{"id":1007,"date":"2017-05-01T16:53:00","date_gmt":"2017-05-01T14:53:00","guid":{"rendered":"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs\/bakounine\/?p=1007"},"modified":"2017-05-01T16:54:21","modified_gmt":"2017-05-01T14:54:21","slug":"amour-et-mariage-chez-bakounine","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/amour-et-mariage-chez-bakounine-1007\/","title":{"rendered":"Amour et mariage chez Bakounine"},"content":{"rendered":"<p><em><a href=\"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/wp-content\/uploads\/antonia.jpeg\" rel=\"lightbox[1007]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1008\" src=\"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/wp-content\/uploads\/antonia-206x300.jpg\" alt=\"antonia\" width=\"206\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/wp-content\/uploads\/antonia-206x300.jpg 206w, http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/wp-content\/uploads\/antonia.jpeg 597w\" sizes=\"(max-width: 206px) 100vw, 206px\" \/><\/a>Une fois n&rsquo;est pas coutume, je c\u00e8de le clavier \u00e0 un autre bakouninien, en l&rsquo;occurrence Gaetano Manfredonia, pour la version longue d&rsquo;une contribution qu&rsquo;il vient de publier par ailleurs dans un volume d&rsquo;hommages \u00e0 Ronald Creagh. Deux raisons \u00e0 cela: je n&rsquo;aurais pas fait mieux sur la question, et Gaetano me l&rsquo;a gentiment propos\u00e9. Merci donc \u00e0 lui de venir enrichir ce blog, auquel je t\u00e2cherai un jour ou l&rsquo;autre de revenir moi-m\u00eame plus assid\u00fbment. Cela ne vous dispense \u00e9videmment pas d&rsquo;aller jeter un \u0153il au volume en question, et d&rsquo;en faire l&rsquo;acquisition si cela vous tente!\u00a0 La pr\u00e9sentation de l&rsquo;ouvrage est <a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/Reves-et-passions-d-un-chercheur.html\">ici<\/a>, et on peut le commander directement sur le site de l&rsquo;\u00e9diteur (qui est aussi l&rsquo;h\u00e9bergeur de ce blog) JCA<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p><!-- P.sdfootnote-western { margin-bottom: 0cm; font-family: \"Times New Roman\",serif; font-size: 10pt; line-height: 100%; }P.sdfootnote-cjk { margin-bottom: 0cm; font-family: \"Times New Roman\",serif; font-size: 10pt; line-height: 100%; }P.sdfootnote-ctl { margin-bottom: 0cm; font-family: \"Times New Roman\",serif; font-size: 10pt; line-height: 100%; }P { margin-bottom: 0.25cm; direction: ltr; color: rgb(0, 0, 0); line-height: 120%; }P.western { font-family: \"Times New Roman\",serif; font-size: 10pt; }P.cjk { font-family: \"Times New Roman\",serif; font-size: 10pt; }P.ctl { font-family: \"Times New Roman\",serif; font-size: 10pt; }A:link { color: rgb(0, 0, 255); }A.sdfootnoteanc { font-size: 57%; } --><\/p>\n<h2><strong>Amour et mariage chez Bakounine<\/strong><\/h2>\n<p align=\"JUSTIFY\">Bakounine a toujours occup\u00e9 une place bien particuli\u00e8re\u00a0au sein du mouvement anarchiste. Sa c\u00e9l\u00e8bre phrase de 1842 sur le \u00ab\u00a0d\u00e9sir de destruction\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e par ses ennemis d\u00e9clar\u00e9s et par certains de ses commentateurs peu scrupuleux pour accr\u00e9diter la th\u00e8se d&rsquo;un Bakounine \u00ab\u00a0ap\u00f4tre de la pan-destruction\u00a0\u00bb bien plus attir\u00e9 par l&rsquo;action que par la r\u00e9flexion. Rien de plus erron\u00e9 pourtant, pour peu que l&rsquo;on prenne la peine de se pencher avec un minimum de s\u00e9rieux tant sur son parcours militant que sur ses \u00e9crits.<!--more--><\/p>\n<p>M\u00eame si ces clich\u00e9s ont encore la vie dure, il existe d\u00e9sormais en fran\u00e7ais toute une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9tudes et d&rsquo;ouvrages de qualit\u00e9 consacr\u00e9s au Russe qui permettent de donner une image plus conforme \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de sa vie et de sa pens\u00e9e<sup><a name=\"sdfootnote1anc\" href=\"#sdfootnote1sym\"><sup>1<\/sup><\/a><\/sup>. La publication \u00e0 partir de 1973 par les \u00e9ditions Champ Libre des \u0153uvres compl\u00e8tes de Bakounine par Arthur Lehning<sup><a name=\"sdfootnote2anc\" href=\"#sdfootnote2sym\"><sup>2<\/sup><\/a><\/sup> &#8211; rest\u00e9e  inachev\u00e9e -, tout particuli\u00e8rement, puis l&rsquo;\u00e9dition sur CD-Rom des \u0153uvres compl\u00e8tes du Russe r\u00e9alis\u00e9e par l&rsquo;Institut international d&rsquo;histoire sociale d&rsquo;Amsterdam<sup><a name=\"sdfootnote3anc\" href=\"#sdfootnote3sym\"><sup>3<\/sup><\/a><\/sup> ont permis de mettre \u00e0 disposition du plus grand nombre une masse de documents jusque-l\u00e0 peu connue et accessible seulement \u00e0 de rares chercheurs professionnels. L&rsquo;exploitation syst\u00e9matique de ces fonds d&rsquo;archives &#8211; et en particulier de sa correspondance &#8211; reste pourtant lacunaire et des aspects  entiers de sa figure et de sa pens\u00e9e demeurent encore passablement flous ou carr\u00e9ment m\u00e9connus.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ses conceptions en mati\u00e8re de relations entre les sexes ou, d&rsquo;une mani\u00e8re plus large, sur la famille, tout sp\u00e9cialement, ont \u00e9t\u00e9 n\u00e9glig\u00e9es. Ses propos, pourtant, ne sont pas sans int\u00e9r\u00eat, surtout si on les compare \u00e0 ceux d&rsquo;auteurs anarchistes comme Proudhon. Non seulement ils nous aident \u00e0 pr\u00e9ciser l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il pouvait se faire d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 sans Dieu ni Ma\u00eetre, mais ils nous permettent de mieux comprendre tout un pan de ses activit\u00e9s publiques et priv\u00e9es que, pour des raisons diverses et parfois contradictoires, d&rsquo;abord ses amis, puis ses premiers historiens, ont eu tendance \u00e0 passer sous silence<sup><a name=\"sdfootnote4anc\" href=\"#sdfootnote4sym\"><sup>4<\/sup><\/a><\/sup>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Du mariage chr\u00e9tien \u00e0 l&rsquo;affirmation du mariage et de la famille libres<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p>Ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 partir de l&rsquo;ann\u00e9e 1864 que Bakounine se tourne v\u00e9ritablement vers l&rsquo;anarchisme. Ce n&rsquo;est donc pas \u00e9tonnant que ses id\u00e9es concernant le mariage et la famille aient pu beaucoup \u00e9voluer dans le temps.<\/p>\n<p>Ag\u00e9 \u00e0 peine de 23 ans, alors qu&rsquo;il vivait encore en Russie et qu&rsquo;il affichait ses convictions religieuses, il donne une premi\u00e8re formulation de ses conceptions en la mati\u00e8re. L&rsquo;occasion lui est offerte par le diff\u00e9rent qui l&rsquo;oppose depuis d\u00e9j\u00e0 plusieurs ann\u00e9es \u00e0 son p\u00e8re, coupable \u00e0 ses yeux d&rsquo;avoir voulu pousser sa s\u0153ur Lioubov \u00e0 se marier contre son gr\u00e9<sup><a name=\"sdfootnote5anc\" href=\"#sdfootnote5sym\"><sup>5<\/sup><\/a><\/sup>. Dans une lettre adress\u00e9e \u00e0 son g\u00e9niteur dat\u00e9e du 15 d\u00e9cembre 1837<sup><a name=\"sdfootnote6anc\" href=\"#sdfootnote6sym\"><sup>6<\/sup><\/a><\/sup>, il expose longuement ce qu&rsquo;il consid\u00e8re comme la conception chr\u00e9tienne de la famille et du mariage qu&rsquo;il place ostensiblement sous le signe de \u00ab\u00a0l&rsquo;amour pour Dieu\u00a0\u00bb en dehors duquel tout lui para\u00eet \u00ab\u00a0fantomatique\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0insignifiant\u00a0\u00bb<sup><a name=\"sdfootnote7anc\" href=\"#sdfootnote7sym\"><sup>7<\/sup><\/a><\/sup>. A partir de ces consid\u00e9rations assez convenues pour un croyant, le jeune Bakounine ne tire pas moins un certain nombre de conclusions qui, une fois d\u00e9barrass\u00e9es de leurs scories religieuses, serviront de fondements \u00e0 ses prises de positions de la maturit\u00e9.<\/p>\n<p>D&rsquo;une part, il affirme qu&rsquo;il ne peut y avoir d&rsquo;amour entre parents et enfants \u00ab\u00a0que l\u00e0 o\u00f9 il existe la libert\u00e9\u00a0\u00bb. Ainsi, lorsque les parents exigent de leurs enfants des actes oppos\u00e9s \u00e0 leurs convictions, ces derniers \u00ab\u00a0ont non seulement le droit, mais ils ont m\u00eame le devoir de ne pas leur ob\u00e9ir\u00a0\u00bb car pr\u00e9cise-t-il\u00a0: \u00ab\u00a0Tout le but de l&rsquo;\u00e9ducation chr\u00e9tienne vise \u00e0 doter l&rsquo;homme d&rsquo;une seconde naissance spirituelle afin, comme l&rsquo;a dit le Sauveur, de d\u00e9velopper en lui une vie autonome et libre qui le pr\u00e9parera \u00e0 la rude carri\u00e8re de la vie, \u00e0 supporter toutes les douleurs et toutes les souffrances qu&rsquo;il ne manquera pas d&rsquo;y rencontrer [&#8230;].\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D&rsquo;autre part, il soutient l&rsquo;id\u00e9e que la conception chr\u00e9tienne du mariage implique que le choix du conjoint ne peut pas \u00eatre forc\u00e9 ou reposer sur des consid\u00e9rations mat\u00e9rielles, voire purement sensuelles. En prenant l&rsquo;exact contre-pied de l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se op\u00e9r\u00e9e par Proudhon dans <em>De la Justice<\/em><sup><a name=\"sdfootnote8anc\" href=\"#sdfootnote8sym\"><sup>8<\/sup><\/a><\/sup><em>, <\/em>Bakounine affirme que le mariage chr\u00e9tien n&rsquo;accorde aucune place aux \u00ab\u00a0besoins des sens\u00a0\u00bb car ceux-ci sont jug\u00e9s comme \u00ab\u00a0diam\u00e9tralement oppos\u00e9s \u00e0 l&rsquo;esprit et \u00e0 la doctrine chr\u00e9tienne\u00a0\u00bb. Le seul motif qui peut pousser deux individus de sexe oppos\u00e9 \u00e0 se marier c&rsquo;est, pour le jeune Bakounine, \u00ab\u00a0l&rsquo;amour spirituel r\u00e9ciproque de deux \u00eatres qui ont besoin l&rsquo;un de l&rsquo;autre, qui s&rsquo;aiment l&rsquo;un l&rsquo;autre dans le Christ, qui sentent le besoin r\u00e9ciproque de fondre leurs \u00e2mes en une seule \u00e2me, et cons\u00e9quemment, leurs corps en un seul corps, qui \u00e9prouvent un besoin insurmontable de vivre d&rsquo;une seule vie [&#8230;]\u00a0\u00bb. Par cons\u00e9quent, le choix du conjoint ne peut \u00eatre qu&rsquo;absolument libre. Dans le cas contraire, le christianisme serait non pas la \u00ab\u00a0doctrine de l&rsquo;amour, mais celle de la haine et de la d\u00e9bauche, une doctrine qui r\u00e9prime tout ce qu&rsquo;il y a d&rsquo;humain et de saint, une doctrine qui assassine la dignit\u00e9 humaine, une doctrine, bref, dont la destruction devrait b\u00e9n\u00e9ficier du plus grand droit au respect et au nom d&rsquo;homme\u00a0!\u00a0<sup><a name=\"sdfootnote9anc\" href=\"#sdfootnote9sym\"><sup>9<\/sup><\/a><\/sup>\u00bb<\/p>\n<p>En fait, en d\u00e9pit de l&rsquo;interpr\u00e9tation totalement divergente que le jeune Bakounine et le Proudhon de la maturit\u00e9 se font du mariage chr\u00e9tien, l&rsquo;un comme l&rsquo;autre justifient l&rsquo;institution du mariage au nom du rejet commun de toute consid\u00e9ration utilitariste-mat\u00e9rialiste et d&rsquo;une conception totalement id\u00e9alis\u00e9e de l&rsquo;amour conjugal. Emport\u00e9 par sa dialectique, toutefois, Bakounine estime que l&rsquo;autorit\u00e9 du mari sur la femme, tout comme celle des parents sur leurs enfants, ne saurait \u00eatre inconditionnelle. Certes, il continue encore \u00e0 croire que la femme, \u00e0 la diff\u00e9rence de l&rsquo;homme, \u00ab\u00a0a besoin d&rsquo;un protecteur dans le monde naturel et d&rsquo;un intercesseur dans le monde spirituel\u00a0\u00bb et que ces protecteurs \u00ab\u00a0naturels\u00a0\u00bb sont \u00ab\u00a0son p\u00e8re, ses fr\u00e8res, ses autres proches parents et enfin son mari\u00a0\u00bb. Dans cette lettre, il ne reconna\u00eet pas moins que \u00a0la femme \u00ab\u00a0est un \u00eatre humain au m\u00eame titre que l&rsquo;homme, voil\u00e0 pourquoi il n&rsquo;existe pas de c\u00f4t\u00e9 de la vie, de tr\u00e9sor de la vie, qui ne lui soient accessibles\u00a0\u00bb. Ce qui lui permet de conclure que \u00ab\u00a0tout ce qui est v\u00e9ritable, bon et beau appartient de fa\u00e7on identique \u00e0 la femme comme \u00e0 l&rsquo;homme et constitue exactement la m\u00eame essence de sa vie, la m\u00eame vocation de sa vie que celles de l&rsquo;homme. [&#8230;]. La femme est une fin en soi et la femme est libre. C&rsquo;est ce qui constitue la diff\u00e9rence essentielle entre la femme chr\u00e9tienne et la femme mahom\u00e9tane [&#8230;]\u00a0\u00bb. De ce fait, le mari ne peut \u00eatre \u00ab\u00a0le chef v\u00e9ritable de sa femme\u00a0\u00bb qu&rsquo;\u00e0 condition de la \u00ab\u00a0hisser \u00e0 son niveau\u00a0\u00bb<sup><a name=\"sdfootnote10anc\" href=\"#sdfootnote10sym\"><sup>10<\/sup><\/a><\/sup>. En aucune mani\u00e8re, il ne saurait priver son \u00e9pouse de ce qui peut l&rsquo;aider \u00e0 s&rsquo;accomplir car celle-ci ne lui est en rien inf\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Le refus visc\u00e9ral de l&rsquo;amour sensuel affich\u00e9 par Bakounine dans cette lettre, comme dans d&rsquo;autres de la m\u00eame \u00e9poque, n&rsquo;ont cess\u00e9 d&rsquo;intriguer. Compte-tenu de la m\u00e9connaissance quasi-totale d&rsquo;informations document\u00e9es sur sa vie sentimentale et sexuelle, ces propos ont pu faire l&rsquo;objet d&rsquo;interpr\u00e9tations les plus contradictoires chez ses biographes. La port\u00e9e radicale de ces propos, pourtant, est ind\u00e9niable et elle laisse d\u00e9j\u00e0 entrevoir le chemin que Bakounine empruntera et qui le portera \u00e0 se d\u00e9finir en tout domaine comme \u00ab\u00a0un amant fanatique de la libert\u00e9\u00a0\u00bb. Ces consid\u00e9rations sur la n\u00e9cessit\u00e9 de laisser les individus des deux sexes absolument libres de choisir leur conjoint nous paraissent d&rsquo;autant plus significatives qu&rsquo;au moment o\u00f9 il \u00e9crit cette lettre, ses conceptions politiques restent celles d&rsquo;un fid\u00e8le sujet du tzar  pour qui \u00ab\u00a0la religion, c&rsquo;est la substance, c&rsquo;est l&rsquo;essence de l&rsquo;Etat [&#8230;]\u00a0\u00bb<sup><a name=\"sdfootnote11anc\" href=\"#sdfootnote11sym\"><sup>11<\/sup><\/a><\/sup>. Par cons\u00e9quent, il n&rsquo;est pas excessif d&rsquo;affirmer que c&rsquo;est par la reconnaissance de l&rsquo;autonomie de l&rsquo;individu dans la sph\u00e8re familiale que s&rsquo;affirme tout d&rsquo;abord l&rsquo;anti-autoritarisme du jeune Bakounine.