médiateurs (<em>Vermittler</em>) dont il était question en 1842. En effet, dans l&#8217;<em>Appel aux Slaves</em>, que Bakounine rédige à l&#8217;automne 1848, on trouve l&#8217;idée que les politiciens tchèques, qui cherchent à faire avancer la cause nationale de leur peuple indépendamment de celle des autres et en s&#8217;attirant les bonnes grâces du pouvoir impérial austro-hongrois sont &#8220;ou trompés ou trompeurs. Trompés s&#8217;ils ajoutent foi à ce mensonge que l&#8217;on peut se glisser le plus sûrement jusqu&#8217;au but en accordant quelque petite chose à chacun des grands partis en lutte afin de les adoucir tous deux et d&#8217;empêcher ainsi l&#8217;explosion de la bataille inévitable, nécessaire. Trompeurs s&#8217;ils cherchent à vous persuader que, selon l&#8217;art des diplomates, vous devez vous tenir neutre quelque temps, et vous ranger ensuite du côté du plus fort, afin de faire heureusement vos propres affaires, grâce à son secours.&#8221; Cette formule, &#8220;trompés ou trompeurs&#8221;, est récurrente chez Bakounine, on la retrouve par exemple pour caractériser Mazzini au début des années 1870.  Elle caractérise assez bien le statut des médiateurs, ou des conciliateurs, selon Bakounine: ici les politiciens tchèques sont trompés (ils se trompent) en ce qu&#8217;ils pensent possible de trouver une troisième voie entre réaction impériale et révolution démocratique et sociale; mais ils sont aussi trompeurs en ce qu&#8217;ils tiennent au peuple un discours attentiste, leur promettant des concessions nationales en échange de leur neutralité. Cela signifie que la voie médiane est équivalente au choix de la médiation externe, décrit en 1842 à propos des hégéliens de droite. Pour Bakounine, le choix d&#8217;une telle voix revient <em>de facto</em> au choix de la réaction.</p>
<p>A partir du milieu des années 1860, alors qu&#8217;il s&#8217;oriente vers le socialisme libertaire, puis explicitement vers l&#8217;anarchisme, Bakounine étend à l&#8217;ensemble de ceux qui voient dans la cause de l&#8217;émancipation nationale un terrain d&#8217;action approprié sa critique des politiciens tchèques de 1848. Ainsi, dans une lettre d&#8217;août 1866, il tance Carlo Gambuzzi, transfuge mazzinien tenté par les aventures garibaldiennes, de la manière suivante: &#8220;Tu nous as longuement parlé de tes tentatives de démarches auprès de certains officiers supérieurs et hommes politiques du camp de Garibaldi et de leur manque de réussite totale. Nous sommes [...] contents que cette expérience t&#8217;ait fait toucher du doigt ce que nous, grâce à l&#8217;<em>Histoire</em> et à la <em>Logique</em>, avions deviné par anticipation et <em>a priori</em>, et que cette expérience, en t&#8217;arrachant de la tête toute idée de ce genre pour l&#8217;avenir, te lie à nous d&#8217;une manière indissoluble.&#8221; L&#8217;histoire et la logique dont il est question ici ont indiscutablement une tonalité hégélienne: ce qu&#8217;apprend la logique, et ce que développe l&#8217;histoire, c&#8217;est qu&#8217;entre deux principes, l&#8217;un ascendant (celui de la révolution sociale), l&#8217;autre en déclin (celui du vieux monde), aucune conciliation n&#8217;est possible, fût-ce celle du romantisme national et républicain d&#8217;un Garibaldi. A partir du milieu des années 1860, pour Bakounine, il n&#8217;y a rien à attendre de luttes d&#8217;émancipation nationale qui seraient coupées de la perspective de la révolution sociale.</p>
<p>De même, lorsqu&#8217;il attaque Mazzini en 1871, Bakounine le fait partiellement au nom de la logique, en soulignant notamment que Mazzini cherche à concilier « les choses les plus inconciliables, [...] la foi et la science, [...], l&#8217;autorité et la liberté, la propriété héréditaire et l&#8217;égalité, l&#8217;Etat et le peuple, Dieu et le monde » et il souligne que « ce qui lui manque, c&#8217;est précisément le respect de la logique inhérente aux idées, aux faits et aux choses. » (ce passage est extrait d&#8217;un fragment de la <em>Théologie politique de Mazzini</em> resté inédit à l&#8217;époque: voir dans les <em>Œuvres</em> [dites]<em> complètes</em> chez Champ Libre, vol. I, p. 153 et 162). Cette logique inhérente aux choses, c&#8217;est celle qui consiste dans le plein développement des contradictions, dans l&#8217;impossibilité qu&#8217;il y a de les concilier de l&#8217;extérieur, dans la nécessité où l&#8217;on se trouve d&#8217;opter pour l&#8217;un des termes et d&#8217;entrer dans la lutte.</p>
