{"id":563,"date":"2016-08-25T10:58:05","date_gmt":"2016-08-25T08:58:05","guid":{"rendered":"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs\/anarchistes-italiens\/?p=563"},"modified":"2016-09-02T15:10:46","modified_gmt":"2016-09-02T13:10:46","slug":"les-femmes-dans-le-mouvement-anarchiste-italien-memoires-d%e2%80%99oubliees","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/anarchistes-italiens\/2016\/08\/25\/les-femmes-dans-le-mouvement-anarchiste-italien-memoires-d%e2%80%99oubliees\/","title":{"rendered":"Les femmes dans le mouvement anarchiste italien. M\u00e9moires d\u2019oubli\u00e9es"},"content":{"rendered":"<h4 style=\"text-align: justify\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-564\" src=\"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/anarchistes-italiens\/wp-content\/uploads\/\/donneanarchia-300x300.jpg\" alt=\"donneanarchia-300x300\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/anarchistes-italiens\/wp-content\/uploads\/donneanarchia-300x300.jpg 300w, http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/anarchistes-italiens\/wp-content\/uploads\/donneanarchia-300x300-150x150.jpg 150w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Si vous avez manqu\u00e9 le colloque de Carrare\u00a0 sur <em>Les femmes dans le mouvement anarchiste italien<\/em>,<em> <\/em>qui s&rsquo;est tenu le 27 f\u00e9vrier 2016, voici le compte rendu de Dina Tollari, qui avait fait le d\u00e9placement. Merci \u00e0 Dina de nous faire partager ce moment.<\/h4>\n<p align=\"right\">\n<p style=\"text-align: justify\">Le 27 f\u00e9vrier 2016, l&rsquo;\u00e9l\u00e9gant b\u00e2timent de la Biblioth\u00e8que Lodovici de la petite ville de Carrare a accueilli chercheurs et auditeurs int\u00e9ress\u00e9s par le th\u00e8me des <em>femmes dans le mouvement anarchiste italien<\/em>. Invit\u00e9 \u00e0 14.30, l&rsquo;auditoire, bravant la pluie battante, a commenc\u00e9 \u00e0 arriver et \u00e0 s&rsquo;installer paisiblement jusqu&rsquo;\u00e0 emplir la salle, plut\u00f4t v\u00e9tuste, Leo Gestri. La moyenne d&rsquo;\u00e2ge des assistants \u00e9tait assez avanc\u00e9e et beaucoup \u00e9taient visiblement contents de retrouver de vieilles connaissances\u00a0; d&rsquo;autres examinaient ou achetaient des livres, expos\u00e9s sur une commode ancienne, dont la provenance et la gestion relevaient du myst\u00e8re pour un \u0153il non averti\u00a0; d&rsquo;autres encore semblaient pr\u00e9occup\u00e9s par leur communication \u00e0 venir.<br \/>\nSans h\u00e2te, Elena Bignami, de l&rsquo;universit\u00e9 de Bologne, a ouvert la s\u00e9ance au nom de Fiamma Chessa, organisatrice du colloque et directrice de l&rsquo;<em>Archivio Famiglia Berneri &#8211; Aurelio Chessa, <\/em>retenue pour raison familiale. Dans une br\u00e8ve pr\u00e9sentation de l&rsquo;association <em>Amici dell&rsquo;archivio Famiglia Berneri-Aurelio Chessa<\/em>, n\u00e9e en septembre 2014, elle a fait part des actions et objectifs poursuivis\u00a0: r\u00e9organisation et mise en \u0153uvre de divers fonds, publications, num\u00e9risation de p\u00e9riodiques conserv\u00e9s aux archives, organisation de colloques. Est signal\u00e9 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;un groupe de chercheurs de l&rsquo;institut historique allemand de Rome pour la question f\u00e9minine \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du mouvement anarchiste au niveau international. Puis, dans son r\u00f4le de mod\u00e9ratrice, E. Bignami a aimablement introduit tour \u00e0 tour les intervenants, pr\u00e9sentant principalement leurs ouvrages ou leurs travaux en relation avec le sujet de l&rsquo;apr\u00e8s-midi.<br \/>\n<!--more-->Le programme \u00e9tait organis\u00e9 dans l&rsquo;ordre chronologique\u00a0: tout d&rsquo;abord l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;Association Internationale des Travailleurs et particuli\u00e8rement la d\u00e9cennie 1870, suivie de celle du gouvernement lib\u00e9ral de Giovanni Giolitti (1892-1914), puis l&rsquo;entre-deux guerre et enfin l&rsquo;\u00e9poque r\u00e9publicaine \u00e0 partir de 1946. Trois conf\u00e9renciers \u00e9taient absents\u00a0: Barbara Montesi, qui devait intervenir sur <em>Une \u00ab\u00a0anarchiste monarchiste\u00a0\u00bb. Vie de Maria Rygier, <\/em>Francesco Codello, pr\u00e9vu pour pr\u00e9senter <em>Giovanna Caleffi Berneri et \u00ab\u00a0la bonne \u00e9ducation\u00a0\u00bb <\/em>et Giovanna Gervasio dont une partie de la communication a \u00e9t\u00e9 lue en fin de session.