<\/p>\n<p>Une nouvelle \u00e9tape significative de l&rsquo;\u00e9volution de sa \u00ab\u00a0th\u00e9orie conjugale\u00a0\u00bb nous est fournie par la lettre dat\u00e9e du 4 f\u00e9vrier 1852 qu&rsquo;il adresse \u00e0 sa famille de la forteresse Pierre-et-Paul o\u00f9 il est emprisonn\u00e9 depuis le mois de mai de l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente<sup><a name=\"sdfootnote12anc\" href=\"#sdfootnote12sym\"><sup>12<\/sup><\/a><\/sup>. Le pr\u00e9texte est fourni par le mariage de son fr\u00e8re cadet Alexandre. Apr\u00e8s la libert\u00e9, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre les \u00e9poux qui est mise en avant et qu&rsquo;il justifie au nom de la compl\u00e9mentarit\u00e9 des deux sexes.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0[&#8230;] N&rsquo;oublie jamais, &#8211; \u00e9crit-il &#8211; qu&rsquo;en amour comme en sagesse, l&rsquo;homme ne peut jamais donner plus \u00e0 la femme qu&rsquo;il n&rsquo;en re\u00e7oit lui-m\u00eame, il y a \u00e9galit\u00e9 parfaite\u00a0; du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;homme il y a un encha\u00eenement plus logique dans les id\u00e9es, la puissance de l&rsquo;abstraction, l&rsquo;\u00e9nergie ext\u00e9rieure de la volont\u00e9 et la force mat\u00e9rielle\u00a0; &#8211; mais la femme lui apporte en retour beaucoup de bon sens, un d\u00e9vouement h\u00e9ro\u00efque, une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 naturelle, une d\u00e9licatesse toute inn\u00e9e dont il n&rsquo;est pas capable lui-m\u00eame, une intuition instinctive de ce qui est beau, juste et vrai, &#8211; elle lui apporte la beaut\u00e9 et la gr\u00e2ce, \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9ternel f\u00e9minin\u00a0\u00bb comme dit Goethe, sans lesquelles toute la force de l&rsquo;homme serait ignoble et son intelligence \u00e9ternellement fausse.. [&#8230;] Il y a beaucoup de tr\u00e8s bons m\u00e9nages dont le bonheur ne s&rsquo;entretient que de batailles journali\u00e8res\u00a0; et je Vous assure qu&rsquo;il vaut mieux se donner quelques bonnes tapes que de se bouder \u00e9ternellement\u00a0; quand on s&rsquo;aime bien ces colloques d\u00e9monstratifs deviennent une nourriture pour l&rsquo;amour. Seulement alors, pour que toute chose soit en ordre, quand le mari l\u00e8ve son bras pour frapper, la femme doit n\u00e9cessairement jouer de ses ongles, et \u00e0 chaque tape qu&rsquo;elle re\u00e7oit, r\u00e9pondre par une bonne \u00e9gratignure, toujours selon le principe de la communaut\u00e9\u00a0; les ongles \u00e9tant l&rsquo;expression naturelle de la gr\u00e2ce f\u00e9minine, comme le poignet est celle de l&rsquo;intelligence masculine,  &#8211; ils se compl\u00e8tent mutuellement. Ainsi donc parit\u00e9 compl\u00e8te en toutes choses, en tendresse comme en col\u00e8re, en tapes comme en caresses, telle est la loi supr\u00eame du mariage. &#8211; Vous voyez que je suis cons\u00e9quent jusqu&rsquo;au bout dans ma th\u00e9orie conjugale [&#8230;]\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est qu&rsquo;apr\u00e8s son \u00e9vasion de Sib\u00e9rie au cours de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1861 que ses id\u00e9es vont prendre leur tournure d\u00e9finitive. Dans le programme qu&rsquo;il r\u00e9dige en septembre-octobre 1864, en vue de la constitution de sa Fraternit\u00e9 internationale, intitul\u00e9 <em>Soci\u00e9t\u00e9 internationale secr\u00e8te de l&rsquo;\u00e9mancipation de l&rsquo;humanit\u00e9<\/em><sup><a name=\"sdfootnote13anc\" href=\"#sdfootnote13sym\"><sup>13<\/sup><\/a><\/sup>, on trouve formul\u00e9 pour la premi\u00e8re fois les deux postulats sur lesquels reposent ses conceptions anarchistes en la mati\u00e8re : d&rsquo;une part, que la femme, quoique diff\u00e9rente de l&rsquo;homme, n&rsquo;est ni inf\u00e9rieure, ni moins intelligente et libre que lui et que, par cons\u00e9quent, elle doit \u00eatre \u00ab\u00a0<em>d\u00e9clar\u00e9e son \u00e9gale\u00a0\u00bb <\/em>dans les droits comme dans toutes les fonctions et devoirs politiques et sociaux\u00a0; d&rsquo;autre part, que la r\u00e9alisation d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur la justice et la libert\u00e9 n\u00e9cessitait la destruction des structures autoritaires et patriarcales de la famille. Consid\u00e9rant que dans la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;avenir la libert\u00e9 devait \u00ab\u00a0\u00eatre la base et le principe de toutes les humaines relations\u00a0\u00bb, il se prononce ainsi  pour le remplacement du mariage \u00ab\u00a0religieux et civil\u00a0\u00bb  par le \u00ab\u00a0mariage libre\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Issu d&rsquo;un accord libre entre deux individus de diff\u00e9rents sexes [&#8230;] le mariage n&rsquo;aura besoin ni de la sanction du pr\u00eatre, ni de celle du magistrat public [&#8230;].\u00a0<em>Form\u00e9 librement, le mariage se dissoudra librement<\/em>. Il suffira de la volont\u00e9 de l&rsquo;un des deux \u00e9poux, pour que le mariage f\u00fbt rompu.\u00a0\u00bb La seule restriction &#8211; mais de taille &#8211; qu&rsquo;il apporte \u00e0 la mise en \u0153uvre inconditionnelle de ces principes, c&rsquo;est que les deux \u00e9poux soient majeurs. Avant que l&rsquo;\u00e9ducation dispens\u00e9e par la famille et la soci\u00e9t\u00e9 les aient pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 exercer pleinement leur future libert\u00e9, les jeunes personnes devaient rester sous la tutelle des autorit\u00e9s communales et ne pouvaient jouir de ce fait que \u00ab\u00a0d&rsquo;une libert\u00e9 restreinte\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Comme il prend bien soin de le pr\u00e9ciser, en d\u00e9barrassant le mariage de ses entraves l\u00e9gales, il ne s&rsquo;agissait nullement de porter atteinte \u00e0 l&rsquo;institution familiale mais de la refonder sur des nouvelles bases\u00a0:<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0Plusieurs pensent &#8211; \u00e9crit-il &#8211; qu&rsquo;une fois le mariage d\u00e9livr\u00e9 de la sanction religieuse et politique qui l&rsquo;encha\u00eenent, <em>la famille<\/em>, cette base premi\u00e8re de l&rsquo;Etat se dissoudra, et avec elle s&rsquo;en ira aussi toute moralit\u00e9 dans les relations des deux sexes, faisant place \u00e0 une d\u00e9pravation et \u00e0 une promiscuit\u00e9 horribles. &#8211; Je ne partage aucune de ces craintes.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il n&rsquo;y a pas de doute que l&rsquo;\u00e9mancipation du mariage portera un coup mortel, le dernier coup, \u00e0 la <em>famille patriarcale, th\u00e9ologique et sacr\u00e9e<\/em>, &#8211; vrai embryon-prototype de<em> l&rsquo;\u00e9tat th\u00e9ologique et sacr\u00e9<\/em>. Mais je n&rsquo;y vois aucun mal. Cette famille a \u00e9t\u00e9 et continue d&rsquo;\u00eatre encore,  quoiqu&rsquo;\u00e0 un degr\u00e9 consid\u00e9rablement affaibli, la nourrici\u00e8re de tous les despotismes.\u00a0L&rsquo;autorit\u00e9 terrible du p\u00e8re, celle de l&rsquo;\u00e9poux, celle du fr\u00e8re a\u00een\u00e9, et en g\u00e9n\u00e9ral celle des fr\u00e8res sur les s\u0153urs [&#8230;]. Cette solidarit\u00e9 hi\u00e9rarchique de la famille, repr\u00e9sentant \u00e0 la fois l&rsquo;aristocratie la plus orgueilleuse et la monarchie la plus absolue, &#8211; voila le fort sacr\u00e9 [&#8230;] de toute oppression, de toute in\u00e9galit\u00e9, de toutes les injustices politiques et sociales. Quel mal y a-t-il \u00e0 ce que cette source du mal disparaisse ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p>Pour lui, l&rsquo;\u00e9volution des m\u0153urs, \u00ab\u00a0l&rsquo;esprit du si\u00e8cle\u00a0\u00bb, condamnait in\u00e9luctablement la famille patriarcale. \u00ab\u00a0[&#8230;] La famille antique, patriarcale, ce <em>sanctus sanctorum<\/em> de l&rsquo;Etat centralisateur, divin, monarchique, s&rsquo;en va \u00e0 vue d&rsquo;\u0153il. Les m\u0153urs actuelles, dans tous les pays, malgr\u00e9 toutes les lois, tendent \u00e9videmment \u00e0 l&rsquo;institution de <em>la famille libre<\/em> \u00bb. Dans la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9barrass\u00e9e du principe d&rsquo;autorit\u00e9, par cons\u00e9quent, non seulement l&rsquo;institution familiale ne dispara\u00eetrait pas mais elle pourrait s&rsquo;affirmer pleinement. On trouve chez Bakounine une v\u00e9ritable apologie de la famille ainsi r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e dans laquelle il voit le \u00ab\u00a0produit n\u00e9cessaire, spontan\u00e9 de la nature humaine\u00a0\u00bb. Sur ce point ses id\u00e9es apparaissent indiscutablement en avance sur son \u00e9poque et annoncent d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une conception de la famille purement relationnelle et affinitaire qui n&rsquo;a commenc\u00e9 \u00e0 s&rsquo;affirmer v\u00e9ritablement que fort r\u00e9cemment au sein des soci\u00e9t\u00e9s contemporaines. Le Russe est pourtant un homme attach\u00e9 aux valeurs d&rsquo;autonomie et de devoir propres \u00e0 la premi\u00e8re modernit\u00e9. Dans la droite ligne de ses prises de positions de jeunesse, en voulant rendre le mariage libre, son objectif principal reste toujours et encore celui de \u00ab\u00a0le moraliser\u00a0\u00bb, ce qui le porte \u00e0 \u00e9crire\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0[&#8230;] Nous sommes fermement et profond\u00e9ment convaincus qu&rsquo;en donnant \u00e0 chacun de ses membres [de la famille] toute la libert\u00e9, nous raffermirons leur union mutuelle, \u00e0 laquelle nous rendrons par l\u00e0 m\u00eame toute sa moralit\u00e9, &#8211; par cette simple raison que <em>l&rsquo;homme n&rsquo;est moral qu&rsquo;autant qu&rsquo;il est libre<\/em>.[&#8230;] Aujourd&rsquo;hui une femme trompe son mari et reste avec lui, &#8211; et plus souvent encore le mari trompe sa femme et la force \u00e0 rester avec lui. Quand ils seront libres de se quitter toujours, ils n&rsquo;auront plus besoin de se tromper mutuellement, &#8211; voici d\u00e9j\u00e0 un immense triomphe pour la morale &#8211; car le mensonge, produit de la l\u00e2chet\u00e9 et de l&rsquo;esclavage est la cause principale de toute immoralit\u00e9 &#8211; ensuite, unis d\u00e9sormais, non par une volont\u00e9 ou une convenance ext\u00e9rieure, mais par sympathie et par attraction, forc\u00e9s de se respecter mutuellement, comme des \u00eatres \u00e9galement libres, moralis\u00e9s par cette libert\u00e9 m\u00eame, ils formeront une union et plus sinc\u00e8re et plus forte qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pour que le mariage puisse \u00eatre effectivement libre, et que la destruction des bases mat\u00e9rielles de la famille traditionnelle soit compl\u00e8te, Bakounine estime n\u00e9cessaire de proc\u00e9der \u00e0 la mise en place de la vieille revendication saint-simonienne de l&rsquo;abolition du droit d&rsquo;h\u00e9ritage. Conscient de ce qu&rsquo;il appelle \u00ab\u00a0le d\u00e9sir et le souci naturel des parents de fournir \u00e0 leurs enfants les moyens de devenir des hommes \u00e0 leur tour\u00a0\u00bb, il pr\u00e9conise que l&rsquo;entretien, l&rsquo;\u00e9ducation et l&rsquo;instruction des enfants des deux sexes soient pris en charge par la collectivit\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de la majorit\u00e9. Or, sur ce point aussi, Bakounine innove par rapport \u00e0 des th\u00e9oriciens anarchistes comme Proudhon en affirmant explicitement le droit de la part de la soci\u00e9t\u00e9 &#8211; au nom de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de  l&rsquo;enfant &#8211; de \u00ab\u00a0prot\u00e9ger\u00a0\u00bb celui-ci \u00ab\u00a0contre la mis\u00e8re, contre le mauvais exemple, contre les mauvaises doctrines, et m\u00eame contre les stupidit\u00e9s ou la brutalit\u00e9 possibles de leurs propres parents\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le droit pr\u00e9tendu des parents sur leurs enfants &#8211; pr\u00e9cise-t-il &#8211; est un droit excessivement limit\u00e9. Les parents ont le droit d&rsquo;aimer leurs enfants et \u00e0 les soigner tant que cela leur fait plaisir, mais non celui de les maltraiter, de les exploiter comme cela se fait aujourd&rsquo;hui dans les grandes fabriques, ni de fausser et encore moins de tuer leur intelligence, leur \u00e9nergie morale, ni de les d\u00e9praver.