Histoire de José Ruiz Pérez, dit Félix (1917-2004)

Par curiosité, je découvre sur le blog une photo d’un groupe de la Barraca.
Qu’elle n’est pas ma surprise de reconnaître le visage d’un des frères de ma mère Joseph Martinez sous son grand chapeau.
J’interroge ma mère qui à 97 ans, et elle me raconte que mon oncle Joseph, qui n’était pas militant, il allait très régulièrement car l’ambiance était chaleureuse pour tous.
Cette façon de faire accueillante et fraternelle, va être à l’origine de l’engagement militant de mon père et de mon autre oncle dont les noms de guerre sont pour l’un Félix et l’autre Victor.

HISTOIRE DE JOSÉ RUIZ PÉREZ dit FÉLIX
Mon père José dit Pepe pour la famille est né le 5 novembre 1917 à Cartagena (province de Murcia). Son père a été mineur puis modeste, malade, il devient aubergiste pour les mineurs avec  sa femme.
Le couple aura 6 enfants avant d’immigrer en à Lyon.

Avant 1936: les années de l’éducation Populaire
L’immigration économique espagnole dans la région lyonnaise commence beaucoup plus tardivement que l’immigration italienne par exemple  beaucoup plus ancienne.
C’est avec des usines d’armement pendant la guerre de 1914/1918 que les premiers Espagnols viennent travailler, à la demande des employeurs français, dans les usines métallurgiques et chimiques de la région ( fil-dynamo, ) .
La plupart des immigrés viennent des zones les plus pauvres ou les plus touchés par la crise c’est-à-dire que l’Andalousie particulièrement de Almería, la région de Murcia et Albacete, à la région de Valencia, tout ce que l’on appelle aujourd’hui le levant espagnol.
Les quelques aînés de famille, après 1918 et le retour des soldats du front, reviennent en Espagne.
Mais, les graves crises économiques en particulier dans la région des mines de Cartagena, à la fin des années 20, les crises agricoles sur la même période dues à la sécheresse, vont conduire de nouveaux les ainés de famille tant celle de mon père et de ma mère à retourner dans la région lyonnaise mais avec femmes et enfants.
Mon père arrive en 1928 à 11 ans et commence à travailler aussitôt à la verrerie  Rue Paul Kruger comme « garçon à tout faire ».
Ma mère arrive à 7 ans et doit aller à l’école.
On raconte peu de choses de cette période, de ces « espingouins » ou « escargots »  pour lesquelles le logement est très difficile  comme les autres familles d’immigrés. Comme beaucoup de famille nombreuse, la famille  s’est  logée dans des baraques de chantier, un peu améliorées, au milieu des jardins ouvriers en plein centre de Villeurbanne. Ma mère ma parle de sa honte à l’école avec les autres filles, ses vêtements démodés, la pauvreté, le français mal compris, mal parlé, très mal écrit.
Ce que je sais, des débuts de l’engagement  de mon père, Jose Ruiz Perez, c’est que le noyau de la CNT de Villeurbanne de époque (1925/1935) mettent en place des cours du soir pour alphabétiser les jeunes ouvriers espagnols. Ci-joint une photo avec Victor avec des militants.