<p>A mon avis, cette position théorique n&#8217;exprime pas seulement le rejet par Bakounine de toute forme de concession, elle a partie liée avec une logique de l&#8217;immanence qui est l&#8217;une des facettes les plus importantes de son anarchisme philosophique. On pourrait en effet soutenir que c&#8217;est également au nom de ce refus d&#8217;une intervention externe aux parties en lutte que Bakounine considère comme vain et nuisible l&#8217;effort consistant à faire intervenir l&#8217;État pour résoudre, par exemple, la question sociale. Le syndicalisme d&#8217;action directe s&#8217;inscrira dans la lignée de ce refus. Une action directe, c&#8217;est précisément une action entreprise par les acteurs eux-mêmes en vue de réaliser ici et maintenant l&#8217;abolition de la société de classes, et elle signifie qu&#8217;il n&#8217;y a pas d&#8217;autre médiation entre l&#8217;ancien monde et le nouveau que l&#8217;immanence de la lutte.</p>
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		<title>Nouveaux textes de Bakounine sur la toile</title>
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		<pubDate>Tue, 23 Mar 2010 15:09:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Christophe Angaut</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[On trouve désormais sur wikisource les six volumes d&#8217;Œuvres qui avaient paru entre 1907 et 1913 chez Stock. Depuis, seuls les deux premiers volumes avaient été réédités par le même éditeur. C&#8217;est donc une avancée considérable dans la mise à disposition du public de ceux des écrits de Bakounine qui sont dans le domaine public.Seule [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/files/oeuvres6.jpg" rel="lightbox[331]"><img class="alignleft size-medium wp-image-332" src="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/files/oeuvres6-188x300.jpg" alt="oeuvres6" width="188" height="300" /></a>On trouve désormais sur <a href="http://fr.wikisource.org/wiki/Bakounine/%C5%92uvres_compl%C3%A8tes">wikisource </a>les six volumes d&#8217;<em>Œuvres</em> qui avaient paru entre 1907 et 1913 chez Stock. Depuis, seuls les deux premiers volumes avaient été réédités par le même éditeur. C&#8217;est donc une avancée considérable dans la mise à disposition du public de ceux des écrits de Bakounine qui sont dans le domaine public.Seule petite erreur: il s&#8217;agit bien des <em>Œuvres</em>, et non des <em>Œuvres</em> <em>complètes</em>, comme l&#8217;indique à tort la page dont j&#8217;ai fourni le lien.</p>
<p>De fait, les six volumes qui viennent d&#8217;être mis en ligne sur wikisource étaient déjà disponibles sur le site <a href="http://www.archive.org/search.php?query=creator%3A%22Bakunin%2C%20Mikhail%20Aleksandrovich%2C%201814-1876%22">archive.org</a>. Toutefois, sur ce dernier, la recherche lexicale dans les textes devaient faire avec les aléas de la numérisation à la sauce google: numérisation rapide, qui permet de mettre en ligne d&#8217;une manière massive, mais s&#8217;accompagne de failles plus importante dans la reconnaissance de caractères que, par exemple, le portail <a href="http://gallica.bnf.fr/">gallica </a>de la Bibliothèque Nationale de France, de sorte qu&#8217;au moins un mot sur dix est mal reconnu, ou n&#8217;est pas reconnu du tout.</p>
<p><span id="more-331"></span>En revanche, dans les textes qui sont mis à disposition sur wikisource, ces erreurs ont été corrigés (sous réserve d&#8217;un plus ample examen). Parmi les textes, jusque-là très difficiles à trouver, on peut notamment signaler la <a href="http://fr.wikisource.org/wiki/Bakounine/%C5%92uvres/TomeVI31"><em>Protestation de l&#8217;Alliance</em></a>, rédigée par Bakounine en juillet 1871 dans le cadre du conflit avec Marx dans l&#8217;AIT, et qui est éditée, malheureusement sous une forme partielle, dans le tome VI de ces <em>Œuvres</em>. Il s&#8217;agit de l&#8217;un des textes les plus intéressants de Bakounine parce qu&#8217;il réfléchit sur sa propre expérience de militant de l&#8217;Internationale.</p>