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans les moutures successives de ce texte, qui servira de base \u00e0 bien d&rsquo;autres projets de soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes, Bakounine ne modifie plus fondamentalement son propos. Dans le <em>Cat\u00e9chisme r\u00e9volutionnaire <\/em>de mars 1866<sup><a name=\"sdfootnote14anc\" href=\"#sdfootnote14sym\"><sup>14<\/sup><\/a><\/sup>, n\u00e9anmoins, il est possible de trouver plusieurs passages dans lesquels il pr\u00e9cise encore ses id\u00e9es. En premier lieu, il souligne qu&rsquo;en voulant le mariage libre, il entend abolir la \u00ab\u00a0famille l\u00e9gale, fond\u00e9e sur le droit civil et sur la propri\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb mais non pas ce qu&rsquo;il appelle \u00ab\u00a0la famille naturelle\u00a0\u00bb. Deuxi\u00e8mement, il propose que la soci\u00e9t\u00e9 vienne en aide financi\u00e8rement aux femmes enceintes\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Du moment qu&rsquo;une femme porte un enfant dans son sein, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle ne l&rsquo;ait mis au monde, elle a droit \u00e0 une subvention de la part de la soci\u00e9t\u00e9, pay\u00e9e non pour le compte de la femme mais pour celui de l&rsquo;enfant. Toute m\u00e8re qui voudra nourrir et \u00e9lever ses enfants, recevra \u00e9galement de la soci\u00e9t\u00e9 tout le prix de leur entretien et de la peine d\u00e9vou\u00e9e aux enfants.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, il affirme la n\u00e9cessit\u00e9 que, dans le mariage libre, l&rsquo;homme et la femme puissent jouir \u00e9galement \u00ab\u00a0d&rsquo;une libert\u00e9 absolue\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Ni la violence de la passion &#8211; \u00e9crit-il &#8211; ni les droits librement accord\u00e9s dans le pass\u00e9 ne pourront servir d&rsquo;excuse pour aucun attentat de la part de l&rsquo;un contre la libert\u00e9 de l&rsquo;autre, et chaque attentat pareil sera consid\u00e9r\u00e9 comme un crime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La reconnaissance pour chacun des conjoints de la possibilit\u00e9 d&rsquo;avoir librement des relations sexuelles avec d&rsquo;autres partenaires n&rsquo;est pas explicitement formul\u00e9e &#8211; et elle n&rsquo;appara\u00eet dans aucun de ses \u00e9crits th\u00e9oriques &#8211; mais le sens g\u00e9n\u00e9ral de ces propos laisse peu de place au doute. La libert\u00e9 \u00ab\u00a0absolue\u00a0\u00bb reconnue \u00e0 l&rsquo;autre conjoint n&rsquo;est, en tout cas, nullement consid\u00e9r\u00e9e comme incompatible avec l&rsquo;existence de liens solides et durables entre membres de la famille ainsi r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e. La mani\u00e8re dont lui-m\u00eame cherchera \u00e0 mettre en pratique ses propres conceptions en tant qu&rsquo;\u00e9poux et p\u00e8re appara\u00eet, pour le peu que nous le sachions, particuli\u00e8rement \u00e9clairante sur l&rsquo;importance capitale que Bakounine continuait \u00e0 accorder \u00e0 la famille en tant que r\u00e9sultat du libre choix des individus et non plus de la contrainte patriarcale ou du respect des conventions.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p><strong>Responsabilit\u00e9s familiales et engagement r\u00e9volutionnaire\u00a0: l&rsquo;impossible \u00e9quation\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p align=\"JUSTIFY\">C&rsquo;est en Sib\u00e9rie que Bakounine d\u00e9cide de se marier avec une jeune polonaise, Antonina Ksaver&rsquo;evna Kwiatkowska, le 5 octobre 1858<sup><a name=\"sdfootnote15anc\" href=\"#sdfootnote15sym\"><sup>15<\/sup><\/a><\/sup>. Elle est \u00e2g\u00e9e de 17 ans \u00e0 peine tandis que lui en a 44. Dans une de ses lettres adress\u00e9es \u00e0 Alexandre Herzen il raconte sa rencontre avec celle qui allait devenir sa femme\u00a0:<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0En avril [1857], je fus transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Tomsk. Je v\u00e9cus l\u00e0 environ deux ans et fis la connaissance d&rsquo;une charmante famille polonaise, dont le p\u00e8re Ksaverij Vasil&rsquo;evic Kwiatkowski travaille dans l&rsquo;industrie aurif\u00e8re. Cette famille habitait \u00e0 une verste de la ville, dans une maison de campagne, [&#8230;] une petite demeure o\u00f9 la vie s&rsquo;\u00e9coulait dans le calme et l&rsquo;observance des anciennes coutumes. Je me mis \u00e0 aller l\u00e0 chaque jour et proposai d&rsquo;enseigner le fran\u00e7ais et autre aux deux filles; je me liai d&rsquo;amiti\u00e9 avec ma femme\u00a0; je gagnai son enti\u00e8re confiance et m&rsquo;\u00e9pris d&rsquo;elle passionn\u00e9ment\u00a0; elle aussi s&rsquo;\u00e9prit de moi\u00a0; je l&rsquo;ai donc \u00e9pous\u00e9e [&#8230;]<sup><a name=\"sdfootnote16anc\" href=\"#sdfootnote16sym\"><sup>16<\/sup><\/a><\/sup>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p align=\"JUSTIFY\">Dans un premier moment, sa demande en mariage n&rsquo;est pas bien accueillie par la famille d&rsquo;Antonia et Bakounine dut s&rsquo;y prendre \u00e0 deux reprises avant d&rsquo;avoir le consentement de son futur beau-p\u00e8re<sup><a name=\"sdfootnote17anc\" href=\"#sdfootnote17sym\"><sup>17<\/sup><\/a><\/sup>. En d\u00e9pit de ses origines aristocratiques, sa situation de d\u00e9port\u00e9 politique ne plaidait certes pas en sa faveur. Seule l&rsquo;amiti\u00e9 que lui manifeste le gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de la Sib\u00e9rie orientale, son cousin Nicolas Mouraviev, semble avoir fait pencher la balance ce son c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>On s&rsquo;est beaucoup interrog\u00e9 sur les raisons v\u00e9ritables de ce mariage et sur la nature exacte des liens qu&rsquo;il a entretenus avec Antonia. En l&rsquo;absence \u00e0 peu pr\u00e8s totale de renseignements fiables sur ses pr\u00e9f\u00e9rences et orientations sexuelles, certains commentateurs ont pu affirmer que ce mariage ne fut pas consomm\u00e9<sup><a name=\"sdfootnote18anc\" href=\"#sdfootnote18sym\"><sup>18<\/sup><\/a><\/sup>. Le seul t\u00e9moignage direct que nous avons sur ce point est la lettre-confession que Bakounine \u00e9crit \u00e0 son ami Ogarev, en d\u00e9cembre 1869, dans laquelle il affirme aimer Antonia  \u00ab\u00a0autant qu&rsquo;un p\u00e8re peut aimer sa fille\u00a0\u00bb<sup><a name=\"sdfootnote19anc\" href=\"#sdfootnote19sym\"><sup>19<\/sup><\/a><\/sup>. Ces propos, toutefois, sont tenus bien des ann\u00e9es apr\u00e8s leur mariage \u00e0 un moment o\u00f9 sa sant\u00e9 s&rsquo;est consid\u00e9rablement d\u00e9grad\u00e9e et ne permettent gu\u00e8re de conclure que cela fut le cas d\u00e8s le d\u00e9but de leurs relations de couple. D&rsquo;autres  historiens ont vu dans ce mariage un moyen d\u00e9tourn\u00e9 utilis\u00e9 par Bakounine pour faciliter sa fuite de Sib\u00e9rie au point de nier qu&rsquo;il ait voulu pour de bon  \u00ab\u00a0fonder une famille, avoir un foyer\u00a0\u00bb<sup><a name=\"sdfootnote20anc\" href=\"#sdfootnote20sym\"><sup>20<\/sup><\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;on examine sa correspondance, il ne fait pas de doute que Bakounine ait pu voir dans son mariage &#8211; tout au moins dans un premier temps &#8211; une occasion pour am\u00e9liorer sa situation mat\u00e9rielle tout en donnant des gages de bonne conduite aux autorit\u00e9s du tzar afin qu&rsquo;elles assouplissent le r\u00e9gime de r\u00e9sidence forc\u00e9e auquel il \u00e9tait soumis et qui lui interdisait de se d\u00e9placer. Bakounine profite imm\u00e9diatement de ses fian\u00e7ailles pour adresser aux autorit\u00e9s locales une requ\u00eate dans laquelle il demande qu&rsquo;on l&rsquo;autorise \u00e0 s&rsquo;absenter de Tomsk pour aller chercher du travail en Sib\u00e9rie Orientale afin d&rsquo;assurer les moyens d&rsquo;existence pour lui et pour sa future \u00e9pouse. \u00ab\u00a0De quelle mani\u00e8re &#8211; affirme-t-il &#8211; assurerai-je le gouvernement de la sinc\u00e9rit\u00e9 de mes sentiments ? Les mots ne prouvent rien [&#8230;]. Il me semble que ma seule intention de me marier pourrait servir de preuve de ma ferme r\u00e9solution de consacrer le restant de ma vie \u00e0 des occupations pacifiques et l\u00e9gales<sup><a name=\"sdfootnote21anc\" href=\"#sdfootnote21sym\"><sup>21<\/sup><\/a><\/sup>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un tel empressement dans la soumission a d\u00fb para\u00eetre bien douteux aux autorit\u00e9s &#8211; et pour cause !<sup> <a name=\"sdfootnote22anc\" href=\"#sdfootnote22sym\"><sup>22<\/sup><\/a><\/sup> &#8211;  et ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 \u00ab\u00a0grand peine\u00a0\u00bb, au bout d&rsquo;une ann\u00e9e, en mars 1858, qu&rsquo;il obtiendra l&rsquo;autorisation de s&rsquo;installer \u00e0 Irkutsk avec Antonia. Cette premi\u00e8re \u00e9tape franchie, Bakounine attendra encore de longs mois avant de r\u00e9ussir \u00e0 s&rsquo;\u00e9vader, seul, au cours de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1861, en direction du Japon, puis des \u00c9tats-Unis pour rejoindre, enfin, l&rsquo;Europe occidentale.<\/p>\n<p>Peut-on pour autant voir dans son mariage une union de convenance, une simple \u00ab\u00a0ruse\u00a0\u00bb de guerre pour \u00e9chapper \u00e0 ses ge\u00f4liers ? Rien n&rsquo;est moins s\u00fbr car dans toutes ses lettres arriv\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 nous, sa d\u00e9cision de s&rsquo;unir avec Antonia appara\u00eet toujours comme un choix de conviction, ouvertement assum\u00e9 vis-\u00e0-vis tant de ses amis que de sa famille qui, dans l&rsquo;ensemble, d\u00e9plorent cette union. C&rsquo;est avec fiert\u00e9 qu&rsquo;il annonce \u00e0 ses plus proches amis son mariage avec une \u00ab\u00a0polonaise\u00a0\u00bb, ce qui \u00e0 ses yeux repr\u00e9sente presque un acte militant. \u00ab\u00a0Ma femme est polonaise. &#8211; \u00e9crit-il avec emphase \u00e0 Adolf Reichel &#8211; Tu vois que je suis rest\u00e9 fid\u00e8le \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e ma\u00eetresse de ma vie<sup><a name=\"sdfootnote23anc\" href=\"#sdfootnote23sym\"><sup>23<\/sup><\/a><\/sup>.\u00a0\u00bb A Herzen, il confie : \u00ab\u00a0Elle est polonaise, mais ce n&rsquo;est pas une catholique de conviction ; c&rsquo;est pourquoi elle est aussi exempte de fanatisme politique ; c&rsquo;est une patriote slave<sup><a name=\"sdfootnote24anc\" href=\"#sdfootnote24sym\"><sup>24<\/sup><\/a><\/sup>.