    C’est là où mon père va apprendre à lire et à écrire en français vers 14/15 ans. Il va aussi apprendre un peu d’espéranto et avoir tous ses copains.
Ce qu’il me raconte c’est que, c’était aussi des moments très chaleureux, où, il y avait des sorties, à la campagne, tous ensemble, on passait de bons moments. Il y avait aussi cette idée que l’éducation populaire passe par le théâtre. C’est la, ou mon père prend son surnom Félix ou dans une pièce, il a joué le rôle d’un curé, le Père Félix.  Il aurait tellement mal joué, que toute la bande va lui coller ce surnom. Ils étaient tous très jeunes, entre 16 et 18 ans. Au-delà des cours du soir, il y avait aussi des enseignements sur l’écologie avant l’heure : beaucoup sont devenus naturistes, végétariens. Un de des cousins de Félix d’ailleurs à conserver ce surnom « el primo naturista ».
Cela va donner chez Félix  une éthique de la nourriture saine qu’il a conservé jusqu’à la fin de ses jours. Enfin, il y avait l’enseignement politique, en vue de l’adhésion à la cause.
Le travail des militants anarchistes plus ancien en particulier ceux venus d’ARAC pour soutenir ces jeunes ouvriers espagnols déracinés a été impressionnant. Le groupe auquel va appartenir Félix se réunissait à La Barraca cours Emile Zola (en face de la rue Greuze, au rez-de-chaussée). C’était le quartier des espagnols, car derrière les façades des maisons, il y avait les bidonvilles. La Barraca  n’était pas seulement le lieu politique où se réunissaient les libertaires d’espagnols de Villeurbanne, c’était aussi un endroit sympathique où tous les jeunes espagnols du quartier se retrouvaient pour discuter et passer un moment. On y jouait aux cartes, c’était un lieu de rire et de liberté.
La Barraca  est le reflet, l’emblème, du dévouement et de l’engagement militant des plus anciens comme Ruiperez.
C’est pour cela aussi que, mon père est devenu membre de la CNT/FAI.
Il s’est lié d’amitié avec le frère de ma mère Gines Martinez Yuste qui prend le surnom de Victor. L’espérance libertaire, le sens du devoir pour apporter la paie à la famille faisait supporter à mon père les petits boulots, les conditions de travail difficile des gosses immigrés.

1936-1939: La Guerre d’Espagne
Avec le Front populaire, et le soulèvement des militaires factieux espagnols, toute la petite communauté des jeunes ouvriers espagnols de Villeurbanne se sent pousser un élan très fort pour venir aider la République.
Ma mère, qui a 15/16 ans à l’époque, me raconte qu’elle mettait une jupe noire et un chemisier rouge et avec sa sœur et d’autres amies, elles allaient faire des récoltes de fonds pour soutenir les républicains.
Félix  (au centre de la photo ci-jointe faite en 1937 à Barcelone) et deux copains, Gines alias Victor et Pelegrín décident de partir s’engager comme volontaires pour l’Espagne.

Il faut savoir que mon père, comme l’aîné des fils, était soutien de famille, (car mon grand-père était décédé un an avant de la silicose qu’il avait contracté en Espagne dans les mines de la Union).
Je sais que ce fut vers le mois de septembre 1936 qu’ils partent, et mon père me raconte la course pour aller prendre le train qui partait et la tentative désespérée de ma grand-mère qui courrait sur le quai pour retenir son fils aîné.
Un article du journal Le progrès de Lyon sera d’ailleurs consacré aux volontaires espagnols, en mentionnant leur nom.

Dans le train, ils se sont retrouvés avec des militants de toute l’Europe. L’ambiance était incroyable !
Arrivés à Barcelone, Victor décide de rejoindre les milices dans la ville.

Felix , préfère avec Pelegrín rejoindre le front . Après des classes très sommaire à la caserne Carlo Marx (L’anecdote de l’apprentissage du présenter armes avec bâtons et des manches de pioche du film de Ken Loach Land and Freedom que mon père a vu avec moi est très juste).

Felix part en Aragon.
Selon lui, ces premiers mois de l’automne et l’Hivers 1936 sont extraordinaires: travail dans les champs dans les communautés villageoises, amitiés au front avec des militants internationaux. Félix c’est lié avec des internationaux bien sur Français,  mais aussi allemands, italiens et même anglais. Dans l’extraordinaire ouvrage Les Gemmologues d’Antoine Giménez , j’ai retrouvé tout à fait l’ambiance que m’a raconté une fois mon père il y a une vingtaine d’année. Ci-joint une photo avec Victor en Espagne parmi les militants.

Ensuite les choses se compliquent sur le front d’Aragon et je sais qu’il va être envoyé pour l’offensive sur Belchite entre aout et septembre 1937. (Nous n’avons plus de photos de cette période car tout a été brûlé par ma grand-mère en 1942 lors d’une tentative des Allemands pour arrêter mon père.
Ci-joint néanmoins la photo d’un de ses amis Carlos Campos dans une tranchée).