<p>Mais cette nouvelle mise en ligne est aussi l&#8217;occasion de faire le point sur les ressources  électroniques dont on dispose quand on veut lire du Bakounine sur  Internet. Revenons donc à&nbsp;<a href="http://archive.org" title="http://archive. " target="_blank">archive.org</a>. Cet excellent site fournissait déjà, on l&#8217;a dit, les six volumes des <em>Œuvres </em>qui avaient paru chez Stock, et cela en plusieurs formats. J&#8217;en profite pour signaler que le plus récent et le plus efficace est djvu - pour &#8220;déjà vu&#8221; - qui prend deux fois moins de place qu&#8217;un pdf, permet davantage de recherches lexicales et se regarde avec des logiciels libres, dont le meilleur est très probablement djview - à télécharger sur <a href="http://www.google.fr/url?sa=t&amp;source=web&amp;ct=res&amp;cd=1&amp;ved=0CAcQFjAA&amp;url=http%3A%2F%2Fdjvu.sourceforge.net%2F&amp;rct=j&amp;q=djview&amp;ei=nTOmS_OQBYvs4gaOyfChCg&amp;usg=AFQjCNEbDgdpTJfpYoU2IQuO7JbR4tdEFw">sourceforge</a>. Mais on trouve aussi sur ce même site la correspondance de Bakounine avec Herzen et Ogarev, <a href="http://www.archive.org/details/pisma00ogargoog">en russe</a> et <a href="http://www.archive.org/details/correspondancede00bakuuoft">en traduction française</a>, ainsi que des anthologies de référence <a href="http://www.archive.org/details/izbrannyesochine25bakuuoft">en russe</a>, <a href="http://www.archive.org/details/bakuninswritings00bakuuoft">en anglais</a> et même deux éditions <a href="http://www.archive.org/details/gelibeneshrifen00bakuuoft">en yiddish</a>, dont une par <a href="http://www.archive.org/details/nybc206081">Rudolf Rocker</a>!</p>
<p>Et bien entendu, il y a toujours les textes que l&#8217;on peut trouver sur le très bon site <a href="http://kropot.free.fr/index2.htm#BAKOUNINE">bibliolib</a>, que j&#8217;avais déjà signalé <a href="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/catechisme-revolutionnaire-303/">à propos d&#8217;une édition récente</a> du <em>Catéchisme révolutionnaire</em>.</p>
<p>J&#8217;ajoute bien entendu les principaux liens à ceux qui existent déjà, sur la droite de cette page.</p>
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		<title>Nicolas Stankevitch vu par Bakounine</title>
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		<pubDate>Mon, 15 Mar 2010 13:54:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Christophe Angaut</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Biographie]]></category>

		<category><![CDATA[Philosophie]]></category>

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		<category><![CDATA[Belinski]]></category>

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		<category><![CDATA[L'empire knouto-germanique]]></category>

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		<description><![CDATA[Trente ans après la mort de Nicolas Stankevitch, dont j&#8217;ai évoqué la figure dans le précédent billet, Bakounine, dans une note de L&#8217;empire knouto-germanique et la révolution sociale (1870-71), lui rend hommage comme à son créateur. C&#8217;est à ce texte (qu&#8217;on trouve dans le volume VIII des Œuvres complètes chez Champ Libre, p. 275-277) que [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/files/stankevich.jpg" rel="lightbox[324]"><img class="alignleft size-medium wp-image-320" src="http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/files/stankevich-220x300.jpg" alt="stankevich" width="220" height="300" /></a>Trente ans après la mort de Nicolas Stankevitch, dont j&#8217;ai évoqué la figure dans le précédent billet, Bakounine, dans une note de <em>L&#8217;empire knouto-germanique et la révolution sociale</em> (1870-71), lui rend hommage comme à son créateur. C&#8217;est à ce texte (qu&#8217;on trouve dans le volume VIII des <em>Œuvres complètes</em> chez Champ Libre, p. 275-277) que je souhaiterais consacrer le présent billet, car il regorge d&#8217;indications intéressantes.</p>