\u00a0\u00bb Mais ce n&rsquo;est pas l\u00e0 l&rsquo;essentiel car sa correspondance abonde litt\u00e9ralement de marques d&rsquo;affection vis-\u00e0-vis de son \u00e9pouse, ce qui laisse peu de doutes sur la sinc\u00e9rit\u00e9 de ses sentiments. A sa famille, il d\u00e9crit Antonia comme \u00ab\u00a0une amie et un ange\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0une brave fille\u00a0\u00bb qui \u00ab\u00a0n&rsquo;a peur de rien\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0tout la r\u00e9jouit comme un enfant\u00a0\u00bb<sup><a name=\"sdfootnote25anc\" href=\"#sdfootnote25sym\"><sup>25<\/sup><\/a><\/sup>. En s&rsquo;adressant \u00e0 Herzen, il se d\u00e9clare sans restriction heureux en mariage car, ajoute-t-il : \u00ab\u00a0Il est bon de vivre non pour soi, mais pour un autre, surtout quand cet autre est une femme gentille\u00a0; je me suis donn\u00e9 tout entier \u00e0 elle ; et, de son c\u00f4t\u00e9, elle partage par le c\u0153ur et par l&rsquo;esprit toutes mes aspirations<sup><a name=\"sdfootnote26anc\" href=\"#sdfootnote26sym\"><sup>26<\/sup><\/a><\/sup>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Loin de se r\u00e9jouir, ses plus proches amis et compagnons de lutte apprirent d&rsquo;un assez mauvais \u0153il la nouvelle de ce mariage. Le r\u00e9volutionnaire de toujours n&rsquo;allait-il pas s&rsquo;assagir pour de bon et renoncer \u00e0 poursuivre ses combats d&rsquo;antan\u00a0? Jamais, pourtant, Antonia n&rsquo;est per\u00e7ue par Bakounine comme repr\u00e9sentant une contrainte pouvant entraver ses activit\u00e9s. Bien au contraire, il verra toujours en elle un soutien moral et affectif irrempla\u00e7able. \u00ab\u00a0Heureux en famille et malgr\u00e9 \u00e7a pr\u00eat comme avant, voire avec la passion d&rsquo;antan, \u00e0 me lancer dans mes anciens p\u00each\u00e9s  pourvu que s&rsquo;en pr\u00e9sente l&rsquo;occasion\u00a0\u00bb pr\u00e9cise-t-il \u00e0 l&rsquo;attention de ses amis, alors qu&rsquo;il est encore en Sib\u00e9rie<sup><a name=\"sdfootnote27anc\" href=\"#sdfootnote27sym\"><sup>27<\/sup><\/a><\/sup>. Tout se passe comme si son mariage, au lieu de l&rsquo;\u00e9loigner de l&rsquo;action r\u00e9volutionnaire, le fortifiait dans ce qui reste la raison principale de son existence sans lui faire oublier pour autant ses devoirs d&rsquo;\u00e9poux.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Cela dit, concilier son d\u00e9sir affich\u00e9 de jouir d&rsquo;une paisible vie familiale aux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;Antonia avec la poursuite de ses activit\u00e9s subversives n&rsquo;\u00e9tait certes pas une chose ais\u00e9e ni pour lui ni pour sa femme, qui en fit vite l&rsquo;am\u00e8re exp\u00e9rience. La d\u00e9cision de Bakounine de s&rsquo;\u00e9vader de Sib\u00e9rie &#8211; qu&rsquo;il semble avoir prise en concertation avec elle &#8211; est la premi\u00e8re \u00e9preuve majeure \u00e0 laquelle le couple d&rsquo;amoureux sera confront\u00e9. D&rsquo;autres suivront. A sa belle-s\u0153ur, Natalie, il avoue\u00a0:<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0Je savais qu&rsquo;elle [Antonia] aurait et de l&rsquo;amertume et de la peine sans moi \u00e0 Irkutsk et elle est pour moi, avec mon action, tout pour moi dans la vie\u00a0; et malgr\u00e9 tout, m&rsquo;\u00e9tant conseill\u00e9 avec elle seule, j&rsquo;ai pris ma d\u00e9cision\u00a0; je l&rsquo;ai prise, je te l&rsquo;assure, non pas \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re, mais apr\u00e8s y avoir longtemps, longtemps r\u00e9fl\u00e9chi, apr\u00e8s un combat int\u00e9rieur opini\u00e2tre et douloureux, en pleine conscience de toutes les difficult\u00e9s, incommodit\u00e9s, de tous les sacrifices et cons\u00e9quences possibles cons\u00e9cutifs \u00e0 mon entreprise<sup><a name=\"sdfootnote28anc\" href=\"#sdfootnote28sym\"><sup>28<\/sup><\/a><\/sup>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p align=\"JUSTIFY\">Une fois retrouv\u00e9e la libert\u00e9, conscient d&rsquo;avoir laiss\u00e9 Antonia et sa famille \u00ab\u00a0dans la situation la  plus ind\u00e9cise et la plus d\u00e9sagr\u00e9able\u00a0\u00bb, il multiplie les d\u00e9marches aupr\u00e8s des autorit\u00e9s tzaristes afin que son \u00e9pouse ne soit pas molest\u00e9e<sup><a name=\"sdfootnote29anc\" href=\"#sdfootnote29sym\"><sup>29<\/sup><\/a><\/sup>. L&rsquo;absence de nouvelles de sa femme l&rsquo;accable<sup><a name=\"sdfootnote30anc\" href=\"#sdfootnote30sym\"><sup>30<\/sup><\/a><\/sup> et pendant de longs mois il n&rsquo;aura de cesse de faire en sorte qu&rsquo;elle puisse le rejoindre. Dans ce but, il demande \u00e0 ses fr\u00e8res et s\u0153urs d&rsquo;abord de la faire venir d&rsquo;Irkutsk chez eux, puis de Prjamuchino \u00e0 Londres<sup><a name=\"sdfootnote31anc\" href=\"#sdfootnote31sym\"><sup>31<\/sup><\/a><\/sup>. \u00ab\u00a0Mon \u00e9pouse ne doit pas rester une minute de plus en Sib\u00e9rie\u00a0\u00bb temp\u00eate-t-il dans sa correspondance<sup><a name=\"sdfootnote32anc\" href=\"#sdfootnote32sym\"><sup>32<\/sup><\/a><\/sup> et si le gouvernement venait \u00e0 s&rsquo;y opposer il envisage m\u00eame la possibilit\u00e9 \u00ab\u00a0tout simplement\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0l&rsquo;enlever\u00a0\u00bb<sup><a name=\"sdfootnote33anc\" href=\"#sdfootnote33sym\"><sup>33<\/sup><\/a><\/sup>. Puis, devant les doutes qui semblent assaillir Antonia, il n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 la combler de d\u00e9clarations d&rsquo;amour et \u00e0 la rassurer sur leur future situation financi\u00e8re pour qu&rsquo;elle accepte de partir imm\u00e9diatement\u00a0:<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0Ne r\u00e9fl\u00e9chis pas, amie, ne diff\u00e8re pas\u00a0; pr\u00e9pare-toi au voyage\u00a0 [&#8230;]. Mon c\u0153ur a langui de toi. Je ne vois nuit et jour que toi.\u00a0D\u00e8s que tu arriveras aupr\u00e8s de moi, nous partirons en Italie\u00a0; l\u00e0-bas c&rsquo;est meilleur march\u00e9, plus gai, et il y aura beaucoup de besogne. N&rsquo;aie pas peur, mon petit c\u0153ur, tu auras une bonne et de quoi vivre\u00a0; arrive seulement<sup><a name=\"sdfootnote34anc\" href=\"#sdfootnote34sym\"><sup>34<\/sup><\/a><\/sup>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p align=\"JUSTIFY\">Bien loin d&rsquo;un suppos\u00e9 mariage de raison, c&rsquo;est toujours et encore le besoin de partager sa vie avec son \u00eatre aim\u00e9 qui s&rsquo;affiche dans ces lettres dans lesquelles Bakounine livre ses sentiments les plus intimes\u00a0:<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0Et n&rsquo;aie pas peur, amie. Tu ne vivras pas avec moi dans l&rsquo;opulence ni non plus dans la mis\u00e8re. Dis zut\u00a0! \u00e0 ceux qui te racontent que tu seras pour moi une g\u00eane et une attache. J&rsquo;ai besoin de ton intimit\u00e9, de tes liens. Gr\u00e2ce \u00e0 eux, je serai plus libre, plus tranquille, plus fort. Je t&rsquo;aime, Antonia. Ainsi donc, amie, aie confiance et n&rsquo;\u00e9coute personne, quel que soit celui qui, d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre, essaye d&rsquo;\u00e9branler ta confiance. [&#8230;] Amie, ne me trahis pas, [tu] veux \u00eatre avec moi et tu le seras. Or moi je suis fid\u00e8le \u00e0 toi du plus profond de mon c\u0153ur dans lequel tu vis comme une sainte. Au plein sens du terme, il chante pour toi<sup><a name=\"sdfootnote35anc\" href=\"#sdfootnote35sym\"><sup>35<\/sup><\/a><\/sup>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p>La situation pourtant n&rsquo;\u00e9volue pas assez vite. Antonia continue \u00e0 h\u00e9siter. Bakounine impatient reprend \u00e0 nouveau sa plume pour r\u00e9affirmer \u00e0 sa belle famille et \u00e0 son entourage tout l&rsquo;amour qu&rsquo;il porte \u00e0 sa femme mais aussi pour y exposer sa conception purement affinitaire du mariage. Conform\u00e9ment \u00e0 ce qu&rsquo;il \u00e9crira quelques ann\u00e9es plus tard dans ses programmes anarchistes de la Fraternit\u00e9, sa femme est laiss\u00e9e libre de choisir\u00a0: partir le rejoindre \u00e0 Londres ou rester en Sib\u00e9rie, si elle le d\u00e9sire\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0S&rsquo;il en est ainsi, si elle-m\u00eame n&rsquo;\u00e9prouve pas <em>l&rsquo;imp\u00e9rieux <\/em>besoin de se rendre aupr\u00e8s de moi,  &#8211; pr\u00e9cise-t-il \u00e0 une amie &#8211; si le voyage vers moi s&rsquo;accompagne du moindre sacrifice, si elle peut \u00eatre bien sans moi, de gr\u00e2ce, qu&rsquo;elle ne s&rsquo;inqui\u00e8te pas de moi, qu&rsquo;elle reste. Vous dites qu&rsquo;elle attend mon dernier mot, le mot d\u00e9cisif. Le voici: elle est libre et en droit et en toute justice\u00a0; oui, avec ma b\u00e9n\u00e9diction sinc\u00e8re, affectueuse, elle peut disposer d&rsquo;elle m\u00eame en n&rsquo;ayant en vie que son bonheur, ce qui pour moi est la chose la plus ch\u00e8re. Son droit est incontestable et la reconnaissance officielle de celui-ci ne se fera pas attendre<sup><a name=\"sdfootnote36anc\" href=\"#sdfootnote36sym\"><sup>36<\/sup><\/a><\/sup>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Antonia a-t-elle \u00e9t\u00e9 rassur\u00e9e par ces engagements\u00a0? C&rsquo;est fort possible car, en mars 1863, apr\u00e8s avoir pass\u00e9 No\u00ebl et le jour de l&rsquo;an chez sa belle-famille, elle arrive finalement \u00e0 Londres mais Bakounine n&rsquo;est pas l\u00e0 \u00e0 l&rsquo;attendre<sup><a name=\"sdfootnote37anc\" href=\"#sdfootnote37sym\"><sup>37<\/sup><\/a><\/sup>. Conform\u00e9ment \u00e0 son serment de continuer \u00e0 se battre pour la cause de l&rsquo;\u00e9mancipation des slaves, il venait de s&rsquo;engager dans une tentative qui visait le soul\u00e8vement de la Pologne.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Au moment m\u00eame o\u00f9 je m&#8217;embarquais pour cette exp\u00e9dition, &#8211; raconte-t-il &#8211; j&rsquo;apprenais que ma femme, apr\u00e8s deux ans de combat contre toutes sortes de difficult\u00e9s financi\u00e8res et politiques, \u00e9tait enfin arriv\u00e9e \u00e0 Londres o\u00f9 elle avait esp\u00e9r\u00e9 me trouver. Ce fut une \u00e9preuve pour moi et pourtant, sans h\u00e9siter, je pris la r\u00e9solution de r\u00e9aliser mon projet depuis longtemps m\u00fbri et de la laisser une seconde fois veuve pour &#8230;.<sup><a name=\"sdfootnote38anc\" href=\"#sdfootnote38sym\"><sup>38<\/sup><\/a><\/sup> \u00bb<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en avril 1863 que les deux \u00e9poux pourront se retrouver \u00e0 Malm\u00f6 en Su\u00e8de apr\u00e8s une s\u00e9paration de vingt et un mois<sup><a name=\"sdfootnote39anc\" href=\"#sdfootnote39sym\"><sup>39<\/sup><\/a><\/sup>. Commence alors une nouvelle p\u00e9riode dans la vie de ce couple atypique au cours de laquelle Bakounine se montre manifestement fier de sa jeune femme tandis qu&rsquo;Antonia d\u00e9couvre avec avidit\u00e9 le mode de vie occidental (Stockholm, Londres, Paris, la Suisse&#8230;) en m\u00eame temps que le monde cosmopolite des exil\u00e9s politiques de tout bord. Comme promis, le couple d\u00e9cide de s&rsquo;installer en Italie. Ce sera d&rsquo;abord Florence \u00e0 partir de janvier 1864 mais, avant de se rendre sur place, il fait un crochet par Caprera, la petite \u00eele o\u00f9 Garibaldi re\u00e7oit ses amis, ses admirateurs et ses multiples admiratrices. Bakounine est, \u00e0 ce moment l\u00e0, encore sous l&#8217;emprise de la l\u00e9gende du \u00ab\u00a0h\u00e9ros des deux mondes\u00a0\u00bb et c&rsquo;est avec empressement qu&rsquo;il fait savoir \u00e0 une de ses connaissances que Garibaldi les a accueillis amicalement pendant les trois jours de leur s\u00e9jour. Par la m\u00eame occasion, il nous apprend que Garibaldi a \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0extr\u00eamement gentil et aimable\u00a0\u00bb avec Antonia. \u00ab\u00a0En nous accompagnant, il fit monter mon \u00e9pouse dans une petite barque, prit lui-m\u00eame les rames, tandis qu&rsquo;elle tra\u00eenait au bout d&rsquo;une longue perche des oursins, une sorte de <em>frutti di mare<\/em>.