Je ne sais pas ce qui s’est passé durant cette période car mon père n’en parlait pas.
Je sais seulement qu’il a conservé une photo de lui paru dans un journal sur place. Pourquoi ? Je n’en sais rien ! Mais il a été mis à l’honneur.

C’est à cette époque que lors d’une offensive à la baïonnette contre les tranchées  franquistes,  que Félix va être grièvement blessé au bras gauche! Lors de la course pour enlever la tranchée il ne se rend pas tout de suite compte qu’il est blessé car l’adrénaline du combat le fait tenir. La chemise se couvre de sang et ses compagnons lui  disent de s’arrêter de courir et de repartir. Il va vite perdre connaissance, il sera laissé pour mort dans un réduit entouré de cadavres.
Il s’était vidé de son sang.(Enfant, quand je voyais mon père torse nu, j’a toujours été étonné de voir la petite trace blanche à l’avant du biceps la cicatrice laissée par l’entrée de la balle, et de l’énorme marque à l’arrière du biceps , c’était la sortie de la balle qui avait arraché une partie du muscle).
Reprenant connaissance au petit matin au milieu des morts il va être néanmoins secouru et soigné.
Il retourne à Barcelone en convalescence.
De cet épisode, il ne témoignera que de quelques anecdotes, dans celle où il raconte que Victor, Joli cœur, souffle à mon père toutes ses conquêtes féminines. Dans les magasins, les combattants ne payaient rien. Les permissionnaires étaient nourris gratuitement ce qui l’a marqué. Je ne sais pas ce qu’est devenu pendant cette période Pèlegrin, si ce n’est qu’il a été grièvement blessé est amputé d’un bras.
L’épisode de la militarisation des milices, sur le front, de la reprise en main par renforcement de la bureaucratie militaire, après tant de combats, a laissé de très fortes traces chez mon père à partir de 1937.
J’ai cru comprendre, qu’il a vécu un grave moment de découragement, au point d’essayer de fuir.
Comment il a vécu cette période où les anarchistes deviennent les bouc-émissaires pour les communistes?
Quoi qu’il en soit, quelles que soient ses tentatives, il réintègre un régiment et part pour le front à Lérida en Catalogne et se retrouve embarqué en 1938 dans la bataille de l’Ebre.

Mais il ne parlait pas de la guerre et de ces moments horribles sauf à la fin de sa vie en de rares moments. A la mort de mon père, nous avons retrouvé deux ces carnets de guerre de 1938 rangés sous une pile de linge dans l’armoire de sa chambre.

Il m’a raconté qu’il était en charge de dérouler les fils de téléphone de campagne pour les transmissions. Il m’a parlé d’une anecdote.  Lors d’une installation du fil de téléphone entre les tranchées, ils ont été pris par surprise par une offensive franquiste lui et son binôme.
Mon père se jette dans un trou d’obus et fait le mort. Les assaillants l’enjambent sans le toucher puis ils seront repoussés. Mon père est sain et sauf mais son compagnon n’a jamais été retrouvé.
Il me raconte aussi que durant la bataille de l’Ebre, il manquait de tout et en particulier de nourriture. Le ravitaillement était mal assuré.
C’était l’été et ils ont été nombreux à aller ramasser des amandes dans les champs car les récoltes étaient abandonnées par les paysans qui avaient fuis la zone de combat.
Les franquistes auraient cru que c’était une tentative d’attaque républicaine et ils ont contre-attaqués en lançant une charge cavalerie. D’après les sources historiques, ce fut la dernière charge de cavalerie de la guerre.
A part ces anecdotes qui l’amusaient, il n’a presque jamais parlé des combats.

