Articles avec le tag ‘Bakounine’

“Dans les griffes de l’ours!”

arton32“Dans les griffes de l’ours!” est le 3ème recueil de textes de Bakounine publié par Étienne Lesourd aux éditions des Nuits rouges. Sous-titré “Lettres de prison et de déportation (1849-1861)”, il possède par ailleurs une présentation qu’on peut lire sur Internet.

Cette parution est l’occasion d’évoquer l’ensemble des trois recueils que ce blog a scandaleusement passé sous silence jusqu’ici. Je signale d’ailleurs que nous avons réussi à ne pas nous croiser avec Étienne Lesourd, alors que nous travaillons sur le même auteur, et que nous avons même, pendant trois ans, travaillé dans la même bonne ville de Nancy. De sorte que ce billet est aussi un message envoyé à Étienne Lesourd à travers le cyberespace (comme on dit): ce serait pas mal qu’on se contacte et qu’on se voie, camarade bakouninien!

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“La passion de la destruction est en même temps une passion créatrice!”

destruction_of_leviathan-50“La passion de la destruction est en même temps une passion créatrice ” (Die Lust der Zerstörung ist zugleich eine schaffende Lust): c’est par ces mots que Bakounine conclut en 1842 son premier texte révolutionnaire, La Réaction en Allemagne - texte que l’on peut lire en allemand dans un scan du texte original, ou en français, soit dans la traduction de Jean Barrué, soit dans la mienne. A l’heure où l’on peut espérer que la population grecque (et d’autres peut-être après elle) fasse l’expérience pratique de ce que signifie cette déclaration, je souhaiterais dans ce billet en proposer un commentaire, en étudier la réception et m’attarder sur une référence en particulier qui y a été faite, chez les situationnistes.

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Un portrait mystère

bakunin_1840sRonald Creagh m’a récemment demandé si je connaissais l’origine du portrait qui illustre ce billet. On le trouve en effet sur wikipedia - où je puise moi-même la plupart des illustrations des billets de ce blog dans la mesure où les images qui s’y trouvent sont libres de droits (et qui plus est au format png, qui est un format libre).

Or c’est précisément de droits qu’il est ici question: on ne connaît pas la provenance de ce qui ressemble bien à une photo de Bakounine dans les années 1840. Au passage, un tel document est d’une grande valeur car toutes les autres photos connues de Bakounine sont des années 1860. Le problème, c’est qu’il n’est pas sûr que l’utilisateur qui l’a mis en ligne ait disposé des droits pour le faire. Et si la fondation wikipedia n’a pas percé le mystère de ce portrait dans ces prochains jours, celui-ci sera retiré le 21 mai 2010, soit après-demain…

D’où l’appel solennel que je lance aujourd’hui: quelqu’un connaît-il l’origine de cette photo (auteur, date, etc.)? Dans ce cas, merci de se mettre en contact avec Ronald Creagh (via le site recherches sur l’anarchisme) ou avec moi (par le biais de ce blog, en laissant un commentaire à ce billet).

J’avoue qu’il y a quelque malice dans ce billet: quand bien même la photo serait retirée de wikipedia, elle resterait néanmoins présente sur ce blog, et si quelqu’un y trouve à redire, il faudra bien qu’il nous renseigne sur l’origine de ce portrait…

La critique du Juste-milieu

daumier_justemilieu-50Parmi les thèmes qui courent dans toute l’œuvre écrite de Michel Bakounine, la critique du Juste-milieu est sans doute l’un des plus intéressants en ce qu’elle exprime la radicalité de cette pensée. Exposée pour la première fois en 1842 dans l’article La Réaction en Allemagne, on la trouve encore, certes transformée, trente ans plus tard, dans les derniers écrits de Bakounine.

La notion même de Juste-milieu est héritée du contexte politique de la Monarchie de Juillet - d’où la gravure de Daumier qui illustre ce billet, et qui illustre le peu d’estime qu’inspirait à l’époque le centre de l’assemblée. Le Juste-milieu, c’est l’équivalent du Marais à l’époque révolutionnaire, c’est cette partie de l’Assemblée qui, au gré des vents (car selon une formule attribuée à Edgar Faure, ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent!), va s’allier avec la droite ou avec la gauche. Ou encore, comme l’écrit Bakounine en 1842, prétendant citer un journal français au moment de la révolution de Juillet: “le côté gauche dit: 2 fois 2 font 4, le côté droit dit: 2 fois 2 font 6, et le Juste-milieu dit: 2 fois 2 font 5″ (dans le volume Bakounine jeune hégélien, Lyon, ENS Editions, 2007, p. 121).