\u00a0\u00bb pr\u00e9cise-t-il flatt\u00e9<sup><a name=\"sdfootnote40anc\" href=\"#sdfootnote40sym\"><sup>40<\/sup><\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>A Florence, d&rsquo;abord, puis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Naples &#8211; o\u00f9 le couple s&rsquo;installe en juin 1865 &#8211; gr\u00e2ce aux lettres de recommandations de Mazzini, de Bertani et de Garibaldi &#8211; Antonia et Michel vont rencontrer la plupart des hommes politiques italiens du \u00ab\u00a0parti d&rsquo;action\u00a0\u00bb &#8211; y compris des ministres\u00a0! &#8211; et multiplient les visites de courtoisies et les r\u00e9ceptions<sup><a name=\"sdfootnote41anc\" href=\"#sdfootnote41sym\"><sup>41<\/sup><\/a><\/sup>. Indiscutablement, la pr\u00e9sence d&rsquo;Antonia \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s constitue un atout pour Bakounine qui ne d\u00e9daigne pas de s&rsquo;afficher avec elle dans les salons politiques et mondains. Cela lui permet de nouer de nouveaux contacts utiles pour ses projets de recrutement des membres de ses organisations secr\u00e8tes tout en prenant soin de satisfaire le besoin de distractions de sa jeune \u00e9pouse. M\u00eame ses relations avec Marx se trouvent facilit\u00e9es, \u00e0 qui il promet, dans un moment unique de familiarit\u00e9, de lui envoyer les photographies de sa femme et de sa propre personne en \u00e9change de celle de sa famille<sup><a name=\"sdfootnote42anc\" href=\"#sdfootnote42sym\"><sup>42<\/sup><\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>Certes, Antonia n&rsquo;a rien d&rsquo;une conspiratrice, &#8211; elle n&rsquo;a jamais transport\u00e9 de la dynamite cach\u00e9e autour de sa taille, comme la femme de Cafiero<sup><a name=\"sdfootnote43anc\" href=\"#sdfootnote43sym\"><sup>43<\/sup><\/a><\/sup> &#8211; et bien des amis de Bakounine la trouvent trop frivole \u00e0 leur go\u00fbt, beaucoup trop, en tout cas, pour voir en elle la compagne id\u00e9ale du vieux r\u00e9volutionnaire. Certains pourront tenir carr\u00e9ment des propos insultants \u00e0 son \u00e9gard comme le communard Arthur Arnould  qui \u00e9crit qu&rsquo;elle \u00ab\u00a0avait tous les go\u00fbts, toutes les allures, toutes les habitudes de la mondaine\u00a0\u00bb<sup><a name=\"sdfootnote44anc\" href=\"#sdfootnote44sym\"><sup>44<\/sup><\/a><\/sup>. Plusieurs biographes de Bakounine ont bross\u00e9 d&rsquo;elle un portrait des plus n\u00e9gatifs o\u00f9 perce plus d&rsquo;une veine de misogynie. H\u00e9l\u00e8ne Iswolsky \u00e9crit qu&rsquo;avant sa rencontre avec Bakounine, \u00ab\u00a0elle n&rsquo;avait de sa vie go\u00fbt\u00e9 la lecture d&rsquo;aucun livre, encore moins les sp\u00e9culations de l&rsquo;esprit\u00a0\u00bb<sup><a name=\"sdfootnote45anc\" href=\"#sdfootnote45sym\"><sup>45<\/sup><\/a><\/sup>. E. H. Carr souligne avec complaisance qu&rsquo;elle s&rsquo;int\u00e9ressait bien davantage \u00e0 la mode qu&rsquo;aux id\u00e9es sociales de son mari tout en la peignant comme une fille sans r\u00e9elle personnalit\u00e9, doutant m\u00eame qu&rsquo;elle ait pu avoir \u00ab\u00a0des pens\u00e9es et des sentiments profonds\u00a0\u00bb<sup><a name=\"sdfootnote46anc\" href=\"#sdfootnote46sym\"><sup>46<\/sup><\/a><\/sup>. Si elle accepte de partager la vie de Bakounine jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort, c&rsquo;est parce qu&rsquo;elle est une femme de nature soumise qui se laissait guider par son mari.  Madeleine Grawitz, de son c\u00f4t\u00e9, s&rsquo;\u00e9tonne qu&rsquo;un \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire tel que Bakounine\u00a0\u00bb ait pu \u00ab\u00a0s&rsquo;attacher \u00e0 un \u00eatre aussi \u00e9loign\u00e9 de ses pr\u00e9occupations\u00a0\u00bb et l&rsquo;explique par sa \u00ab\u00a0capacit\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 supporter \u00ab\u00a0les limites\u00a0\u00bb d&rsquo;Antonia<sup><a name=\"sdfootnote47anc\" href=\"#sdfootnote47sym\"><sup>47<\/sup><\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>Quoi que l&rsquo;on ait pu dire ou \u00e9crire \u00e0 son sujet, pourtant, rien ne permet d&rsquo;affirmer qu&rsquo;elle \u00e9tait r\u00e9fractaire aux id\u00e9es radicales de son mari. Bakounine la d\u00e9fend constamment dans ses lettres, n&rsquo;h\u00e9sitant pas \u00e0 la pr\u00e9senter sous les traits d&rsquo;une militante capable de garder \u00ab\u00a0infiniment mieux\u00a0\u00bb que lui le secret<sup><a name=\"sdfootnote48anc\" href=\"#sdfootnote48sym\"><sup>48<\/sup><\/a><\/sup> ou de former \u00ab\u00a0des comit\u00e9s de dames pour soutenir la cause polonaise\u00a0\u00bb<sup><a name=\"sdfootnote49anc\" href=\"#sdfootnote49sym\"><sup>49<\/sup><\/a><\/sup>. Il salue en elle une \u00ab\u00a0femme formidable\u00a0\u00bb emplie de \u00ab\u00a0d\u00e9vouement\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0t\u00e9m\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb comme \u00e0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie de chol\u00e9ra qui s\u00e9vit, \u00e0 Naples, \u00e0 l&rsquo;automne 1865<sup><a name=\"sdfootnote50anc\" href=\"#sdfootnote50sym\"><sup>50<\/sup><\/a><\/sup>.  Signalons, enfin, qu&rsquo;apr\u00e8s leur d\u00e9part d&rsquo;Italie et leur installation \u00e0 Gen\u00e8ve &#8211; o\u00f9 Bakounine va adh\u00e9rer, en juillet 1868, \u00e0 l&rsquo;Association internationale des travailleurs &#8211; Antonia fr\u00e9quente quelques temps la \u00ab\u00a0section des dames\u00a0\u00bb de l&rsquo;A.I.T. locale o\u00f9 elle a sans doute rencontr\u00e9e la f\u00e9ministe  D\u00e9sir\u00e9e Veret, l&rsquo;\u00e9pouse de l&rsquo;oweniste Jules Gay<sup><a name=\"sdfootnote51anc\" href=\"#sdfootnote51sym\"><sup>51<\/sup><\/a><\/sup>. Cette participation, toutefois, ne semble pas avoir \u00e9t\u00e9 bien appr\u00e9ci\u00e9e par les autres \u00ab\u00a0dames\u00a0\u00bb, puisque Bakounine va se plaindre de l&rsquo;ostracisme qui frappe sa femme, ce qui lui vaudra la r\u00e9ponse suivante de la part de Jules Gay en personne :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0[&#8230;] Vous avez pens\u00e9 que Mme Bakounine \u00e9tait l&rsquo;objet de quelque opposition dans la section des Dames. C&rsquo;est possible, non pour ce qui d\u00e9pend d&rsquo;elle-m\u00eame, car sous ce rapport, nous pensons que tout le monde est d&rsquo;accord, et qu&rsquo;elle est, \u00e0 juste titre, parfaitement bien vue de tout le monde ; mais, permettez-moi de vous le dire, \u00e0 cause de vous. On ne peut ignorer qu&rsquo;elle vous est enti\u00e8rement d\u00e9vou\u00e9e. Il suffit qu&rsquo;elle soit dans une r\u00e9union de femmes pour qu&rsquo;elle cherche \u00e0 y r\u00e9pandre ce que vous voulez propager ; et pr\u00e9cis\u00e9ment, les femmes craignent presque toutes vos opinions contre les <em>bourgeois<\/em> et vos opinions <em>r\u00e9volutionnaires<\/em>. De l\u00e0, un peu de crainte de l&rsquo;action sur elles de Mme Bakounine<sup><a name=\"sdfootnote52anc\" href=\"#sdfootnote52sym\"><sup>52<\/sup><\/a><\/sup>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il est plus que douteux dans ces conditions que Bakounine ait pu tenir devant ses amis \u00ab\u00a0intimes\u00a0\u00bb ou ses connaissances les propos d\u00e9sobligeants \u00e0 propos de sa femme que certains ont voulu lui pr\u00eater<sup><a name=\"sdfootnote53anc\" href=\"#sdfootnote53sym\"><sup>53<\/sup><\/a><\/sup>. Les \u00ab\u00a0limites\u00a0\u00bb intellectuelles r\u00e9elles ou suppos\u00e9es d&rsquo;Antonia, en outre, ne sont gu\u00e8re consid\u00e9r\u00e9es comme \u00e9tant r\u00e9dhibitoires \u00e0 ses yeux. Bien des ann\u00e9es apr\u00e8s, s&rsquo;il reconna\u00eet avoir fait une \u00ab\u00a0affreuse b\u00eatise\u00a0\u00bb et, plus encore, \u00ab\u00a0commis un crime\u00a0\u00bb en se mariant \u00ab\u00a0avec une jeune fille presque deux fois et demi\u00a0\u00bb plus jeune que lui<sup><a name=\"sdfootnote54anc\" href=\"#sdfootnote54sym\"><sup>54<\/sup><\/a><\/sup>, il continue \u00e0 trouver \u00ab\u00a0bien de circonstances att\u00e9nuantes\u00a0\u00bb \u00e0 ce choix au nom de sa conception moralisatrice du mariage. Rappelons que d&rsquo;apr\u00e8s cette conception, d\u00e9velopp\u00e9e d\u00e9j\u00e0 dans sa jeunesse, le mariage n&rsquo;\u00e9tait l\u00e9gitime qu&rsquo;\u00e0 condition que le mari soit en mesure de favoriser le d\u00e9veloppement intellectuel et moral de la femme. Or, comme il l&rsquo;avoue \u00e0 son ami Ogarev\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je pourrais, pour me justifier, [&#8230;] te dire que je l&rsquo;ai tir\u00e9e d&rsquo;un vulgaire trou de province, que si elle ne m&rsquo;avait pas \u00e9pous\u00e9e, elle serait devenue la femme d&rsquo;un monstre, d&rsquo;un chef de police sib\u00e9rien. [&#8230;] J&rsquo;ai r\u00e9ussi \u00e0 l&rsquo;arracher au monde des id\u00e9es triviales, \u00e0 aider son d\u00e9veloppement humain et \u00e0 la sauver de beaucoup de vulgaires tentations et amours<sup><a name=\"sdfootnote55anc\" href=\"#sdfootnote55sym\"><sup>55<\/sup><\/a><\/sup>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ces propos nous paraissent d&rsquo;autant plus significatifs que son p\u00e8re aussi s&rsquo;\u00e9tait mari\u00e9 avec une jeune fille \u00e2g\u00e9e de 18 ans, tandis que lui en avait 40. Or ce que Bakounine lui reprochera toute sa vie, c&rsquo;est justement  de ne pas avoir \u00e9t\u00e9 capable d&rsquo;\u00e9lever le statut  moral et intellectuel de son \u00e9pouse.  \u00ab\u00a0Pour se faire pardonner cet acte d&rsquo;\u00e9go\u00efsme\u00a0\u00bb, accuse-t-il, son p\u00e8re s&rsquo;\u00e9tait efforc\u00e9 \u00ab\u00a0pendant tout le reste de sa vie, de descendre \u00e0 son niveau, au lieu de la faire monter au sien\u00a0\u00bb<sup><a name=\"sdfootnote56anc\" href=\"#sdfootnote56sym\"><sup>56<\/sup><\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>Toutes les interpr\u00e9tations misogynes que le mariage de Bakounine avec Antonia a suscit\u00e9es reposent, en fait, sur l&rsquo;<em>a priori<\/em>, jamais d\u00e9montr\u00e9 et ind\u00e9montrable, qu&rsquo;il existait une sorte d&rsquo;incompatibilit\u00e9 \u00ab\u00a0physique, intellectuelle et spirituelle\u00a0\u00bb<sup><a name=\"sdfootnote57anc\" href=\"#sdfootnote57sym\"><sup>57<\/sup><\/a><\/sup> entre les deux \u00e9poux. Or cela revient \u00e0 faire l&rsquo;impasse totale sur les raisons sentimentales et affectives qui ont pu les pousser \u00e0 vivre ensemble pendant de tr\u00e8s longues ann\u00e9es en d\u00e9pit des \u00e9preuves multiples qu&rsquo;ils ont d\u00fb endurer. Antonia est bien loin de correspondre au portrait de la femme soumise \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 de son mari qu&rsquo;on a voulu brosser d&rsquo;elle et encore moins \u00e0 celle de la femme volage, trompant all\u00e9grement son mari vieux et impotent. Bien au contraire, par sa volont\u00e9 de mener une vie affective et amoureuse \u00e0 elle, tout en acceptant de rester aux c\u00f4t\u00e9s de son \u00e9poux et compagnon non pas par obligation mais par libre choix &#8211; y compris dans les pires circonstances, lorsqu&rsquo;ils seront accabl\u00e9s par la mis\u00e8re, alors m\u00eame qu&rsquo;elle est aim\u00e9e par un autre homme qui la d\u00e9sire et voudrait qu&rsquo;elle vienne habiter avec lui &#8211;  Antonia prouve \u00ab\u00a0par les faits\u00a0\u00bb qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas si \u00e9trang\u00e8re qu&rsquo;on l&rsquo;a dit aux conceptions \u00ab\u00a0sociales\u00a0\u00bb de son mari, dans le domaine de la famille tout au moins. Voil\u00e0 pourquoi, si leur union fut peut-\u00eatre \u00ab\u00a0sans lien sexuel\u00a0\u00bb elle ne fut pas moins, \u00e0 sa mani\u00e8re, une \u00ab\u00a0union admirable\u00a0\u00bb<sup><a name=\"sdfootnote58anc\" href=\"#sdfootnote58sym\"><sup>58<\/sup><\/a><\/sup>, conforme, en tout cas, \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e purement relationnelle et affective que Bakounine se faisait de la famille et du mariage.<\/p>\n<p><strong>Quand le personnel devient politique<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Bakounine, pendant toutes ses ann\u00e9es de mariage, semble \u00eatre rest\u00e9 coh\u00e9rent tant avec ses convictions profondes m\u00fbries au cours de sa jeunesse qu&rsquo;avec les id\u00e9es exprim\u00e9es dans ses cat\u00e9chismes. Accepta-t-il d\u00e8s le d\u00e9part d&rsquo;accorder \u00e0 Antonia la plus compl\u00e8te libert\u00e9\u00a0y compris en mati\u00e8re de relations sexuelles\u00a0? Impossible de le dire avec certitude mais la liaison qu&rsquo;elle engage &#8211; officiellement \u00e0 partir du d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 1867 &#8211; avec le Napolitain et ardent garibaldien Carlo Gambuzzi, ne le fait pas changer d&rsquo;avis. Bakounine a racont\u00e9, lui-m\u00eame dans sa lettre \u00e0 Ogarev de d\u00e9cembre 1869 :<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0Quand elle a rencontr\u00e9 le v\u00e9ritable amour, je ne me suis pas cru le droit d&rsquo;engager la lutte avec elle, c&rsquo;est-\u00e0-dire contre cet amour. Elle a aim\u00e9 un homme qui la vaut enti\u00e8rement, mon ami et mon fils en doctrine sociale-r\u00e9volutionnaire, Carlo Gambuzzi. Il y a deux ans et demi Antonia est venue me dire qu&rsquo;elle l&rsquo;aimait et je l&rsquo;ai b\u00e9nie, la priant de me regarder comme un ami et de se souvenir qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas de meilleur et de plus s\u00fbr ami que moi<sup><a name=\"sdfootnote59anc\" href=\"#sdfootnote59sym\"><sup>59<\/sup><\/a><\/sup>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p align=\"JUSTIFY\">Dans cette lettre, nous sommes bien loin de l&rsquo;image d&rsquo;un Bakounine tromp\u00e9 consentant, acceptant de fermer les yeux sur les frasques de sa jeune \u00e9pouse, que certains t\u00e9moins ou commentateurs ont voulu accr\u00e9diter<sup><a name=\"sdfootnote60anc\" href=\"#sdfootnote60sym\"><sup>60<\/sup><\/a><\/sup>. Ce qui ressort toujours et encore, c&rsquo;est la ferme volont\u00e9 de Bakounine de rester en coh\u00e9rence avec ses id\u00e9es, respectueux du libre choix de sa femme.