La retraite début 1939 dans les Pyrénées ( la Retirada) a beaucoup marqué mon père.
Le froid ou il ne fallait surtout pas céder à la fatigue et tomber dans la neige  était horrible.
L’eau glacée qui ruisselait dans le cou en glissant le long du fusil. Ils dormaient en marchant et titubant de fatigue ils ont pu atteindre la frontière française !
Papa va être ensuite interné au camp de Argelès sur mer.
Félix fait parvenir des nouvelles à sa mère qui envoie un cousin pour essayer de le sortir de là une première fois mais sans succès. Le camp est gardé. La seconde fois elle va, elle-même aller le chercher, avec des vêtements civils et « el primo naturista ».
Grâce aux vêtements civils jetés par-dessus les barbelés, mon père pourra sortir du camp, passer les gardes sénégalais, en se faisant passer pour un ouvrier français. (« T’es espagnol toi ? Est ce que j’ai une tête d’espagnol » répond Félix et il passe).
Il va pouvoir ensuite remonter sur Villeurbanne et se cacher jusqu’à l’obtention d’un titre de séjour.
Pellegrin amputé, avait pu revenir plutôt en France. Et Victor aussi.

Les années 1939-1945: un engagement en retrait ?

De retour à Villeurbanne, je sais que la fédération locale de CNT avait en responsabilité des orphelins de guerre, des colonies de vacances et avait essayé d’appuyer et d’assister les familles qui avaient fui l’Espagne franquiste.
Ce sont dans ces années là que mon père rencontre Juan Peres dit El Pelao et sa sœur juana Perez jeune veuve d’un mari mort au combat et qui avait été «  pistolera » en Espagne.
Mon père va retrouver du travail dans les champs, avec les compagnons de combats  puis ensuite avec les papiers en règle , dans les terrassements.

(Photo en septembre 1941)

Il est soutien de sa famille à nouveau soit 7 personnes. Il va épouser le 25 septembre 1943 la sœur de Victor : Carmen Martinez, ma mère.
Victor ne veut pas reprendre la vie normale, je sais peu de choses de ce qu’il fait lors des années 1940/1941.
Par contre il va rejoindre les premiers noyaux d’espagnols qui étaient dans des camps de travail en Ardèche (photo ci-dessous)

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La plupart étaient à anarchistes, et ils vont constituer le cercle des premiers mouvements de résistance.
Ils avaient déjà  l’expérience du combat.
Papa ne rejoint pas mon oncle.
Son mariage lui donne une nouvelle responsabilité.
Il faut arriver à nourrir toute la famille et ramener à manger en allant travailler aussi à la campagne. Mon père veut continuer l’action militante et ma mère ne sera pas d’accord.
C’est dangereux. Félix et son frère cadet ont  été dénoncé à 3 reprises et la police française puis les Allemands ont été le rechercher chez se mère Félix. Cela a fait terriblement peur à la Grand mère.
Chaque fois, un petit mot été déposé les invitant à se cacher avant l’arrivée des allemands. C’est grâce, à ce petit acte de soutien anonyme, que mon père n’a pas été arrêté.
Après leur mariage en 1943, mes parents s’installent vers la Part-Dieu (rue Ternois à Lyon 3ieme). Mon père avait accepté de cacher les armes à la cave car sa proximité de la gare permettait aux groupes de résistants de pouvoir organiser une action contre les Allemands. Mais il ne voulait plus continuer à tuer. La guerre en Espagne l’avait écœuré. Aider oui, combattre: non.
Encore maintenant, ma mère en veut à mon père d’avoir risqué leur vie en cachant des armes chez eux.
Concernant Victor, nous savons peu de choses durant cette même période.
Selon ma mère pendant toutes les années de guerre il n’était jamais présent chez lui chez la grand-mère sauf de façon très épisodique.
Il faisait le Joli cœur à la campagne dit ma mère.
En fait, il était très actif dans la résistance, en appui.
J’ai retrouvé quelques photos que mon oncle avant de mourir bien des années plus tard ,à demandé à mes parents de conserver.