<p>C&#8217;est tout d&#8217;abord le contexte dans lequel apparaît le nom de Stankevitch qui me semble devoir être signalé. Il s&#8217;agit d&#8217;une note de plusieurs pages (comme ce manuscrit en comporte tant&#8230;), tissé de réminiscences hégéliennes, que Bakounine ajoute au corps de son texte pour rendre compte d&#8217;une thèse qu&#8217;il défend, selon laquelle « chaque chose n&#8217;est réelle qu&#8217;en tant qu&#8217;elle se manifeste, qu&#8217;elle agit ». C&#8217;est d&#8217;ailleurs sans doute la coloration hégélienne de cette thèse qui va conduire à la convocation de la figure de Stankevitch. Ce dernier, qui n&#8217;a laissé derrière lui aucune œuvre, pourrait alors apparaître comme un contre-exemple : voilà en effet un homme dont chacun s&#8217;accorde à reconnaître la richesse intérieure, mais qui n&#8217;est pas parvenu à exprimer cette dernière dans une œuvre. Une objection semble venir aussitôt, c&#8217;est qu&#8217;il y aurait des génies méconnus, qui n&#8217;auraient pas manifesté leur richesse intérieure alors que celle-ci est pourtant bien réelle. La réponse de Bakounine est la suivante :</p>
<p><span id="more-324"></span>« <em>L&#8217;homme n&#8217;a réellement dans son intérieur que ce qu&#8217;il manifeste d&#8217;une manière quelconque dans son extérieur. Ces soi-disant génies méconnus, ces esprits vains et amoureux d&#8217;eux-mêmes qui se lamentent éternellement de ce qu&#8217;ils ne parviennent jamais à mettre au jour les trésors qu&#8217;ils disent porter en eux-mêmes, sont toujours en effet les individus les plus misérables par rapport à leur </em>être intime<em> : ils ne portent en eux-mêmes rien du tout.</em> »</p>
<p>Bakounine se lance alors dans une digression qui lui permet d&#8217;expliquer que le génie n&#8217;est pas une notion absolue (c&#8217;est « <em>une organisation supérieure, un instrument comparativement beaucoup plus parfait</em> »), ni quelque chose qui renverrait à une forme d&#8217;innéité : « <em>Aucun homme, pas même le plus puissant génie, n&#8217;a proprement aucun trésor à lui ; mais</em> [...] <em>tous ceux qu&#8217;il distribue avec une large profusion ont été d&#8217;abord empruntés par lui à cette même société à la quelle il a l&#8217;air de les donner plus tard.</em> » De fait, cela consiste à ajouter à la thèse que défendait le texte (ce qui ne se manifeste pas par des actions n&#8217;a pas de réalité effective) une autre thèse (le génie est une organisation supérieure, produite par la société) qui est partiellement hétérogène à la précédente, mais dans ces manuscrits rédigés au fil de la plume, Bakounine est coutumier du fait.</p>
<p>Dans ce contexte, il y a un exemple limite : celui du jeune homme qui serait mort alors qu&#8217;il s&#8217;apprêtait à livrer au monde une grande œuvre. Celle-ci, n&#8217;étant pas advenue, n&#8217;a aucune réalité, mais Bakounine soutient qu&#8217;en tant qu&#8217;elle a été préparée, elle s&#8217;est trouvé avoir quelque réalité qui s&#8217;est manifestée dans les actes de ce jeune homme, et dans les relations qu&#8217;il a entretenues avec d&#8217;autres. Et c&#8217;est ici qu&#8217;apparaît dans le texte la figure de Stankevitch :</p>
<p>« <em>J&#8217;ai eu dans ma jeunesse un ami bien cher, Nicolas Stankevitch. C&#8217;était vraiment une nature géniale : une grande intelligence accompagnée d&#8217;un grand cœur. Et pourtant cet homme n&#8217;a rien fait ni rien écrit qui puisse conserver son nom dans l&#8217;histoire. Voilà donc un </em>être intime<em> qui se serait perdu sans manifestation et sans trace ? Pas du tout. Stankevitch, malgré qu&#8217;il ait été - ou peut-être précisément parce qu&#8217;il a été - l&#8217;être le moins prétentieux et le moins ambitieux du monde, fut le centre vivant d&#8217;un groupe de jeunes gens à Moscou, qui vécurent, pour ainsi dire, pendant plusieurs années, de son intelligence, de ses pensées, de son âme. Je fus de ce nombre, et je le considère en quelque sorte comme mon créateur. [...] Son être intime s&#8217;était </em>complètement <em>manifesté dans ses rapports avec ses amis tout d&#8217;abord, et ensuite avec tous ceux qui ont eu le bonheur de l&#8217;approcher ; un vrai bonheur, car il était impossible de vivre près de lui sans se sentir en quelque sorte amélioré et ennobli. En sa présence, aucune pensée lâche ou triviale, aucun instinct mauvais ne semblaient possibles ; les hommes les plus ordinaires cessaient de l&#8217;être sous son influence. Stankevitch appartenait à cette catégorie de natures à la fois riches et exquises, que M. David Strauss a si heureusement caractérisées, il y a bien plus de trente ans, dans sa brochure intitulée, je pense, </em>Le Génie religieux (Das religiöse Genie). »</p>