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La naissance d&rsquo;abord d&rsquo;un premier enfant, Carlo, puis de deux autres, Sophie et Marussia, viendra, toutefois, consid\u00e9rablement compliquer les choses.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ne sachant pas comment Bakounine r\u00e9agirait, sa femme lui cache sa grossesse et d\u00e9cide d&rsquo;accoucher en secret de Carlo (Carluccio pour la famille). D&rsquo;apr\u00e8s le t\u00e9moignage de Bakounine\u00a0: \u00ab\u00a0[&#8230;] Lors du Congr\u00e8s de Gen\u00e8ve [septembre 1867], [&#8230;] Antonia s&rsquo;est trouv\u00e9e enceinte. Par manque de confiance, elle m&rsquo;a cach\u00e9 sa grossesse, elle a support\u00e9 d&rsquo;effroyables tourments, tromp\u00e9 tout le monde et, sous pr\u00e9texte de faire une excursion, est all\u00e9e accoucher dans un village des environs de Vevey [ao\u00fbt 1868], s&rsquo;exposant, ainsi que l&rsquo;enfant, \u00e0 un grand danger. Pr\u00e9venu \u00e0 mon insu, Gambuzzi est arriv\u00e9 et a pris l&rsquo;enfant avec lui \u00e0 Naples. Antonia s&rsquo;est r\u00e9tabli\u00a0; quant \u00e0 moi, je ne soup\u00e7onnais toujours rien<sup><a name=\"sdfootnote61anc\" href=\"#sdfootnote61sym\"><sup>61<\/sup><\/a><\/sup>.\u00a0\u00bb Ce n&rsquo;est que suite \u00e0 un \u00ab\u00a0incident\u00a0\u00bb qu&rsquo;il d\u00e9couvre la v\u00e9rit\u00e9, en octobre 1868, mais m\u00eame dans ces circonstances il prend le parti de sa femme<sup><a name=\"sdfootnote62anc\" href=\"#sdfootnote62sym\"><sup>62<\/sup><\/a><\/sup>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0Que je n&rsquo;aie pas appris la chose plus t\u00f4t, ce n&rsquo;est pas la faute d&rsquo;Antonia mais celle de Gambuzzi. &#8211; pr\u00e9cise-t-il \u00e0 Ogarev &#8211; D\u00e8s le d\u00e9but elle voulait tout me dire, mais il exigea d&rsquo;elle et la supplia de ne me parler de rien. Sous ce rapport, comme sous beaucoup d&rsquo;autres, il s&rsquo;est montr\u00e9 au-dessous d&rsquo;elle. \u00c9lev\u00e9 dans le monde bourgeois de l&rsquo;Italie, il ne peut encore se lib\u00e9rer du culte des convenances et du point d&rsquo;honneur, et pr\u00e9f\u00e8re fr\u00e9quemment les petits chemins sinueux \u00e0 la grande route droite. Je dirai pour sa justification que la pens\u00e9e le terrifiait effectivement de m&rsquo;affliger et de m&rsquo;offenser. Il a pour moi un attachement filial et une amiti\u00e9 incontestablement chaleureuse<sup><a name=\"sdfootnote63anc\" href=\"#sdfootnote63sym\"><sup>63<\/sup><\/a><\/sup>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p align=\"JUSTIFY\">Cette d\u00e9couverte inopin\u00e9e ne va pas changer pour autant ses convictions\u00a0:<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0[&#8230;] J&rsquo;ai r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 Antonia qu&rsquo;elle \u00e9tait enti\u00e8rement libre et l&rsquo;ai pri\u00e9e de d\u00e9cider de son propre sort, sans aucune consid\u00e9ration \u00e0 mon \u00e9gard, de la fa\u00e7on qu&rsquo;elle croirait la meilleure\u00a0: rester avec moi en tant qu&rsquo;\u00e9pouse &#8211; bien entendu \u00e9pouse uniquement pour le public &#8211; ou se s\u00e9parer de moi et vivre \u00e0 Naples ouvertement comme \u00e9pouse de Gambuzzi. Elle s&rsquo;est d\u00e9cid\u00e9e pour la premi\u00e8re solution pour les raisons suivantes\u00a0: avant tout elle est habitu\u00e9e \u00e0 moi, et l&rsquo;id\u00e9e lui paraissait insupportable d&rsquo;en vivre s\u00e9par\u00e9e\u00a0; en second lieu, elle craignait d&rsquo;\u00eatre une charge pour Gambuzzi, craignait de le mettre dans une situation dont il ne saurait pas se tirer, vu ses pr\u00e9jug\u00e9s sociaux, avec honneur. De sorte que nous avons d\u00e9cid\u00e9 tous les trois que tout resterait comme avant. L&rsquo;enfant passerait l&rsquo;hiver \u00e0 Naples (cette d\u00e9cision fut prise en octobre 1868) et, [au printemps], Antonia se rendrait en Italie, soi-disant aupr\u00e8s d&rsquo;une amie polonaise malade qui mourrait en \u00e9t\u00e9 et confierait son fils \u00e0 Antonia<sup><a name=\"sdfootnote64anc\" href=\"#sdfootnote64sym\"><sup>64<\/sup><\/a><\/sup>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p align=\"JUSTIFY\">Les choses ne se passeront pas tout \u00e0 fait comme pr\u00e9vu. Fin mars 1869, Antonia se rend \u00e0 Naples aupr\u00e8s de son enfant et, comme Bakounine le craignait, elle tombe \u00e0 nouveau enceinte. Encore une fois, la question de savoir qui allait se charger de la garde des enfants va se poser d&rsquo;une mani\u00e8re imp\u00e9rieuse et, une nouvelle fois, ce sont les liens affectifs et non pas les liens de sang qui sont mis en avant. Mais laissons la parole \u00e0 Bakounine :<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0Alors Gambuzzi lui proposa de venir faire ses couches \u00e0 Naples et de laisser le nouvel enfant enti\u00e8rement \u00e0 sa tutelle\u00a0; renon\u00e7ant compl\u00e8tement \u00e0 lui, elle reviendrait aupr\u00e8s de moi apr\u00e8s les couches, avec le fils, <em>notre enfant adoptif de l&rsquo;amie polonaise d\u00e9c\u00e9d\u00e9e<\/em> (bien entendu un mythe). Antonia s&rsquo;insurgea contre cette proposition et d\u00e9clara cat\u00e9goriquement que, pour rien au monde et pour quelque consid\u00e9ration que ce soit, elle n&rsquo;abandonnerait son enfant. Entre elle et Gambuzzi la lutte s&rsquo;engagea. Ils firent appel \u00e0 moi comme juge. Je pris, \u00e9videmment, le parti d&rsquo;Antonia et \u00e9crivis \u00e0 Gambuzzi que son plan \u00e9tait monstrueux, qu&rsquo;une m\u00e8re capable d&rsquo;abandonner son enfant, pour quelque consid\u00e9ration sociale que ce soit, serait \u00e0 mes yeux <em>un monstre<\/em>. Alors, Antonia m&rsquo;adressa cette pri\u00e8re\u00a0: quitter Gen\u00e8ve, venir en Italie et reconna\u00eetre les deux enfants comme miens. Je ne fus pas long \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir et acceptai. Je me sentis oblig\u00e9 d&rsquo;accepter, car je ne voyais pas d&rsquo;autre moyen de sauver Antonia\u00a0; et ayant commis un crime envers elle, j&rsquo;avais le devoir de la sauver. Cela se passait en juillet ou en ao\u00fbt de cette ann\u00e9e [&#8230;]<sup><a name=\"sdfootnote65anc\" href=\"#sdfootnote65sym\"><sup>65<\/sup><\/a><\/sup>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p align=\"JUSTIFY\">C&rsquo;est donc \u00e0 l&rsquo;insu de tous, exception faite de quelques \u00ab\u00a0intimes\u00a0\u00bb, que Bakounine quitte Gen\u00e8ve pour s&rsquo;installer \u00e0 Locarno, en novembre 1869, en attendant l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;Antonia. Mais celle-ci h\u00e9site encore.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0Pendant plus de deux semaines, &#8211; \u00e9crit-il \u00e0 Ogarev &#8211; je ne re\u00e7us pas un mot de r\u00e9ponse ni \u00e0 mon t\u00e9l\u00e9gramme, ni aux lettres envoy\u00e9es apr\u00e8s lui [Gambuzzi]. Je compris qu&rsquo;entre eux la lutte continuait\u00a0; je leur \u00e9crivis une <em>lettre synodique<\/em> dans laquelle, tout en leur montrant sous son v\u00e9ritable jour notre situation mutuelle, je leur indiquais deux issues pour en sortir et exigeais qu&rsquo;ils se d\u00e9cident pour l&rsquo;une ou pour l&rsquo;autre, \u00e0 savoir\u00a0: ou bien, Antonia, renon\u00e7ant une fois pour toutes \u00e0 l&rsquo;amour de Gambuzzi, et se contentant de son amiti\u00e9, reviendra <em>imm\u00e9diatement <\/em>chez moi avec <em>mon<\/em> fils et <em>mon <\/em>futur enfant, ou bien elle restera \u00e0 Naples comme \u00e9pouse, reconnue devant tout le monde, de Gambuzzi, avec les deux enfants de celui-ci, reconnus \u00e9galement par lui. Je mis d&rsquo;avance ma signature au bas de l&rsquo;une et de l&rsquo;autre d\u00e9cision, mais j&rsquo;exigeais qu&rsquo;ils adoptent l&rsquo;une ou l&rsquo;autre sans d\u00e9lai et d\u00e9clarais que je ne souscrirais encore \u00e0 la premi\u00e8re qu&rsquo;\u00e0 condition qu&rsquo;elle entre imm\u00e9diatement en vigueur<sup><a name=\"sdfootnote66anc\" href=\"#sdfootnote66sym\"><sup>66<\/sup><\/a><\/sup>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p align=\"JUSTIFY\">En d\u00e9finitive, Antonia choisit une fois encore de vivre dans la g\u00e8ne avec son compagnon et \u00e9poux plut\u00f4t que de rester dans un confort bourgeois aux c\u00f4t\u00e9s du g\u00e9niteur de ses enfants. C&rsquo;est apr\u00e8s un voyage \u00e9prouvant, enceinte de huit mois et avec un enfant de 18 mois, qu&rsquo;elle arrive \u00e0 Arona, \u00e0 la fronti\u00e8re italo-suisse, o\u00f9 Bakounine l&rsquo;attend. Conform\u00e9ment \u00e0 ses engagements, Bakounine va adopter les enfants biologiques de Gambuzzi. Antonia, de son c\u00f4t\u00e9, apr\u00e8s avoir accouch\u00e9 de Sophie (14 janvier 1870), contrairement \u00e0 ce que croyait (esp\u00e9rait\u00a0?) son \u00e9poux, ne met pas fin \u00e0 ses relations amoureuses avec son amant et continue de le voir jusqu&rsquo;au d\u00e9c\u00e8s de son \u00e9poux, au grand scandale de tous ceux qui s&rsquo;approchent du couple au cours de ces ann\u00e9es<sup><a name=\"sdfootnote67anc\" href=\"#sdfootnote67sym\"><sup>67<\/sup><\/a><\/sup>. L&rsquo;amour d&rsquo;Antonia pour son \u00e9poux n&rsquo;est pourtant pas feint. Dans une des tr\u00e8s rares lettres qui ont \u00e9t\u00e9 gard\u00e9es, elle lui fait cet aveu sans \u00e9quivoque qui confirme les liens \u00e9lectifs qui unissent le couple\u00a0: \u00ab\u00a0[&#8230;] Quand je ne re\u00e7ois pas de lettres de toi pendant longtemps, une telle angoisse me saisit que c&rsquo;en est affreux\u00a0\u00bb<sup><a name=\"sdfootnote68anc\" href=\"#sdfootnote68sym\"><sup>68<\/sup><\/a><\/sup>. Confront\u00e9e aux difficult\u00e9s mat\u00e9rielles croissantes, elle vole au secours de son \u00e9poux et se tourne vers Gambuzzi pour lui signaler que la question \u00e9conomique accablait Bakounine au point de le tuer \u00ab\u00a0moralement\u00a0\u00bb<sup><a name=\"sdfootnote69anc\" href=\"#sdfootnote69sym\"><sup>69<\/sup><\/a><\/sup>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;adoption des enfants de Gambuzzi laissait en suspens la question \u00e9pineuse de leur \u00e9ducation et de leur entretien. Bakounine reconnaissait tout \u00e0 fait l\u00e9gitime et \u00ab\u00a0incontestable\u00a0\u00bb le droit de leur g\u00e9niteur \u00e0 \u00ab\u00a0les prendre en charge et de diriger, avec Antonia, leur \u00e9ducation<sup><a name=\"sdfootnote70anc\" href=\"#sdfootnote70sym\"><sup>70<\/sup><\/a><\/sup>\u00bb. Il est ainsi convenu que Gambuzzi verserait tous les mois 150 francs dans la caisse commune et que lui en ferait autant<sup><a name=\"sdfootnote71anc\" href=\"#sdfootnote71sym\"><sup>71<\/sup><\/a><\/sup>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le <em>Carne<\/em>t, sorte de \u00ab\u00a0calendrier-journal\u00a0\u00bb des ann\u00e9es 1871-1872, sur lequel Bakounine inscrit jour apr\u00e8s jour toutes ses activit\u00e9s publiques et priv\u00e9es, montre le maintien de relations \u00e9pistolaires tr\u00e8s suivies entre Antonia et Gambuzzi d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, mais aussi entre le Russe et son disciple napolitain. Malheureusement, aucune des lettres \u00e9chang\u00e9es entre Antonia et son amant  n&rsquo;est arriv\u00e9e int\u00e9gralement jusqu&rsquo;\u00e0 nous. Ce <em>Carnet<\/em> fait \u00e9galement \u00e9tat de versements assez r\u00e9currents de sommes d&rsquo;argent de la part de Gambuzzi &#8211; conform\u00e9ment \u00e0 leur accord pour l&rsquo;entretien de ses enfants biologiques, tr\u00e8s probablement. Il nous apprend aussi que les deux amants continuent \u00e0 se voir. Tant\u00f4t c&rsquo;est Carlo qui se d\u00e9place en Suisse, tant\u00f4t c&rsquo;est Antonia qui se rend \u00e0 Naples<sup><a name=\"sdfootnote72anc\" href=\"#sdfootnote72sym\"><sup>72<\/sup><\/a><\/sup>. Lorsqu&rsquo;elle d\u00e9cide d&rsquo;aller visiter sa famille en Sib\u00e9rie, suite \u00e0 la mort de son fr\u00e8re \u00e2g\u00e9 de 24 ans, c&rsquo;est \u00e0 Arona qu&rsquo;ils se donnent rendez-vous une derni\u00e8re fois avant son d\u00e9part. \u00ab\u00a0Antonia retourne avec Carlo\u00a0\u00bb note Bakounine dans son <em>Carnet<\/em><sup><a name=\"sdfootnote73anc\" href=\"#sdfootnote73sym\"><sup>73<\/sup><\/a><\/sup>. Cinq jours apr\u00e8s, Antonia part via l&rsquo;Allemagne. Elle est \u00e0 nouveau enceinte d&rsquo;un troisi\u00e8me enfant<sup><a name=\"sdfootnote74anc\" href=\"#sdfootnote74sym\"><sup>74<\/sup><\/a><\/sup>. Cette nouvelle \u00e9preuve semble l&rsquo;avoir profond\u00e9ment affect\u00e9, ce qui lui fait \u00e9crire ces mots d\u00e9sabus\u00e9s : \u00ab\u00a0S\u00e9paration &#8211; pour combien\u00a0?  pour un an\u00a0? pour [toujours]\u00a0?