<br \/>\nEn pr\u00e9ambule de son intervention sur <em>L&rsquo;Association Internationale des Travailleurs et la \u00ab\u00a0question f\u00e9minine\u00a0\u00bb en Italie, <\/em>Antonio Senta, chercheur universitaire et auteur de <em>Utopia e azione, per una storia dell&rsquo;anarchismo in Italia (1848-1984)<\/em> publi\u00e9 en 2015, cite de sa voix puissante et claire Anna Kuliscioff qui constate, en 1890, dans son livre <em>Il monopolio dell&rsquo;uomo<\/em> : \u00ab\u00a0L&rsquo;Italie, \u00e0 l&rsquo;exception de la Turquie et de l&rsquo;Espagne, est, des pays d&rsquo;Europe, celui o\u00f9 la lutte pour les droits de la femme est rest\u00e9e embryonnaire\u00a0\u00bb, et soul\u00e8ve l&rsquo;interrogation\u00a0: La question f\u00e9minine de la section italienne de l&rsquo;Internationale est-elle l&rsquo;histoire d&rsquo;une absence\u00a0? Un \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb est d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 avanc\u00e9 accompagn\u00e9 d&rsquo;une invitation \u00e0 porter un regard patient et syst\u00e9matique sur les r\u00e9cits d&rsquo;hommes, m\u00eame si le point de vue est \u00e9videmment masculin et souvent paternaliste, afin de faire \u00e9merger des indices de pr\u00e9sence f\u00e9minine.<br \/>\nEn vue de situer le cadre du d\u00e9veloppement de la question f\u00e9minine au sein de l&rsquo;Association Internationale des Travailleurs, sont invoqu\u00e9s les contextes historique, politique et social de la naissance du mouvement en Italie en relevant, d&rsquo;une part, le r\u00f4le important de la commune de Paris et l&rsquo;exemple de Louise Michel, tr\u00e8s populaire dans la presse, d&rsquo;autre part, l&rsquo;origine prol\u00e9taire de la majorit\u00e9 des membres du mouvement et enfin le c\u00f4toiement constant de l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00e9mancipation \u00e9conomique et de r\u00e9volution sociale avec la question insurrectionnelle. Sont cit\u00e9s \u00e9galement les moyens de diffusion de l&rsquo;\u00e9poque\u00a0: journaux, manifestes, tracts et propagande orale, ainsi que les \u00e9tapes principales des ann\u00e9es 1870, parmi lesquelles les congr\u00e8s fondateurs, la tentative d&rsquo;insurrection de 1874 en Romagne \u00e0 laquelle participe Bakounine, l&rsquo;attentat en 1878 de Giovanni Passannante contre le roi Humbert 1<sup>er<\/sup> et le revirement politique d&rsquo;Andrea Costa en 1879 avec sa c\u00e9l\u00e8bre lettre \u00ab\u00a0Ai miei amici di Romagna\u00a0\u00bb.<br \/>\nLes objectifs \u00e9nonc\u00e9s du mouvement \u00e9taient, d\u00e8s le d\u00e9part, favorables \u00e0 la condition f\u00e9minine. D\u00e8s la moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1860, Bakounine incluait dans les principes fondamentaux de l&rsquo;organisation sociale le mariage et la famille libres et la parit\u00e9 des femmes, tandis que l&rsquo;Alliance internationale de la d\u00e9mocratie socialiste pr\u00f4nait en 1868 l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 politique, \u00e9conomique et sociale des classes et des individus des deux sexes. L&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 l&rsquo;Internationale na\u00eet d&rsquo;une volont\u00e9 de r\u00e9volte sociale et \u00e9thique, politique et existentielle qui a comme premiers obstacles la famille et l&rsquo;\u00e9ducation traditionnelles v\u00e9cues comme synonymes d&rsquo;esclavage et de tyrannie.\u00a0A noter que l&rsquo;Internationale est la premi\u00e8re organisation qui inclut des femmes non ais\u00e9es, militant en faveur de l&rsquo;auto-\u00e9ducation, prol\u00e9taires qui savent lire et \u00e9crire. Suite \u00e0 une proposition \u00e0 Londres en 1871 de constituer des sections f\u00e9minines, des noyaux naissent \u00e7\u00e0 et l\u00e0 et des femmes actives sont r\u00e9pertori\u00e9es, bien que les ann\u00e9es 1874 et 1875 r\u00e9v\u00e8lent une absence due \u00e0 la r\u00e9pression f\u00e9roce des autorit\u00e9s sur les femmes italiennes qui ont suivi le mouvement populiste entrepris en 1874 par les Russes nihilistes. C&rsquo;est donc seulement plus tard en 1876 et 1877 que se retrouvent de nouvelles sections et de nombreux noms f\u00e9minins dans les documents d&rsquo;\u00e9poque de diverses localit\u00e9s italiennes.