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Nouveaux textes de Bakounine sur la toile

oeuvres6On trouve désormais sur wikisource les six volumes d’Œuvres qui avaient paru entre 1907 et 1913 chez Stock. Depuis, seuls les deux premiers volumes avaient été réédités par le même éditeur. C’est donc une avancée considérable dans la mise à disposition du public de ceux des écrits de Bakounine qui sont dans le domaine public.Seule petite erreur: il s’agit bien des Œuvres, et non des Œuvres complètes, comme l’indique à tort la page dont j’ai fourni le lien.

De fait, les six volumes qui viennent d’être mis en ligne sur wikisource étaient déjà disponibles sur le site archive.org. Toutefois, sur ce dernier, la recherche lexicale dans les textes devaient faire avec les aléas de la numérisation à la sauce google: numérisation rapide, qui permet de mettre en ligne d’une manière massive, mais s’accompagne de failles plus importante dans la reconnaissance de caractères que, par exemple, le portail gallica de la Bibliothèque Nationale de France, de sorte qu’au moins un mot sur dix est mal reconnu, ou n’est pas reconnu du tout.

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Nicolas Stankevitch vu par Bakounine

stankevichTrente ans après la mort de Nicolas Stankevitch, dont j’ai évoqué la figure dans le précédent billet, Bakounine, dans une note de L’empire knouto-germanique et la révolution sociale (1870-71), lui rend hommage comme à son créateur. C’est à ce texte (qu’on trouve dans le volume VIII des Œuvres complètes chez Champ Libre, p. 275-277) que je souhaiterais consacrer le présent billet, car il regorge d’indications intéressantes.

C’est tout d’abord le contexte dans lequel apparaît le nom de Stankevitch qui me semble devoir être signalé. Il s’agit d’une note de plusieurs pages (comme ce manuscrit en comporte tant…), tissé de réminiscences hégéliennes, que Bakounine ajoute au corps de son texte pour rendre compte d’une thèse qu’il défend, selon laquelle « chaque chose n’est réelle qu’en tant qu’elle se manifeste, qu’elle agit ». C’est d’ailleurs sans doute la coloration hégélienne de cette thèse qui va conduire à la convocation de la figure de Stankevitch. Ce dernier, qui n’a laissé derrière lui aucune œuvre, pourrait alors apparaître comme un contre-exemple : voilà en effet un homme dont chacun s’accorde à reconnaître la richesse intérieure, mais qui n’est pas parvenu à exprimer cette dernière dans une œuvre. Une objection semble venir aussitôt, c’est qu’il y aurait des génies méconnus, qui n’auraient pas manifesté leur richesse intérieure alors que celle-ci est pourtant bien réelle. La réponse de Bakounine est la suivante :

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Bakounine et le cercle de Stankevitch

brownstankevichEntre 1836 et 1840, Bakounine fut membre d’un cénacle qui eut une importance particulière dans le développement des idées philosophiques en Russie. Ce cénacle est connu sous le nom de Cercle de Stankevitch, du nom de celui qui en fut le centre et l’inspirateur, avant de devenir, après sa mort en 1840 à l’âge de 27 ans, un objet de dévotion pour ses amis. On dispose sur ce cercle littéraire et philosophique d’un ouvrage de référence, celui de Edward J. Brown, Stankevich and His Moscow Circle, Stanford University Press, 1966, dont on peut lire des extraits sur Internet.

Comme on l’a rappelé dans un précédent billet, à l’époque où il participe aux activités de ce petit groupe au fonctionnement informel, qui lit pour l’essentiel de la littérature et de la philosophie allemandes, Bakounine n’est pas politisé, mais c’est le cas de tous les membres du groupe, qui ne vont mobiliser leurs lectures que pour penser les relations qu’ils entretiennent avec leur entourage, au sein du groupe et au dehors.

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Catéchisme révolutionnaire

catechismeLes éditions de L’Herne viennent de publier, dans leur collection “Carnets” le Catéchisme révolutionnaire de Bakounine.  C’est l’occasion de revenir sur ce texte, sur son contenu, sur les confusions qui l’entourent et sur les circonstances qui ont entouré sa rédaction.