1945-1951 : le retour de l’action militante

À cette époque, Félix est ouvrier dans une usine de papiers-peints.
À partir de la Libération, le groupe militant anarchiste se reconstitue à Villeurbanne au sein de la fédération locale de la CNT.
Le groupe artistique « Tierra y Libertad » reprend l’activité théâtrale d’avant guerre en particulier du théâtre politique. En étant marié et père d’un petit garçon à partir de 1947, il était plus difficile à Félix  de continuer à avoir une action militante forte. Il reste proche de Pellegrin mais pas de Victor qui continuent sa vie d’errance.
J’ai retrouvé trois photos où mon père joue le rôle d’un garde civil  ( à gauche de la photo)lors d’une représentation théâtrale.

C’est à cette époque je crois que papa a bien connu Cailles, Flores, Paco Perez, Juan El Pelao , les Mata, Adelamo, Alfonso dit Bourbon, etc.,
Le grand événement sera évidemment l’affaire de la rue Du Guesclin.
Cette histoire était taboue.
Je n’ai appris, que bien plus tard ce qui s’était passé.
Le groupe militant s’efforçait d’envoyer des fonds à la CNT en exil à Paris. Il fallait financer les opérations en Espagne comme la tentative d’attentat aérien contre Franco.
C’est un noyau avec les deux frères Mata et Juan El pelao qui décident clandestinement de passer à niveau plus élevé le financement de l’action antifranquiste par le vol et du trafic de voiture á partir de 1946. Je confirme que l’argent issus de ces actions était dédié à l’action clandestine contre le fascisme.
Ma mère raconte que juan El pelao et sa compagne, amis de mes parents, vivaient modestement. Et très régulièrement entre 1946 et 1951, ils venaient se réfugier chez eux. Toujours selon ma mère, les Mata, comme Juan el pelao étaient incapables de reprendre une vie normale et de travailler comme les autres après les années de guerre. La guérilla, l’aventure était leur carburant. Les militants de la CNT à Villeurbanne commencent à suspecter le petit groupe de dépasser les limites.
Les uns et les autres restaient amis mais au sein du mouvement libertaire espagnol, les actions illégales contre la France étaient très contestées. Le groupe Mata/ El Pelao va prendre de l’assurance et après quelques années il va faire des actions plus dangereuses et violentes que le vol de voitures jusqu’a l’affaire de la Rue Du Guesclin.
Le 18 janvier 1951, Une heure après l’attaque du fourgon devant le bureau de poste et de la mort de 3 personnes dont  des gendarmes : juan El pelao demande l’assistance à mon père. Sans attendre et sans savoir ce qui s’était passé, Félix va les conduire chez des amis.
De retour à la maison, la police était la.
Comment ont-ils su  si vite ?on ne sait pas. Félix va être exhibé par la police dans plein d’endroits pour essayer de le faire identifier comme étant ou pas un membre du commando. Papa va s’en sortir de justesse reconnu par personne.
Par contre la sœur de Juan El pelao, Juana Sanchez et son compagnon Alfonso dit Bourbon  seront maltraités. Bourbon était appui au secrétaire dans l’association gestionnaire des fonds de l’organisation locale. Or Juana et Bourbon avaient caché des armes chez eux. Juana  va être soumise à des actes inadmissibles. Pour la faire parler ils vont la gifler et  jusqu’à lui brûler les bouts de seins à la cigarette.
El Pelao et sa  compagne seront  arrêtés.
La famille du commando sera aussi interdite de séjour dans le département du Rhône. Les filles de Mata vont partir vivre en région parisienne.
Juana et son compagnon Bourbon, vont aller vivre dans l’Isère.
Juan El Pelao va être condamné à mort, puis sa peine sera commuée  en prison à vie puis bien des années plus tard en exil hors de France. Le seul pays qui aura accepté de l’accueillir sera la Suède.
J’ai été le voir, à la demande de mon père qui avait son adresse  en aout 1978 (photo de juan , son fils et sa compagne).

Après 1951: l’affaire de la rue Dugesclin va être une « bombe » pour tous les autres militants.