<sup><a name=\"sdfootnote75anc\" href=\"#sdfootnote75sym\"><sup>75<\/sup><\/a><\/sup> \u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Et pourtant, indiff\u00e9rent aux qu&rsquo;en dira-t-on et aux convenances bourgeoises, sa seule crainte dans toutes les vicissitudes de sa vie priv\u00e9e est que ses ennemis politiques s&rsquo;en emparent pour le g\u00eaner dans ses combats, d&rsquo;o\u00f9 la confidentialit\u00e9 absolue qu&rsquo;il demande \u00e0 ses amis. Mais surtout, ce qui ressort avec le plus de force des documents qui nous sont parvenus, c&rsquo;est que, une fois la d\u00e9cision prise de continuer \u00e0 vivre avec Antonia et de consid\u00e9rer les enfants de Gambuzzi comme les siens, Bakounine prend tr\u00e8s au s\u00e9rieux son r\u00f4le d&rsquo;\u00e9poux et de p\u00e8re devant subvenir aux besoins de sa famille. Toute sa correspondance est truff\u00e9e d&rsquo;indications qui montrent son souci constant de faire face aux demandes de bien-\u00eatre tant d&rsquo;Antonia que de ses enfants. A sa mani\u00e8re, il s&rsquo;efforce d&rsquo;\u00eatre un p\u00e8re mod\u00e8le. Les marques d&rsquo;affection \u00e0 l&rsquo;encontre de ses enfants ne manquent pas. \u00ab\u00a0Mes deux petits enfants, Carlo (2 ans) et Mme Sophie (5 mois) vont bien. Tous deux sont charmants et je les aime follement\u00a0\u00bb \u00e9crit-il \u00e0 son amie la princesse Obolenskaja<sup><a name=\"sdfootnote76anc\" href=\"#sdfootnote76sym\"><sup>76<\/sup><\/a><\/sup>. Dans son <em>Carnet<\/em>, il reporte toutes les petites indispositions de ses enfants. Il nous apprend son intention de faire un arbre pour \u00ab\u00a0Carluccio\u00a0\u00bb pour la nouvelle ann\u00e9e ou pour Sophie \u00e0 l&rsquo;occasion de son anniversaire<sup><a name=\"sdfootnote77anc\" href=\"#sdfootnote77sym\"><sup>77<\/sup><\/a><\/sup>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Au risque de passer pour un \u00ab\u00a0papa g\u00e2teau\u00a0\u00bb, il n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 combler ses enfants de sucreries ou \u00e0 passer des heures enti\u00e8res \u00e0 jouer avec eux. \u00ab\u00a0Papa bonbon, dit le petit\u00a0\u00bb lui rappellera un jour Antonia<sup><a name=\"sdfootnote78anc\" href=\"#sdfootnote78sym\"><sup>78<\/sup><\/a><\/sup>. L&rsquo;obsession d&rsquo;assurer l&rsquo;avenir de sa famille, d&rsquo;ailleurs, est sans doute une des cl\u00e9s principales pour comprendre ses agissements au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie et tout sp\u00e9cialement pour \u00e9claircir les raisons de son comportement dans le psychodrame que repr\u00e9sente l&rsquo;affaire de la Baronata.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Au d\u00e9part, l&rsquo;achat par Bakounine de cette propri\u00e9t\u00e9, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Locarno, en ao\u00fbt 1873, avec l&rsquo;argent de Carlo Cafiero &#8211; une des personnalit\u00e9s les plus en vues d&rsquo;Internationale  antiautoritaire en Italie qui avait d\u00e9cid\u00e9 de mettre sa fortune au service de la r\u00e9volution -, devait \u00eatre une ruse, un moyen pour dissimuler, sous le masque paisible du bourgeois retrait\u00e9 absorb\u00e9 exclusivement par sa famille, le travail r\u00e9volutionnaire. Il avait \u00e9t\u00e9 ainsi convenu que Bakounine et sa famille r\u00e9sideraient de fa\u00e7on permanente sur place tandis que les \u00ab\u00a0amis intimes\u00a0\u00bb pourraient l&rsquo;utiliser comme \u00ab\u00a0lieu de relais, de refuge ou d&rsquo;habitation passag\u00e8re\u00a0\u00bb<sup><a name=\"sdfootnote79anc\" href=\"#sdfootnote79sym\"><sup>79<\/sup><\/a><\/sup>. Or, le moins que l&rsquo;on puisse dire, c&rsquo;est que Bakounine se prit au jeu. Profitant de l&rsquo;absence d&rsquo;Antonia, il lui fait croire qu&rsquo;il avait pu acheter cette propri\u00e9t\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 la part de son h\u00e9ritage familial. Puis, convaincu par les assurances verbales fournies par Cafiero, il \u00e9crit \u00e0 sa femme que d\u00e9sormais elle n&rsquo;avait plus \u00ab\u00a0aucune inqui\u00e9tude\u00a0\u00bb \u00e0 se faire \u00ab\u00a0pour l&rsquo;avenir de ses enfants\u00a0\u00bb<sup><a name=\"sdfootnote80anc\" href=\"#sdfootnote80sym\"><sup>80<\/sup><\/a><\/sup>. C&rsquo;est sur parole qu&rsquo;Antonia se rend alors \u00e0 la Baronata avec son vieux p\u00e8re et ses fils. D\u00e8s le lendemain de son arriv\u00e9e (le 13 juillet 1874<sup><a name=\"sdfootnote81anc\" href=\"#sdfootnote81sym\"><sup>81<\/sup><\/a><\/sup>), on la met au courant des bruits qui circulent sur son mari, d&rsquo;apr\u00e8s lesquels il \u00e9tait en train d&rsquo;abuser de la confiance de Cafiero et de le ruiner par ses d\u00e9penses  inconsid\u00e9r\u00e9es<sup><a name=\"sdfootnote82anc\" href=\"#sdfootnote82sym\"><sup>82<\/sup><\/a><\/sup>. Et lorsque Cafiero veut rentrer en possession du domaine, elle a du mal \u00e0 accepter la r\u00e9alit\u00e9<sup><a name=\"sdfootnote83anc\" href=\"#sdfootnote83sym\"><sup>83<\/sup><\/a><\/sup>. C&rsquo;est seulement le samedi 25 juillet que Bakounine, \u00ab\u00a0apr\u00e8s dix longs jours de lutte int\u00e9rieure, dont il n&rsquo;avait rien d\u00fb laisser soup\u00e7onner \u00e0 sa femme\u00a0\u00bb, signe l&rsquo;acte de cession de la Baronata \u00e0 Cafiero<sup><a name=\"sdfootnote84anc\" href=\"#sdfootnote84sym\"><sup>84<\/sup><\/a><\/sup>. Pour se disculper, Bakounine \u00e9crira dans son <em>M\u00e9moire justificatif<\/em> &#8211; r\u00e9dig\u00e9 fin juillet 1874 \u00e0 l&rsquo;intention de sa femme &#8211; que s&rsquo;il avait accept\u00e9 la proposition ambigu\u00eb de Cafiero, c&rsquo;\u00e9tait avant toute chose non pas pour lui mais \u00e0 cause de son \u00ab\u00a0inqui\u00e9tude pour l&rsquo;avenir de [sa] [famille], et [son] tr\u00e8s grand d\u00e9sir de lui donner un refuge et d&rsquo;assurer jusqu&rsquo;\u00e0 un certain point son avenir.\u00a0\u00bb Selon son propre aveu, c&rsquo;est \u00ab\u00a0l&rsquo;id\u00e9e du d\u00e9sespoir et de l&rsquo;abyme\u00a0\u00bb dans lequel il allait \u00ab\u00a0plonger\u00a0\u00bb Antonia et son p\u00e8re qui le rendra \u00ab\u00a0l\u00e2che\u00a0\u00bb au point de ne pas rendre imm\u00e9diatement la propri\u00e9t\u00e9 de la Baronata \u00e0 Cafiero<sup><a name=\"sdfootnote85anc\" href=\"#sdfootnote85sym\"><sup>85<\/sup><\/a><\/sup>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Pour se racheter, Bakounine se propose alors &#8211; \u00e0 l&rsquo;insu d&rsquo;Antonia &#8211; de partir pour Bologne pour participer \u00e0 l&rsquo;insurrection que les internationalistes italiens ont projet\u00e9e. Il parle de vouloir mourir sur les barricades mais c&rsquo;est \u00e0 contrec\u0153ur qu&rsquo;il se rend sur place car il d\u00e9sapprouve l&rsquo;initiative et son d\u00e9sir le plus vif est de rester en Suisse aux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;Antonia. Or c&rsquo;est justement cet attachement \u00e0 sa femme qui va choquer le plus ses amis jurassiens. Trente cinq ans apr\u00e8s, Guillaume se montre encore outr\u00e9 vis-\u00e0-vis des propos rapport\u00e9s par Cafiero d&rsquo;apr\u00e8s lequel Bakounine voulait faire de la Baronata \u00ab\u00a0un paradis pour Antonia\u00a0\u00bb<sup><a name=\"sdfootnote86anc\" href=\"#sdfootnote86sym\"><sup>86<\/sup><\/a><\/sup>. \u00ab\u00a0Cette faiblesse d&rsquo;un vieillard envers une jeune femme, qui \u00e9tait pour nous une \u00e9trang\u00e8re et qui ne sympathisait nullement avec les id\u00e9es qui nous \u00e9taient ch\u00e8res, nous irrita profond\u00e9ment, nous Jurassiens\u00a0\u00bb rappelle-t-il<sup><a name=\"sdfootnote87anc\" href=\"#sdfootnote87sym\"><sup>87<\/sup><\/a><\/sup>. A aucun moment, ces fiers militants ne semblent prendre au s\u00e9rieux ce qui pourtant semple cr\u00e8ver les yeux\u00a0: l&rsquo;importance que Bakounine accorde au lien familial librement choisi et l&rsquo;amour qu&rsquo;il porte \u00e0 sa femme. Faut-il vraiment lui en vouloir si, au lieu de partager l&rsquo;avis d&rsquo;un Netcha\u00efev &#8211; pour qui le vrai r\u00e9volutionnaire ne pouvait avoir \u00ab\u00a0ni int\u00e9r\u00eats personnels\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0ni sentiments, ni attachements\u00a0\u00bb -, il fait preuve d&rsquo;un penchant manifeste pour ce que Fourier appelle le \u00ab\u00a0familisme\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">En outre, injustice supr\u00eame, si Bakounine est \u00e0 demi pardonn\u00e9 car il est jug\u00e9 comme un \u00ab\u00a0homme de c\u0153ur qui a p\u00each\u00e9 par une bont\u00e9 irr\u00e9fl\u00e9chie et excessive\u00a0\u00bb, aucun \u00e9gard n&rsquo;est r\u00e9serv\u00e9 pour Antonia, la femme, coupable d&rsquo;\u00eatre &#8211; tare r\u00e9dhibitoire &#8211; \u00ab\u00a0d\u00e9licate, jolie, extraordinairement soign\u00e9e et coquette de sa personne\u00a0\u00bb<sup><a name=\"sdfootnote88anc\" href=\"#sdfootnote88sym\"><sup>88<\/sup><\/a><\/sup>. Ces militants qui veulent refaire le monde semblent aussi ignorer qu&rsquo;Antonia s&rsquo;occupe seule de tout le travail m\u00e9nager, sans compter la charge que repr\u00e9sente le fait d&rsquo;\u00e9lever sans aide trois enfants en bas \u00e2ge. Comme l&rsquo;a soulign\u00e9 avec justesse Madeleine Grawitz, \u00ab\u00a0[Elle] manquait peut-\u00eatre d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour la politique, mais plus s\u00fbrement encore de temps\u00a0\u00bb<sup><a name=\"sdfootnote89anc\" href=\"#sdfootnote89sym\"><sup>89<\/sup><\/a><\/sup>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Une nouvelle fois, Bakounine ne mourra pas sur les barricades car l&rsquo;insurrection avorte. Rentr\u00e9 en Suisse, il s&rsquo;installe \u00e0 Lugano avec Antonia qui, apr\u00e8s son \u00e9norme d\u00e9ception, accepte malgr\u00e9 tout qu&rsquo;il revienne vivre aupr\u00e8s d&rsquo;elle. La vie familiale peut recommencer.\u00a0\u00ab\u00a0Apr\u00e8s d\u00een\u00e9 [<em>sic<\/em>] avec Carluccio en ville\u00a0\u00bb confie-t-il sur son <em>Carnet<\/em>.<sup><a name=\"sdfootnote90anc\" href=\"#sdfootnote90sym\"><sup>90<\/sup><\/a><\/sup> A son entourage, il voudra prouver que la Baronata ne lui manque pas<sup><a name=\"sdfootnote91anc\" href=\"#sdfootnote91sym\"><sup>91<\/sup><\/a><\/sup>. Comptant sur l&rsquo;h\u00e9ritage familial, il ach\u00e8te, en mars 1875, une petite maison pr\u00e8s de Lugano<sup><a name=\"sdfootnote92anc\" href=\"#sdfootnote92sym\"><sup>92<\/sup><\/a><\/sup>. H\u00e9las\u00a0! le spectre de la mis\u00e8re est toujours l\u00e0 et Bakounine va \u00eatre oblig\u00e9 au cours des deux derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie de qu\u00e9mander encore et encore des subsides suppl\u00e9mentaires \u00e0 Cafiero et \u00e0 bien d&rsquo;autres &#8211; \u00e0 commencer par Gambuzzi\u00a0! &#8211; pour subvenir \u00e0 ses besoins et \u00e0 ceux des siens<sup><a name=\"sdfootnote93anc\" href=\"#sdfootnote93sym\"><sup>93<\/sup><\/a><\/sup>. C&rsquo;est pourtant sans la pr\u00e9sence d&rsquo;Antonia (en d\u00e9placement en Italie) et de ses enfants que Bakounine d\u00e9c\u00e8de le 1er juillet 1876. Pr\u00e9venue en retard, elle ne peut pas assister \u00e0 ses fun\u00e9railles, ce qui n&rsquo;est pas fait pour d\u00e9plaire aux amis et compagnons de son d\u00e9funt mari qui, on l&rsquo;a vu, ne l&rsquo;appr\u00e9cient gu\u00e8re<sup><a name=\"sdfootnote94anc\" href=\"#sdfootnote94sym\"><sup>94<\/sup><\/a><\/sup>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de ses jours, pourtant, Bakounine n&rsquo;a pas d\u00e9rog\u00e9 \u00e0 ses principes. Tout en respectant la libert\u00e9 de sa femme, il se montre soucieux du bien-\u00eatre et de l&rsquo;avenir des siens au sein d&rsquo;une famille non pas subie mais choisie. Elective et relationnelle, d\u00e9gag\u00e9e de ses scories autoritaires et patriarcales, source d&rsquo;\u00e9panouissement individuel et d&rsquo;enrichissement r\u00e9ciproque pour les \u00e9poux, la conception que Bakounine peut se faire de la famille appara\u00eet de ce fait comme \u00e9tonnamment moderne. Antonia, de son c\u00f4t\u00e9, apr\u00e8s la mort de son mari, ira vivre \u00e0 Naples avec Gambuzzi qui l&rsquo;\u00e9pousera en 1879 et adoptera \u00ab\u00a0officiellement\u00a0\u00bb ses propres enfants biologiques. Cette nouvelle phase de vie commune est marqu\u00e9e par la naissance d&rsquo;une autre fille\u00a0: Tatiana. Antonia meurt \u00e0 Portici, le 2 juin 1887. Gambuzzi d\u00e9c\u00e8de le 30 avril 1902.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Dans l&rsquo;article chronologique qui est publi\u00e9 apr\u00e8s sa mort, il est dit qu&rsquo;il \u00ab\u00a0connut le grand r\u00e9volutionnaire Michel Bakounine\u00a0\u00bb, qu&rsquo;il \u00ab\u00a0se maria avec sa veuve\u00a0\u00bb et qu&rsquo;il \u00ab\u00a0aima les enfants d&rsquo;Antonia, Carlo, Sophie et Marussia, comme il aimait sa propre fille Tatiana\u00a0\u00bb<sup><a name=\"sdfootnote95anc\" href=\"#sdfootnote95sym\"><sup>95<\/sup><\/a><\/sup>.