<br \/>\nLes \u00e9checs parall\u00e8les du retour au peuple et de l&rsquo;insurrection en Romagne de 1874 g\u00e9n\u00e8rent des divergences\u00a0: certains se tournent vers un socialisme int\u00e9gral puis l&rsquo;\u00e9galitarisme tandis que d&rsquo;autres les per\u00e7oivent comme une confirmation de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une action marqu\u00e9e par la conspiration et la clandestinit\u00e9.<br \/>\nAinsi, pourquoi, alors que les ann\u00e9es 1870 d\u00e9montrent des signaux de participation active des internationalistes f\u00e9minines dans l&rsquo;activit\u00e9 politique et sociale, Anna Kuliscioff dit-elle en 1890 que la lutte de la femme en Italie est rest\u00e9e embryonnaire\u00a0? La conclusion surprend et suscite la curiosit\u00e9\u00a0: le mouvement socialiste obtient en 1882 le premier \u00e9largissement du suffrage universel&#8230; masculin. L&rsquo;hypoth\u00e8se avanc\u00e9e est que m\u00eame si, sur le long terme, la lutte pour le suffrage universel, qui est d&rsquo;abord masculin, aboutira sur une progression des droits civils, elle fut, en r\u00e9alit\u00e9, un obstacle au processus d&rsquo;affirmation radicale de la femme prol\u00e9taire, pourtant active dans l&rsquo;Internationale.<br \/>\nMirella Scriboni, dipl\u00f4m\u00e9e de l&rsquo;universit\u00e9 de Pise, expose, sur le th\u00e8me <em>Anarchistes et antimilitarisme \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque giolittienne, <\/em>ses travaux consign\u00e9s en un livret <em>Abasso la guerra ! Voci di donne da Adua al Primo conflitto mondiale (1896-1915) <\/em>publi\u00e9 en 2008, gr\u00e2ce auquel sortent de l&rsquo;anonymat des femmes anarchistes aux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;autres femmes impliqu\u00e9es dans d&rsquo;autres mouvements, toutes r\u00e9unies par la propagande antimilitariste \u00e9crite. D\u00e9plorant l&rsquo;absence de sonorisation et s&rsquo;excusant d&rsquo;avance pour son \u00e9locution soporifique, M. Scriboni d\u00e9bute en rappelant que l&rsquo;\u00e9poque giolittienne, pourtant nomm\u00e9e Belle Epoque, est en fait marqu\u00e9e par un fort militarisme dont quatre moments-cl\u00e9 sont mentionn\u00e9s\u00a0: la guerre russo-japonaise de 1905, l&rsquo;ex\u00e9cution du p\u00e9dagogue et libre penseur espagnol Francisco Ferrer en 1909, la guerre italo-turque et la colonisation de la Lybie en 1911-1912 et enfin l&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;Italie en guerre en 1914-1915, p\u00e9riodes qui suscitent de nombreuses manifestations de r\u00e9volte que l&rsquo;arm\u00e9e r\u00e9prime dans le sang.<br \/>\nL&rsquo;opposition des femmes aux guerres commence durant les derni\u00e8res d\u00e9cennies du XIXe si\u00e8cle. D&rsquo;abord des \u00e9mancipationistes puis des socialistes. Ces derni\u00e8res dirigent, \u00e0 partir de 1901, des journaux \u00e0 signature f\u00e9minine. Les femmes libertaires entrent en sc\u00e8ne avec plus de visibilit\u00e9 en 1905 lorsque le mouvement se radicalise face aux \u00e9v\u00e9nements russes, assumant des tons franchement internationalistes, puis s&rsquo;ajoutent d&rsquo;autres th\u00e8mes dont celui de la r\u00e9pression en Espagne. A la diff\u00e9rence des socialistes, les femmes anarchistes ne pratiquent pas de s\u00e9paratisme mais agissent \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des journaux masculins ou en partageant leurs actions avec leurs compagnons.<br \/>\nSont cit\u00e9es Maria Luisa, dite Luigia, Minguzzi qui collabore avec son mari Luigi Pezzi\u00a0; Leda Rafanelli qui partage avec ses compagnons, d&rsquo;abord \u00e0 Florence Luigi Polli puis \u00e0 Milan Giuseppe Monanni, l&rsquo;activisme libertaire, la fondation de maisons d&rsquo;\u00e9dition et la collaboration avec divers journaux\u00a0; Nella Giacomelli, qui fonde \u00e0 Milan, avec son compagnon Ettore Molinari, les journaux <em>Il Grido della Folla<\/em> puis <em>La Protesta umana<\/em>, et Zelmira Pironi et son compagnon Pasquale Binazzi qui cr\u00e9ent le journal <em>Libertario<\/em> \u00e0 La Spezia. Maria Rygier fonde, elle aussi, deux journaux\u00a0: <em>Rompete le File<\/em> avec Filippo Corridoni et <em>L&rsquo;Agitatore<\/em>, \u00e0 Bologne, avec Armando Borghi et Luigi Fabbri.