<p>La brochure à laquelle Bakounine fait allusion est en fait un recueil, paru en 1839 à Altona, de deux articles revus et corrigés par leur auteur : « Über Justinus Kerner » et « Über Vergangliches und Bleibendes im Christentum ». C&#8217;est dans le second article (p. 109-118) que se trouve l&#8217;analyse à laquelle Bakounine fait allusion. La mention de cette brochure de Strauss est intéressante à plusieurs titres. Tout d&#8217;abord, elle nous renseigne sur la connaissance (dont on n&#8217;a pas fini de prendre la mesure) qu&#8217;avait Bakounine de la littérature philosophique allemande lorsqu&#8217;il séjourna dans ce pays. Cette brochure est en effet loin d&#8217;être aussi connue que la <em>Vie de Jésus </em>(1835) du même auteur (qui, par les polémiques qu&#8217;elle suscita, engendra une scission de l&#8217;école hégélienne entre une droite et une gauche), ou même que les <em>Écrits polémiques</em> (1837-1838)<em> </em>qui suivirent. Ensuite, elle me semble un nouvel indice de ce que l&#8217;antithéologisme dont se revendique Bakounine depuis le milieu des années 1860 ne tourne pas le dos aux phénomènes religieux - je reviendrai dans un prochain billet sur la permanence, chez Bakounine, d&#8217;un usage positif de la notion de religion. Enfin, elle montre que Bakounine continue à mobiliser les analyses de Strauss pour les appliquer à l&#8217;histoire culturelle : Nicolas Stankevitch, c&#8217;est le Christ en plus petit, quelqu&#8217;un qui, du fait qu&#8217;il n&#8217;a pas laissé d&#8217;œuvre écrite, mais seulement une œuvre morale, est voué à devenir un objet de dévotion pour ceux qui l&#8217;ont fréquenté.</p>
<p>Si l&#8217;on remonte un peu dans le texte, la mention de l&#8217;influence que pouvait avoir Nicolas Stankevitch sur son entourage me semble également intéressante, parce qu&#8217;elle est émaillé, selon moi, de souvenirs qui sont, cette fois, plus fichtéens que proprement hégéliens (mais n&#8217;a-t-on pas dit que c&#8217;était le propre de ceux qui étaient passé par le jeune hégélianisme que d&#8217;avoir en fait oscillé entre Hegel et Fichte ?). Cela n&#8217;a rien d&#8217;étonnant, puisque le cercle de Stankevitch fut d&#8217;abord dominé par des lectures fichtéennes (1836-1837) avant de se prendre de passion pour Hegel. Un texte que Bakounine connaît, puisqu&#8217;il semble qu&#8217;il l&#8217;ait traduit lorsqu&#8217;il était en Russie, présente ainsi l&#8217;influence que peut avoir l&#8217;être libre sur ceux qui l&#8217;entourent : « <em>seul est libre celui qui veut rendre libre tout ce qui l&#8217;entoure, et le rend libre en fait par une certaine influence dont on n&#8217;a pas toujours remarqué l&#8217;origine. Sous son regard, nous respirons plus librement ; nous ne sentons rien qui nous opprime.</em> » (Fichte, <em>Conférences sur la destination du savant</em>, Vrin, p. 52). J&#8217;aurai l&#8217;occasion de revenir sur l&#8217;importance qu&#8217;a pu avoir la lecture de Fichte pour la philosophie bakouninienne de l&#8217;émancipation.</p>
<p>Sur le fond, enfin, l&#8217;exemple convoqué par Bakounine apparaît en parfaite homogénéité avec les deux versants de la thèse qu&#8217;il défend : celle de la nature sociale et de la manifestation nécessaire du génie. Non seulement, la vie de Stankevitch a bien donné lieu à quelque chose comme une œuvre, mais de surcroît cette œuvre a consisté à donner forme à d&#8217;autres pensées - celle de Bakounine, mais aussi celle de Vissarion Belinski, à qui Bakounine rend hommage dans ces mêmes pages. Il y a sans doute aussi quelque malice de la part de Bakounine à défendre cette thèse sur la nécessaire manifestation de l&#8217;intériorité dans des pages dont il savait peut-être qu&#8217;elles ne seraient publiées qu&#8217;après sa mort. Cette homogénéité entre la thèse défendue et l&#8217;exemple qui l&#8217;illustre se manifeste encore d&#8217;une autre manière : pour illustrer une thèse hégélienne, Bakounine choisit en effet de convoquer la figure de celui qui fut son initiateur dans la philosophie allemande, et il en propose une analyse qui doit beaucoup aux deux auteurs qui ont dominé son parcours proprement philosophique, Fichte et Hegel.</p>
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