L’essentiel des adhérents de la CNT locale avaient mis de la distance avec le noyau Mata /El Pelao
Mais la structure locale de la CNT va être dissoute. Les fonds issus des vols et donnés à la CNT vont associer dans l’esprit de tous  l’équipe Mata/El Pelao à toute la CNT.
Les membres vont être pour les plus proches tabassés , maltraités et emprisonnés puis être interdits de séjour dans le Rhône pour ceux qui sont complices ,et pour les autres après avoir bousculés et menacés , ils seront surveillés par la police. Les conditions d’exercice de l’action anti franquiste vont devenir très difficiles. Pourtant, ils étaient tous restés très résolus ! Dans ce contexte, ma mère obtient enfin de mon père qu’il cesse toute action militante. En 1952, mon père prend la décision de se faire naturaliser français. (photo ci – dessous de 1952)

Puis les années vont passer.
Je me souviens que les anciens vont continuer à se réunir de façon informelle..
Encore dans les années 60 et 70, je les voyais s’enfermer  dans la salle à manger avec les volets clos le dimanche après-midi prendre le café et l’anis à la maison.
Félix va travailler comme ouvrier dans la métallurgie jusqu’en 1976 (magasinier chez Amtec France).
Il va ensuite avoir une retraite active mais arrivera la catastrophe de la maladie d’Alzheimer.
Il décède le 19 septembre 2004.

Comme le dit Pesoa « je ne suis rien, jamais je ne serai rien , je ne puis vouloir être rien . Cela dit, je porte en moi tous les rêves du monde ».

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6 août 1922 – fête de l’A.R.A.C à Ecully

Dans un des cartons d’archives donnés au Centre de documentation libertaire de Lyon par Roger Dorey, une photo carte postale tirée lors de la fête de l’A.R.A.C. du 6 août 1922 à Ecully. L’A.R.A.C (Association républicaine des anciens combattants) avait été fondée en 1917. En regardant de plus près les journaux tenus par ces jeunes gens, on peut voir :

  • Le Libertaire, (René Bianco, dans 100 ans de presse anarchiste, fait une longue recension de cet hebdomadaire qui deviendra quotidien quelques mois après la photo)
  • Le Cri des jeunes syndicalistes, paru entre 1920 et 1925, domicilié à Lyon puis à Saint-Etienne (Bianco, 100 ans…)
  • La Vague, (« hebdomadaire de combat [puis] pacifiste, socialiste, féministe [puis] journal de débourrage et de combat ») qui paraîtra entre 1918 et 1923 (Bianco, 100 ans…)
  • Le Métallurgiste
  • Travail(?)

Bref, de quoi penser que parmi ces jeunes personnes de 1922, il y avait quelques libertaires.

dorey-fete-arac-ecully-06-08-1922-1

Au dos de la photo figurent quelques noms aujourd’hui oubliés.

dorey-fete-arac-ecully-06-08-1922-2

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Avril 1991 – IRL dans son nouveau local, 5 rue Diderot

Après avoir quitté la rue Pierre Blanc, IRL s’est retrouvé seul dans un petit local au rez-de-chaussée du 5 de la rue Diderot, sur les Pentes de la Croix-Rousse toujours. Ce local sera occupé jusqu’en 2000, date à laquelle l’équipe d’IRL, qui aura abandonné la revue pour se consacrer à l’édition (Atelier de création libertaire), rejoindra le local de l’imprimeur MAB, rue Burdeau.

Quelques mois ont passé depuis les photographies prises rue Pierre Blanc. Si l’équipe est la même (Alain, Jean-Marc et Mimmo), si la table de montage a été conservée, la composphère a été abandonnée pour un premier ordinateur.