<br \/>\nM. Scriboni sugg\u00e8re diverses voies \u00e0 explorer\u00a0: \u00e9tablir un cadre complet de l&rsquo;anarchisme f\u00e9minin qui sorte de l&rsquo;oubli des figures moins connues\u00a0; rechercher et approfondir les relations de ces femmes entre elles mais aussi avec les femmes socialistes r\u00e9volutionnaires\u00a0; \u00e9tudier les rapports entre femmes et hommes au sein des journaux et du mouvement\u00a0; essayer de retracer de nombreuses signatures de journaux libertaires qui ne trouvent pas de correspondance avec l&rsquo;existence r\u00e9elle d&rsquo;une femme, certains pseudonymes ayant \u00e9t\u00e9 d\u00e9crypt\u00e9s mais de plus amples recherches permettront de mettre en lumi\u00e8re, avec certitude, ces auteur(e)s.<br \/>\nDans son intervention intitul\u00e9e Bruna Leda Rafanelli. Une vie \u00ab\u00a0irr\u00e9guli\u00e8re\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0inassimilable\u00a0\u00bb, Edda Fonda, auteure de <em>Posso sempre pensare. Quando le italiane non votavano. Storia di Leda Rafanelli<\/em> (2014), d\u00e9crit, de mani\u00e8re vivante et sensible, les \u00e9v\u00e8nements qui ont touch\u00e9 l&rsquo;\u00e2me de ce personnage complexe, le portant vers des causes politiques et religieuses extr\u00eames.<br \/>\nApprentie \u00e0 quatorze ans dans une imprimerie de Pistoia, s&rsquo;habituant aux lettres et aux mots de plomb, elle tombe fatalement amoureuse de la parole \u00e9crite. Elle observe aussi le monde et s&rsquo;\u00e9meut de l&rsquo;injustice et de la mis\u00e8re. C&rsquo;est \u00e0 dix-huit ans, lors d&rsquo;un s\u00e9jour en \u00c9gypte o\u00f9 elle rejoint des parents alors que son p\u00e8re est emprisonn\u00e9, qu&rsquo;elle fait connaissance avec l&rsquo;id\u00e9ologie anarchiste et l&rsquo;islam. Elle est s\u00e9duite par la conception d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 diff\u00e9rente, non autoritaire, \u00e9galitaire, libre, soucieuse de l&rsquo;instruction du peuple.<br \/>\nDe retour en Italie elle c\u00f4toie des survivants de la premi\u00e8re Internationale et s&rsquo;impr\u00e8gne de leurs r\u00e9cits, puis s&rsquo;engage dans un militantisme actif au c\u00f4t\u00e9 des socialistes. Persuad\u00e9e de l&rsquo;importance d&rsquo;une prise de conscience et de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;avoir confiance en une soci\u00e9t\u00e9 diff\u00e9rente et plus juste, elle commence \u00e0 intervenir dans des meetings, \u00e0 lancer des appels, \u00e0 \u00e9crire des brochures puis des romans, des essais, des articles&#8230; Avec sa capacit\u00e9 d&rsquo;analyse et de jugement critique sur la fa\u00e7on de vivre son temps, elle aborde tous les th\u00e8mes sociaux\u00a0: travail, qualit\u00e9 de vie, \u00e9cole, guerre, colonialisme, toujours attentive au sort des gens, \u00e0 leur v\u00e9cu.<br \/>\nUn point r\u00e9current est l&rsquo;anticolonialisme, objet de son livre Oasis qu&rsquo;elle juge le meilleur qu&rsquo;elle ait \u00e9crit. Sans discours moraliste, elle fait ressortir l&rsquo;irr\u00e9ductibilit\u00e9 des orientaux \u00e0 la pens\u00e9e europ\u00e9enne des colons qui, eux, pensent les porter \u00e0 une civilit\u00e9 sup\u00e9rieure. R\u00e9volt\u00e9e, elle se sent attir\u00e9e par leur diversit\u00e9 et leur fa\u00e7on de vivre. Elle \u00e9tudie la langue arabe, lit le coran et les mystiques soufis de l&rsquo;islam, se reconnaissant dans certains versets et maximes telles que \u00ab\u00a0vivre en ne poss\u00e9dant rien et n&rsquo;\u00e9tant poss\u00e9d\u00e9e par rien\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0montre-toi comme tu es et sois comme tu te montres\u00a0\u00bb. Et \u00e0 une foi, s&rsquo;ajoute une autre foi, celle de l&rsquo;Islam. L&rsquo;amour pour l&rsquo;Orient est inspir\u00e9 par une repr\u00e9sentation de lieu et de contexte harmonieux, loin de l&rsquo;industrialisation, une vie au jour le jour, en contact de la nature, proche de ses aspirations.<br \/>\nCe choix est d\u00e9concertant pour ses compagnons, mais Leda a toujours affirm\u00e9 que l&rsquo;id\u00e9al anarchiste \u00e9tait son \u00e9toile, une \u00e9toile lointaine cependant, dans un ciel lointain. Les yeux riv\u00e9s vers cette \u00e9toile, navigant dans les t\u00e9n\u00e8bres de son \u00e9poque face aux vagues adverses et aux \u00e9cueils non signal\u00e9s, Leda Rafanelli a choisi des routes audacieuses, non partag\u00e9es, anim\u00e9e par sa pens\u00e9e ind\u00e9pendante, son courage et sa fantaisie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sans cacher son bonheur de se retrouver dans la ville de ses origines familiales, Lorenzo Pezzica, \u00e9voque sous le titre\u00a0: <em>La vie ailleurs. Femmes anarchistes entre les deux guerres, l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;exil<\/em>, commune \u00e0 beaucoup de ces femmes. Son ouvrage <em>Anarchiche, donne ribelle del novecento<\/em>, publi\u00e9 en 2013, propose quinze biographies de militantes de l&rsquo;entre-deux guerres dont certaines italiennes. En sont pr\u00e9sent\u00e9s aujourd&rsquo;hui quelques exemples qu&rsquo;il convient de soustraire \u00e0 leur image de compagne ou de parente d&rsquo;anarchistes.