L’édition du texte est accompagnée d’une brève présentation par Alexandre Lacroix, écrivain, rédacteur en chef de Philosophie magazine et directeur de la série “Carnets anticapitalistes” dans laquelle est publié le texte. Le susnommé indique que le texte est daté de 1865 et il mentionne en note qu’il “s’agit d’un texte rare, qui n’a à l’heure actuelle fait l’objet d’aucune édition autonome”, avant de préciser toutefois que le “texte rare” en question a été recopié par Max Nettlau dans son monumental Michael Bakunin - Eine Biographie (Londres, 3 volumes, 1896-1900), publié ensuite dans les Cahiers socialistes libertaires (n°6-9, mars-juin 1956) et enfin présenté dans l’anthologie de Daniel Guérin Ni Dieu ni maître éditée chez Maspéro en 1970.

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Thank You, Satan!

blake-satan-and-eveOn connaît la chanson de Léo Ferré, Thank You Satan, dont le groupe Dionysos a donné il y a quelques années une version un peu plus rock and roll. Mais Ferré ne faisait lui-même que mettre en chanson un vieux thème lancé parmi les anarchistes par Proudhon et repris longuement par Bakounine: celui de Satan comme véritable héros de la liberté humaine, figure mythique à opposer à celle d’un Dieu incarnation de l’autorité théologico-politique.

J’ai analysé dans un article de la revue en ligne Astérion la manière dont Carl Schmitt avait repéré cet aspect de la pensée de Bakounine pour donner raison aux théoriciens de la contre-révolution qui voyaient dans la révolution rien moins qu’une créature du malin. Je souhaiterais ici retracer la généalogie de ce thème satanique et montrer comment il se décline chez Bakounine.

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Bakounine dans les Annales allemandes

reaktion-50En 1841, à Leipzig, Bakounine fait la connaissance d’Arnold Ruge. Bakounine, alors âgé de 27 ans, est en Allemagne depuis 1840, date à laquelle il est venu à Berlin pour y parfaire sa culture philosophique. Il prend des cours auprès d’un hégélien de droite, Karl Werder, et, aux côtés d’Engels et de Kierkegaard notamment, commence à suivre les cours de Schelling, qui vient d’être rappelé à Berlin pour y contrer l’influence hégélienne.

Quant à Arnold Ruge, il est depuis plusieurs années installé dans le paysage intellectuel allemand. Il est notamment l’éditeur d’un journal, les Deutsche Jahrbücher für Wissenschaft und Kunst (Annales allemandes pour la science et l’art), qui ont pris la suite des Hallische Jahrbücher (Annales de Halle) interdites par la censure. Les Annales allemandes sont la principale tribune du courant jeune hégélien: dedans, y ont écrit ou y écriront les frères Edgar et Bruno Bauer, Marx, Feuerbach, Ruge lui-même, qui fait cependant davantage figure de publiciste que de théoricien.

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Comme tant de personnages intéressants, mais aussi comme l'anarchisme, dont il est considéré à raison comme l'un des fondateurs modernes, le révolutionnaire russe Michel Bakounine (1814-1876) a mauvaise réputation : apôtre de la violence, faible théoricien, radicalement extérieur au champ intellectuel européen, on ne compte plus les griefs qui lui sont adressés.
Toute une partie de ce blog consistera d'abord à corriger cette image, erronée non seulement parce qu'elle consiste à projeter sur la personne de Bakounine les fantasmes construits à propos de l'ensemble du mouvement anarchiste, mais aussi parce que Bakounine n'est pas seulement l'un des premiers théoriciens de l'anarchisme. En consacrant ce blog à Bakounine, nous entendons ainsi présenter toutes les facettes de sa pensée et de sa biographie, depuis les considérations familiales de ses premières années jusqu'aux développements théoriques anarchistes des dernières, en passant par son inscription momentanée dans la gauche hégélienne et par son panslavisme révolutionnaire. Nous nous permettrons également quelques excursus, dans la mesure où ils pourront contribuer à éclairer la biographie et la pensée de notre cher Michka ! Le tout sera fonction des envies, de l'actualité, des réactions de lecteurs, et contiendra autant que possible de la documentation sous forme d'images et de textes.