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1987 – « À Montrochet, les schismes passent, les anars restent »

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Roger Chambard, trente-huit ans, postier, est anarcho-syndicaliste. Au terme d’une longue (et mouvementée) histoire syndicale, il a fondé la section CNT (Confédération nationale des travailleurs) du centre Montrochet. C’était en 1985.
– Vingt ans avant, il rentre aux Chèques postaux et à la CGT. « J’avais dix- sept ans, mon père était cégétiste critique. Toutes les semaines, à la maison, on lisait la Vie ouvrière. Dans mon service, 95 des 100 agents adhéraient à la CGT. Alors… »
«En 1968, je n’ai eu que le temps de participer à l’occupation avant de filer au service militaire. Retour aux PTT, dans le syndicat, c’était l’épuration. Les camarades qui avaient fait partie des comités d’action étaient dénoncés, exclus. Je suis parti.»
Continuer la lecture de « 1987 – « À Montrochet, les schismes passent, les anars restent » »

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Francisco (dit Paco) et Carmen Perez

Francisco Perez (dit Paco) Bonjour, Nous sommes tombées par hasard sur votre blog, ma soeur Sylvie et moi, à la suite d’un voyage en Espagne que je viens de faire suivant les traces de mes parents Francisco (dit Paco) et Carmen Perez, anarchistes libertaires ayant fui l’Espagne poursuivis par les armées franquistes en 1939, avec un bébé de 15 jours dans les bras : moi. Après le passage, à pied, des Pyrénées, dans le froid glacial, dormant sur des matelas trempés, ils ont abouti au camp de Saint Cyprien, après que le gouvernement français a en fin décidé d’ouvrir la frontière.

ma mère, Carmen Perez, jeuneMa mère était accompagnée de sa mère, Josepha Estevez Cubero dont le mari était mort au front de Madrid, son jeune frère et… moi. Mon père se battait encore au front de Valencia. Après s’être échappés du camp ils ont abouti à Lyon. Mon père n’est jamais retourné en Espagne mais a toujours milité à la C.N.T. Ses croyances datent de ses conversations avec «un viejo» anarchiste alors qu’il était berger et ont duré jusqu’à sa mort, d’un cancer, en 1973 à Lyon.

Ses contacts constants avec les copains de Lyon, Toulouse, Federica Montseny, et ses fréquents voyages pour aider les anarchistes prisonniers des prisons fascistes, les aider à s’échapper, procurer de l’aide à leur famille… il n’a jamais renoncé, ses convictions ont été plus fortes que ses séjours à l’hôpital, ses hémorragies pour ulcère à l’estomac, sa vie mouvementée et finalement son arrestation par la police lyonnaise en tant que secrétaire des fonds recueillis pour les prisonniers d’Espagne, lors du fameux procès du «gang des anarchistes lyonnais». Il y gagna un «passage à tabac» dans les locaux de la police après lequel son visage était méconnaissable, et les coups étaient aussi dirigés vers son estomac alors qu’il était à genoux, sur une barre de fer. Il n’a pas flanché, a toujours proclamé son innocence et nié ce qu’on voulait lui faire dire… mais a passé 8 ans en prison. Malgré le bouleversement que cela apporta à notre famille et à notre vie – ma mère devant travailler dans une usine métallurgique pour pouvoir nous élever, moi 11 ans, ma petite sœur 5 ans, notre perte totale d’enfance, d’insouciance –, nous sommes toujours demeurées fidèles et fières de mon père. Tout cela pour dire que la guerre civile espagnole a continué ses ravages, chez certains, bien après la guerre.

Mon père (devant à gauche agenouillé, devant "la barraca" avec les copainsSur les photos de votre blog, je connais bien sûr Melchora Flores, elle était même au mariage de ma tante, je connais «la baraque» du cours Émile Zola à Lyon, lieu des réunions des copains de la C.N.T. Mon père m’y emmenait, j’y ai même pris des cours de claquettes ! Et, bien sûr « el grupo artistico de Tierra y Libertad» et j’ai reconnu sur les photos Juan Flores (sa femme Fifine), Callès, Fontaura, sa femme Gertrudes etc. Tout cela, je ne l’oublierai jamais. Nous avons enterré mon père à Lyon en 1973 et le cercueil de ma mère est entré au tunnel de la crémation aux sons triomphants de la chanson «El pasage del Ebro ( Ay Carmela, Ay Carmela)»…

Violette Perez

PS : nous avons aussi retrouvé, dans des papiers, une carte laisser-passer de la Résistance au nom de mon père.

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