<br \/>\nLuce Fabbri, fille de Luigi Fabbri, partie d\u00e9finitivement \u00e0 Montevideo en Uruguay en 1929, r\u00e9ussit \u00e0 publier dans les ann\u00e9es 1930, depuis ce pays, d&rsquo;int\u00e9ressantes analyses, tardivement d\u00e9couvertes, des totalitarismes fasciste et communiste.<br \/>\nVirgilia d&rsquo;Andrea, compagne d&rsquo;Armando Borghi, d\u00e9racin\u00e9e \u00e0 cause de la pers\u00e9cution fasciste, fut expatri\u00e9e d&rsquo;abord en Europe puis aux \u00c9tats-Unis.<br \/>\nLes femmes de la famille Berneri v\u00e9curent leur exil \u00e0 Paris. En avril 1937, dans l&rsquo;obscurit\u00e9 totale de l&rsquo;entre-deux guerre, la r\u00e9volution sociale espagnole illuminait leurs espoirs, les menant \u00e0 la r\u00e9flexion et \u00e0 l&rsquo;expression. Portant depuis l&rsquo;enfance avec sa s\u0153ur le poids de la r\u00e9volte, Giliana Berneri, \u00e2g\u00e9e de seize ans, \u00e9crivait \u00e0 son p\u00e8re, six jours avant sa mort\u00a0: \u00ab\u00a0In questi giorni, pi\u00f9 che mai, ho l&rsquo;impressione che il mio cuore \u00e8 il centro di una tela di ragno con dei fili cos\u00ec fini che nessun soffio anche del vento il pi\u00f9 leggero non fa tremare. Bisogna che rinforzi i miei fili.\u00a0\u00bb Et Maria Luisa dans un autre contexte\u00a0: \u00ab\u00a0La nostra soluzione, rifiutarci di rattoppare un mondo guasto e invece lottare per costruirne uno nuovo, non solo \u00e8 costruttivo ma \u00e8 anche l&rsquo;unica via d&rsquo;uscita.\u00a0\u00bb<br \/>\nLucia Sanchez Saornil fut l&rsquo;une des fondatrices de <em>Mujeres libres<\/em>, groupe s\u00e9paratiste de femmes, jamais reconnu dans le souterrain fragile du machisme au sein m\u00eame du mouvement anarchiste. D\u00e9couverte r\u00e9cemment en tant que grande po\u00e9tesse, d&rsquo;abord sous pseudonyme masculin puis sous son nom, elle partit en exil en 1939, mais retourna en Espagne vivre en clandestinit\u00e9 sous Franco, avec sa compagne.<br \/>\nIl est n\u00e9cessaire de retrouver les archives, les \u00e9crits f\u00e9minins. L&rsquo;histoire f\u00e9minine permet une relecture de l&rsquo;histoire de l&rsquo;anarchisme faisant appara\u00eetre une solidarit\u00e9, tout un r\u00e9seau avec d&rsquo;autres femmes, d&rsquo;autres pays. Des histoires, profils et photographies de femmes sont accessibles sur internet, \u00e0 noter le <em>Dizionario biografico degli anarchici italiani<\/em>, la <em>Biblioteca Franco Serantini<\/em>, l&rsquo;<em>Enciclopedia delle donne<\/em>. Il faut cependant \u00eatre prudent dans l&rsquo;utilisation du <em>Casellario politico centrale<\/em>, instrument de contr\u00f4le politique et d&rsquo;ordre public de l&rsquo;\u00c9tat italien, n\u00e9 en 1894, pens\u00e9 et \u00e9crit par des hommes, car les femmes apparaissent comme tr\u00e8s marginales, sont cit\u00e9es comme compagnes ou bien comme insignifiantes.<br \/>\nGiorgio Sacchetti enseigne les id\u00e9ologies europ\u00e9ennes du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Padoue. Invit\u00e9 pour son attention port\u00e9e aux figures f\u00e9minines du mouvement et particuli\u00e8rement \u00e0 celles qui ont \u00e9crit \u00e0 propos d&rsquo;hommes, il nous propose un portrait de <em>Maria Luisa Berneri. Une femme contre les totalitarismes<\/em>, dont la courte vie au c\u0153ur de grands changements politiques et culturels et au c\u0153ur de la vieille Europe, \u00e0 Florence, Paris, Barcelone et Londres, est repr\u00e9sentative d&rsquo;un anarchisme transnational et cosmopolite.<br \/>\nCe destin hors du commun a comme point de d\u00e9part la maison de naissance dans la cit\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale d&rsquo;Arezzo, avec un environnement familial o\u00f9 la tradition du <em>Risorgimento<\/em>, l&rsquo;anarchisme militant, l&rsquo;exp\u00e9rimentalisme artistique et culturel, l&rsquo;autogestion, la p\u00e9dagogie libertaire, forment le jeune esprit de Maria Luisa. Sa grand-m\u00e8re, Adalgisa Fochi, enseignante, p\u00e9dagogue et \u00e9crivaine connue, entretient des relations nationales et internationales importantes, son p\u00e8re, Camillo Berneri, devient un anarchiste militant qui portera sa famille \u00e0 l&rsquo;exil en France et mourra en Espagne et sa m\u00e8re, Giovanna Caleffi, joue un r\u00f4le fondamental apr\u00e8s la guerre, son journal <em>Volont\u00e0<\/em> \u00e9tant un point de ralliement du monde socialiste et anarchiste au niveau europ\u00e9en.<br \/>\n\u00c0 l&rsquo;\u00e2ge de huit ans, Maria Luisa rejoint son p\u00e8re en France avec sa s\u0153ur et sa m\u00e8re. Commence une vie riche en relations sociales autour du magasin d&rsquo;alimentation de celle-ci. \u00c0 dix-neuf ans, elle se transf\u00e8re \u00e0 Londres avec son compagnon Vernon Richards, de son vrai nom Vero Recchioni, issu d&rsquo;une communaut\u00e9 italienne enracin\u00e9e \u00e0 Londres, fils d&rsquo;Emidio, impliqu\u00e9 dans l&rsquo;attentat \u00e0 Mussolini. Leurs amis sont Bertrand Russel, Georges Orwell, George Woodcock, Colin Ward, Emma Goldman&#8230; La m\u00eame ann\u00e9e, son p\u00e8re est assassin\u00e9 et elle assiste \u00e0 ses fun\u00e9railles \u00e0 Barcelone. L&rsquo;Espagne devient l&rsquo;objet de sa mission, par l&rsquo;aide qu&rsquo;elle apporte aux compagnons espagnols et \u00e0 leurs familles.<br \/>\nLa double d\u00e9faite des anarchistes contre le franquisme et \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du front antifasciste remet en cause l&rsquo;usage de la violence comme instrument r\u00e9volutionnaire. M\u00fbrissent ainsi dans le groupe londonien, au sein duquel Maria Luisa est tr\u00e8s active, des positions pacifistes d&rsquo;une grande nouveaut\u00e9 qui donnent naissance, apr\u00e8s le d\u00e9clenchement de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, au journal antimilitariste <em>War Commentary<\/em>, en rupture avec l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une guerre juste. Interpel\u00e9e avec ses camarades puis rel\u00e2ch\u00e9e, elle restera d\u00e9sormais en d\u00e9saccord avec les antifascistes qui refusent les positions pacifistes dans lesquelles elle s&rsquo;investit, critiquant \u00e9galement le totalitarisme russe, \u00e9crivant une s\u00e9rie d&rsquo;articles o\u00f9 ressort une volont\u00e9 de ne pas se contenter de demi-mesures et de reconstruire quelque chose de nouveau et devenant un leader politique de grande influence, ne n\u00e9gligeant ni les manifestes ni les meetings plurilingues.<br \/>\nApr\u00e8s sa mort en avril 1949, alors que l&rsquo;anarchisme sud-europ\u00e9en gardera les mod\u00e8les typiques de l&rsquo;antifascisme de l&rsquo;extr\u00eame gauche, l&rsquo;anti-bellicisme restera la marque de l&rsquo;anarchisme anglophone, r\u00e9sultat du travail de ce groupe d&rsquo;intellectuels autour des anarchistes italiens et autres Anglais connus dans les ann\u00e9es 1940 \u00e0 Londres. Dans cette ligne de continuit\u00e9 il y a la contribution d&rsquo;une Italienne, citoyenne du monde, Maria Luisa Berneri.<br \/>\nL&rsquo;\u00e9diteur Giuseppe Galzerano porte un int\u00e9r\u00eat particulier \u00e0 une femme anarchiste\u00a0: Virgilia d&rsquo;Andrea \u00ab\u00a0po\u00e9tesse de la libert\u00e9\u00a0\u00bb, qu&rsquo;il nous pr\u00e9sente avec \u00e9motion. Sensible \u00e0 sa po\u00e9sie, il consid\u00e8re une chance d&rsquo;avoir pu la lire tr\u00e8s jeune. L&rsquo;\u00e9dition de 1927 de sa premi\u00e8re publication, <em>Tormento<\/em>, contenait une pr\u00e9face d&rsquo;Errico Malatesta qui voyait en elle celle qui aurait pu prendre la place laiss\u00e9e vide par le po\u00e8te anarchiste Pietro Gori.<br \/>\nSa vie fut br\u00e8ve et tourment\u00e9e, marqu\u00e9e d&rsquo;\u00e9pisodes qui aiguis\u00e8rent sa sensibilit\u00e9 et son humanit\u00e9. Orpheline de m\u00e8re, son p\u00e8re est assassin\u00e9 ainsi que deux de ses fr\u00e8res par l&rsquo;amant jaloux de la ma\u00eetresse de son p\u00e8re. Au coll\u00e8ge de s\u0153urs o\u00f9 elle est \u00e9lev\u00e9e, on lui demande un jour de 1900 de prier pour le roi qui vient d&rsquo;\u00eatre tu\u00e9. Mais elle sait que personne ne tue sans raison. Plus tard, par une po\u00e9sie d&rsquo;Ada Negri intitul\u00e9e <em>Il regicidio, <\/em>elle comprend les motivations de cet \u00e9migrant qui a tu\u00e9 le roi, et seulement le roi, parmi les milliers de personnes pr\u00e9sentes, car, assure G. Galzerano, les anarchistes font des attentats individuels et non des actes de terrorisme.<br \/>\nEn 1915, devenue enseignante, elle est dans les Abruzzes lorsque survient le terrible tremblement de terre qui lui inspire des vers adress\u00e9s au c\u0153ur et \u00e0 l&rsquo;\u00e2me humaine.<br \/>\nSon opposition \u00e0 la guerre na\u00eet en 1916. Dans sa ville natale, elle mobilise les femmes socialistes, \u00e9crit contre l&rsquo;arm\u00e9e, contre la d\u00e9cimation \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;arm\u00e9e, elle reprend des nouvelles du front, des chroniques d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es et les transforme en po\u00e9sie, avec beaucoup de passion et de sensibilit\u00e9.<br \/>\nElle rencontre Armando Borghi dont elle devient la compagne et avec qui elle participe \u00e0 la r\u00e9daction d&rsquo;<em>Umanit\u00e0 nova<\/em>. Devenue militante anarchiste, les chroniques la montrent tenant conf\u00e9rences, rencontres, meetings, rempla\u00e7ant Errico Malatesta \u00e0 la r\u00e9daction du quotidien dont elle supervisait le tirage.<br \/>\nLa mont\u00e9e du fascisme apporte la menace et la pers\u00e9cution. Incarc\u00e9r\u00e9e, elle est ensuite contrainte de fuir \u00e0 Berlin, Amsterdam, Paris puis aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 elle rejoint A. Borghi et reprend conf\u00e9rences et meetings \u00e0 travers tout le pays.<br \/>\nGravement malade au printemps de 1932, elle rencontre \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital Ilia, la fille de Luigi Galleani qui la soigne et r\u00e9colte les articles qui composent <em>Torce nella notte<\/em>, m\u00e9taphore des po\u00e8tes et des martyres qui \u00e9clairent le chemin de la libert\u00e9 dans la nuit obscure du fascisme. Faisant partie des femmes qui ont lutt\u00e9 pour une aube nouvelle, elle s&rsquo;\u00e9teint \u00e0 quarante-cinq ans, victime d&rsquo;un ennemi qu&rsquo;elle n&rsquo;a pu vaincre.<br \/>\nAu cours de l&rsquo;\u00e9change entre sp\u00e9cialistes, G. Sacchetti mentionne la difficult\u00e9 des sources d\u00e9clin\u00e9es au masculin et pr\u00e9conise de les d\u00e9codifier ou d&rsquo;inaugurer de nouvelles m\u00e9thodologies de recherche, en s&rsquo;interrogeant d&rsquo;une fa\u00e7on diff\u00e9rente et, \u00e9ventuellement, en utilisant des sources alternatives pour un pass\u00e9 plus r\u00e9cent.<br \/>\nE. Bignami insiste toutefois sur l&rsquo;oubli car des sources accessibles telles que le <em>Dizionario biografico degli anarchici italiani <\/em>ainsi que le <em>Casellario Politico Centrale, <\/em>excellent point de d\u00e9part sur lequel celui-ci s&rsquo;appuie fortement, doivent encore \u00eatre exploit\u00e9s, des documents n&rsquo;ayant pas \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9s et des biographies restant \u00e0 r\u00e9diger.<br \/>\nG. Sacchetti parle ensuite d&rsquo;une photographie datant de 1921 repr\u00e9sentant une trentaine de mineurs v\u00eatus du dimanche, tenant en main <em>Umanit\u00e0 Nova<\/em>. A la question o\u00f9 \u00e9taient les femmes\u00a0? un des fils de mineurs a r\u00e9pondu\u00a0: elles \u00e9taient en train de faire \u00e0 manger. L&rsquo;\u0153il masculin voit ce qu&rsquo;il veut voir alors qu&rsquo;en reprenant les documents surgissent d&rsquo;autres explications, mais reste la question de l&rsquo;absence dans les documents.<br \/>\nE. Bignami confirme en \u00e9voquant les sources polici\u00e8res qui donnent des informations sur l&rsquo;homme dans l&rsquo;activit\u00e9 politique militante et de la femme dans sa vie quotidienne sans aucune implication politique ou bien de femmes actives, fich\u00e9es en tant que prostitu\u00e9es. Puis elle rappelle le croisement n\u00e9cessaire des donn\u00e9es pour retrouver les femmes qui signaient sous des pseudonymes.<br \/>\nA. Senta recommande d&rsquo;\u00e9tudier des \u00e9poques plus r\u00e9centes pour profiter d&rsquo;autres types de sources et \u00e9galement d&rsquo;utiliser les biographies pour comprendre les relations humaines, sociales, politiques en prenant garde de ne pas tomber dans l&rsquo;hagiographie.<br \/>\nM. Scriboni conseille de se fier le plus possible aux \u00e9crits autobiographiques plut\u00f4t qu&rsquo;aux fichiers.<br \/>\nE. Bignami fait remarquer que l&rsquo;\u00e9poque r\u00e9publicaine, qui n&rsquo;a pas pu \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e de mani\u00e8re plus compl\u00e8te aujourd&rsquo;hui, est tr\u00e8s int\u00e9ressante car les th\u00e9matiques abord\u00e9es facilitent la visibilit\u00e9 des femmes.<br \/>\nUn intervenant dans la salle demande s&rsquo;il serait possible de rechercher des gens moins connus. G. Sacchetti r\u00e9pond qu&rsquo;il faudrait circonscrire aires et p\u00e9riodes pour en cerner l&rsquo;ambiance.<br \/>\nPour terminer L. Pezzica donne lecture de la premi\u00e8re partie de la communication de Giovanna Gervasio qui, sous le th\u00e8me <em>Femmes anarchistes en \u00e9poque r\u00e9publicaine<\/em>, \u00e9voque ses propres m\u00e9moires de femme libertaire.<br \/>\nApr\u00e8s la guerre il n&rsquo;existait pas de vrai groupement f\u00e9minin anarchiste \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la FAI ou du mouvement anarchiste ou communiste libertaire. \u00c9tait-ce par manque de conscience de la part des femmes de leur propre condition\u00a0? Ou bien par un machisme dominant, tout comme dans la famille, dans la gauche radicale\u00a0? Ou encore par r\u00e9percussion tacite du malaise que les femmes, toujours en positions subalternes et en d\u00e9fense, ressentaient dans la participation et l&rsquo;activit\u00e9 dans le mouvement anarchiste\u00a0?<br \/>\nLe militantisme se faisait au c\u00f4t\u00e9 des hommes dans la lutte pour des droits qui devaient influencer aussi la vie des hommes\u00a0: contr\u00f4le des naissances, divorce, parit\u00e9 et responsabilit\u00e9 dans les d\u00e9cisions familiales, le travail et les salaires&#8230;<br \/>\nLes initiatives des femmes anarchistes anticip\u00e8rent celles des autres partis car les femmes communistes et socialistes, bien que b\u00e9n\u00e9ficiant d&rsquo;organes sp\u00e9cifiques au sein de leur parti, ne pouvaient pas prendre de d\u00e9cisions en autonomie vis-\u00e0-vis de leurs partis qui affirmaient alors que le peuple n&rsquo;\u00e9tait pas encore pr\u00eat \u00e0 lutter pour les droits des femmes. Certaines femmes socialistes rejoignaient les anarchistes pour livrer des batailles communes, telles Vera Lombardi et Franca Ridente, responsables de l&rsquo;organisation f\u00e9minine du parti socialiste napolitain, qui soutinrent avec grande implication l&rsquo;association anarchiste locale.<br \/>\nLes r\u00e9cits de grandes femmes des ann\u00e9es de r\u00e9sistance et d&rsquo;apr\u00e8s-guerre soulignent l&rsquo;importance, pour le changement de la soci\u00e9t\u00e9, des individus avec leurs id\u00e9es et leurs actions personnelles dans l&rsquo;\u00e9ducation des enfants, l&rsquo;associationnisme et les \u0153uvres sociales. Des femmes du mouvement politique anarchiste ont agi, mais aussi des femmes ont \u0153uvr\u00e9 avec intelligence \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, dans les services \u00e9ducatifs et sociaux, pratiquant des m\u00e9thodes de libert\u00e9, participant aux d\u00e9cisions et aux \u00e9tudes des communaut\u00e9s antiautoritaires et antidogmatiques, en un mot des libertaires qui militaient \u00e0 leur mani\u00e8re.<br \/>\nUn int\u00e9r\u00eat compl\u00e9mentaire pourrait \u00eatre port\u00e9 aux \u00e9pouses des compagnons, hommes tr\u00e8s importants du mouvement et dans la soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0: Clelia Fedeli, Diana Toglio, Manilla Guadani, Licia Pinelli, Lina Scalordi&#8230;<br \/>\nEn conclusion, L. Pezzica fait part de son int\u00e9r\u00eat pour ce r\u00e9cit, t\u00e9moignage direct f\u00e9minin de l&rsquo;\u00e9poque r\u00e9publicaine, source f\u00e9minine avec un regard f\u00e9minin.<br \/>\nApr\u00e8s quelques \u00e9changes de coordonn\u00e9es et de salutations chacun se s\u00e9pare pour se retrouver entre amis autour d&rsquo;une table ou reprendre le chemin pluvieux du retour.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Dina Tollari<br \/>\nMaster 2 LLCER \u00e9tudes italiennes<br \/>\nUniversit\u00e9 Paul Val\u00e9ry &#8211; Montpellier 3<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si vous avez manqu\u00e9 le colloque de Carrare\u00a0 sur Les femmes dans le mouvement anarchiste italien, qui s&rsquo;est tenu le 27 f\u00e9vrier 2016, voici le compte rendu de Dina Tollari, qui avait fait le d\u00e9placement. Merci \u00e0 Dina de nous faire partager ce moment. 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