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote1sym\" href=\"#sdfootnote1anc\">1<\/a>Citons \ten particulier : M. Grawitz, <em>Michel Bakounine<\/em>, Paris, Plon, \t1990 et J-M. Angaut<em>, Libert\u00e9 et histoire chez Michel Bakounine<\/em>, \tTh\u00e8se de Doctorat en Philosophie, Universit\u00e9 Nancy 2, octobre \t2005.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote2sym\" href=\"#sdfootnote2anc\">2<\/a>M. \tBakounine, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, Paris, Champ libre, 1973-1982, \t8 volumes.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote3sym\" href=\"#sdfootnote3anc\">3<\/a> M. Bakounine, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, IIHS, Amsterdam, 2000. Sauf \tindication contraire toutes les citations de Bakounine dans la \tpr\u00e9sente \u00e9tude proviennent de cette \u00e9dition.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote4sym\" href=\"#sdfootnote4anc\">4<\/a>Chaque \tfois qu&rsquo;il est question de la vie priv\u00e9e de Bakounine tant M. \tDragomanov (<em>Correspondance de Michel Bakounine<\/em>, Paris, 1896) \tque M. Nettlau (<em>Michael Bakunin. Eine Biographie<\/em>, 1896-1900, \t3 volumes) ou J. Guillaume (<em>L&rsquo;Internationa<\/em>le, Paris, \t1905-1910, 4 tomes) omettent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment de reproduire les \tpassages de sa correspondance portant sur son intimit\u00e9 familiale ou \tde mentionner des faits importants connus par ailleurs. Cela \ts&rsquo;explique sans doute par leur souci de ne pas mettre \u00e0 la \tconnaissance du public des v\u00e9rit\u00e9s qui auraient port\u00e9es pr\u00e9judice \t\u00e0 la situation mat\u00e9rielle et \u00e0 la \u00ab\u00a0respectabilit\u00e9\u00a0\u00bb \tdes descendants de Bakounine et de ses anciennes relations dont la \tplupart \u00e9taient encore vivants.  Bien souvent, toutefois, ils \tvoulaient aussi \u00e9viter de d\u00e9voiler des comportements et des choix \tpersonnels op\u00e9r\u00e9s par Bakounine qu&rsquo;ils n&rsquo;approuvaient pas  et \tqui n&rsquo;\u00e9taient pas conformes \u00e0 l&rsquo;image id\u00e9alis\u00e9e qu&rsquo;ils se \tfaisaient de sa personne et de son engagement militant.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote5sym\" href=\"#sdfootnote5anc\">5<\/a>Sur \tcette question et les tentatives entreprises par Bakounine pour \temp\u00eacher ce mariage : M. Grawitz, <em>op. cit<\/em>., p. 24-29.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote6sym\" href=\"#sdfootnote6anc\">6<\/a>\u00ab\u00a0A \tAlexandre Bakounine\u00a0\u00bb, 15 d\u00e9cembre 1837 <em>in <\/em>M. \tBakounine, <em>op. cit<\/em>., lettre 37055.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote7sym\" href=\"#sdfootnote7anc\">7<\/a> \u00ab\u00a0Toute la vocation de l&rsquo;homme n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que le d\u00e9sir \tde s&rsquo;unir \u00e0 Dieu, de s&rsquo;unir \u00e0 lui au moyen de la r\u00e9v\u00e9lation \tchr\u00e9tienne, de la gr\u00e2ce de l&rsquo;Esprit saint, et toute sa vie et tous \tles d\u00e9tails les plus infimes de sa vie doivent \u00eatre la \tmanifestation de cette aspiration\u00a0\u00bb, <em>ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote8sym\" href=\"#sdfootnote8anc\">8<\/a>Dans \tson \u00e9tude \u00ab\u00a0Amour et mariage\u00a0\u00bb (<em>De la Justice dans \tla R\u00e9volution, et dans l&rsquo;Eglise<\/em>, Paris, M. Rivi\u00e8re, 1935, \ttome IV) Proudhon affirme que \u00ab\u00a0selon l&rsquo;id\u00e9al chr\u00e9tien [&#8230;] \tle mariage n&rsquo;a rien de commun avec l&rsquo;amour\u00a0: c&rsquo;est une \tfonction o\u00f9 tout est r\u00e9gl\u00e9 en vue de la lign\u00e9e, de la \tsuccession, de l&rsquo;alliance, des int\u00e9r\u00eats [&#8230;]\u00a0\u00bb (p. 119).  \tIl s&rsquo;en prend tout sp\u00e9cialement aux conceptions de Paul\u00a0 \tqu&rsquo;il accuse de vouloir instituer le mariage  \u00ab\u00a0simplement \tpour rem\u00e9dier \u00e0 la fornication\u00a0\u00a0\u00bb (p. 103) ce qui rend \t\u00e0 ses yeux la conception chr\u00e9tienne du mariage \u00ab\u00a0immorale\u00a0\u00bb. \t\u00ab\u00a0En instituant le devoir conjugal\u00a0\u00bb, pr\u00e9cise-t-il, si \tcelui-ci n&rsquo;est pas respect\u00e9 par un des conjoints, \u00ab\u00a0l&rsquo;infid\u00e9lit\u00e9 \tdevient pour l&rsquo;autre excusable\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0le cocuage \tdevient le corollaire du mariage\u00a0; sous ce rapport, on peut \tdire qu&rsquo;il est d&rsquo;institution catholique et apostolique\u00a0\u00bb \t(p. 122).<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote9sym\" href=\"#sdfootnote9anc\">9<\/a>M. \tBakounine, <em>op. cit<\/em>., lettre 37055.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote10sym\" href=\"#sdfootnote10anc\">10<\/a><em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote11sym\" href=\"#sdfootnote11anc\">11<\/a>Cit\u00e9 \tpar M. Grawitz, <em>op. cit<\/em>., p. 65.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote12sym\" href=\"#sdfootnote12anc\">12<\/a>\u00ab\u00a0A \tla famille\u00a0\u00bb, 4 f\u00e9vrier 1852 <em>in <\/em>M. Bakounine, <em>op. \tcit,<\/em>, lettre 52002. Cette lettre ne sera pas transmise par les \tautorit\u00e9s \u00e0 ses destinataires.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote13sym\" href=\"#sdfootnote13anc\">13<\/a><em>Programme \td&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 internationale secr\u00e8te de l&rsquo;\u00e9mancipation de \tl&rsquo;humanit\u00e9 in <\/em>M. Bakounine, <em>op. cit<\/em>., texte 64\u00a0002.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote14sym\" href=\"#sdfootnote14anc\">14<\/a>\u00ab\u00a0Principes \tet organisation de la soci\u00e9t\u00e9 internationale r\u00e9volutionnaire. I. \tObjet. II. Cat\u00e9chisme R\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb <em>in <\/em>M. \tBakounine, <em>op. cit<\/em>., texte 66\u00a0002.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote15sym\" href=\"#sdfootnote15anc\">15<\/a> \u00ab\u00a0Certificat de mariage\u00a0: copie d&rsquo;extrait du registre \td&rsquo;\u00e9tat civil d\u00e9livr\u00e9e\u00a0par le Consistoire Eccl\u00e9siastique \tde Tomsk\u00a0\u00bb  <em>in <\/em>M. Bakounine, <em>op. cit.<\/em><\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote16sym\" href=\"#sdfootnote16anc\">16<\/a>\u00ab\u00a0A \tAlexander Herzen\u00a0\u00bb, 8 d\u00e9cembre 1860 <em>in ibid.<\/em>, lettre \t60 006.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote17sym\" href=\"#sdfootnote17anc\">17<\/a>H. \tIswolsky, <em>La Vie de Bakounine<\/em>, Paris, Gallimard, 1930, p. \t169-170.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote18sym\" href=\"#sdfootnote18anc\">18<\/a><em>Ibid.<\/em>, \t1930, p. 170. M. Grawitz en reprenant \u00e0 son compte les propos de \tGrigorij Vyrubov parle de \u00ab\u00a0pseudo-union\u00a0\u00bb (o<em>p. cit<\/em>, \tp. 276). Elle envisage aussi la possibilit\u00e9 que Bakounine ait pu \tavoir des tendances homosexuelles refoul\u00e9es (<em>ibid<\/em>., p. 363).<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote19sym\" href=\"#sdfootnote19anc\">19<\/a>\u00ab\u00a0A \tNikolaj Ogarev\u00a0\u00bb, <em>16 d\u00e9cembre 1869 in <\/em>M. Bakounine, \t<em>op. cit <\/em> lettre 69064.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote20sym\" href=\"#sdfootnote20anc\">20<\/a> H.-E. Kaminski, <em>Michel Bakounine. <\/em><em>La \tvie d&rsquo;un r\u00e9volutionnaire<\/em>, Paris, B\u00e9libaste, 1971, p. 176. \tVoir aussi J. Guillaume, <em>op.cit<\/em>., I, p. 108.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote21sym\" href=\"#sdfootnote21anc\">21<\/a> \u00ab\u00a0A Aleksandr Dmitrievic Ozerskij\u00a0\u00bb, 14 mai 1858, <em>in <\/em>M. Bakounine, <em>op. cit <\/em> lettre 58 002.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote22sym\" href=\"#sdfootnote22anc\">22<\/a>Au \tm\u00eame moment Bakounine envoie des lettres \u00e0 ses amis dans \tlesquelles, tout au contraire, il affirme qu&rsquo;il est toujours \tfid\u00e8le \u00e0 ses engagements militants.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote23sym\" href=\"#sdfootnote23anc\">23<\/a>\u00ab\u00a0A \tAdolf Reichel\u00a0\u00bb, 27 d\u00e9cembre 1858,<em> in <\/em>M. Bakounine, \t<em>op. cit <\/em>, lettre 58 006.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote24sym\" href=\"#sdfootnote24anc\">24<\/a>\u00ab\u00a0A \tAlexander Herzen\u00a0\u00bb, 8 d\u00e9cembre 1860, <em>ibid, <\/em>lettre 60 \t006.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote25sym\" href=\"#sdfootnote25anc\">25<\/a>\u00ab\u00a0A \tEvdokija Ekaterina et Praskov&rsquo;ja Michajlovna\u00a0\u00bb, 4 mars 1859, \t<em>ibid.,<\/em> lettre 59 003.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote26sym\" href=\"#sdfootnote26anc\">26<\/a>\u00ab\u00a0A \tAlexander Herzen\u00a0\u00bb, 8 d\u00e9cembre 1860, <em>ibid., <\/em>lettre 60 \t006.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote27sym\" href=\"#sdfootnote27anc\">27<\/a>\u00ab\u00a0A \tAlexander Herzen\u00a0\u00bb, 7-15 novembre 1860, <em>ibid.,<\/em> lettre \t60 005.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote28sym\" href=\"#sdfootnote28anc\">28<\/a> \u00ab\u00a0A Natal&rsquo;ja Semenovna Bakunina-Korsakova\u00a0\u00bb, 15 avril \t1862, <em>ibid.<\/em>, lettre 62\u00a0017.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote29sym\" href=\"#sdfootnote29anc\">29<\/a><em>Cf.<\/em> Lettres du 10 septembre 1861 (61 006) et du 29 d\u00e9cembre 1861- 4 \tjanvier 1862 (61 013), <em>ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote30sym\" href=\"#sdfootnote30anc\">30<\/a> \u00ab\u00a0A Alexander Herzen\u00a0\u00bb, 3 d\u00e9cembre 1861, <em>ibid.,<\/em> lettre 61\u00a0012.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote31sym\" href=\"#sdfootnote31anc\">31<\/a> \u00ab\u00a0A Natal&rsquo;ja Semenovna Bakunina-Korsakova\u00a0\u00bb, 15 avril \t1862, <em>ibid.,<\/em> lettre 62\u00a0017.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote32sym\" href=\"#sdfootnote32anc\">32<\/a>\u00ab\u00a0A \t Michail Nalbandov\u00a0\u00bb, 6 mai 1862, <em>ibid., <\/em>lettre 62\u00a0020.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote33sym\" href=\"#sdfootnote33anc\">33<\/a> \u00ab\u00a0A Ivan Turgenev\u00a0\u00bb, 20 juin 1862, <em>ibid.,<\/em> lettre \t62\u00a0046.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote34sym\" href=\"#sdfootnote34anc\">34<\/a> \u00ab\u00a0A Antonija Ksaver&rsquo;evna Bakunina-Kwiatkowska\u00a0\u00bb, 14 juin \t1862, <em>ibid.,<\/em> lettre 62\u00a0039.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote35sym\" href=\"#sdfootnote35anc\">35<\/a>\u00ab\u00a0A \tAntonija Ksaver&rsquo;evna Bakunina-Kwiatkowska\u00a0\u00bb,  21-27 octobre \t1862, <em>ibid.,<\/em> lettre 62\u00a0086.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote36sym\" href=\"#sdfootnote36anc\">36<\/a>\u00ab\u00a0A \tEmma\u00a0\u00bb, 19 novembre 1862, <em>ibid., <\/em>lettre 62\u00a0101.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote37sym\" href=\"#sdfootnote37anc\">37<\/a> E. H. Carr, <em>Michael Bakunin<\/em>, \tLondres, The MacMillan Press, 1975, p. 255 et M. Grawitz, <em>op. \tcit<\/em>., p. 250.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote38sym\" href=\"#sdfootnote38anc\">38<\/a> \u00ab\u00a0A Josef V\u00e1clav Fric et Anna Fric\u00a0\u00bb, 10 novembre 1863 \t<em>in <\/em>M. Bakounine, <em>op. cit.<\/em> lettre 63\u00a0045. Au moins \tdans deux autres circonstances Bakounine se verra dans l&rsquo;obligation \tde laisser Antonia pour \u00ab\u00a0veuve\u00a0\u00bb\u00a0: en septembre \t1870, lors de sa participation au soul\u00e8vement communaliste de Lyon, \tet en ao\u00fbt 1874, lors de sa participation \u00e0 la tentative \tinsurrectionnelle avort\u00e9e de Bologne.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote39sym\" href=\"#sdfootnote39anc\">39<\/a>M. \tGrawitz, <em>op. cit<\/em>., \tp. 257.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote40sym\" href=\"#sdfootnote40anc\">40<\/a>\u00ab\u00a0A \tElizaveta Vasil&rsquo;evna Salias-de-Tournemire\u00a0\u00bb, 1 f\u00e9vrier 1864  \t<em>in <\/em>M. Bakounine, <em>op. cit, <\/em>lettre 64\u00a0008.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote41sym\" href=\"#sdfootnote41anc\">41<\/a> \u00ab\u00a0Ils couraient du matin \u00e0 une heure tardive de la nuit, tr\u00e8s \trarement ensemble, si bien que chacun d&rsquo;eux eut bient\u00f4t sa sph\u00e8re \td&rsquo;activit\u00e9 et ses relations [&#8230;]\u00a0\u00bb\u00a0(L. Mecnikov <em>in<\/em> A. Lehning, <em>Michel Bakounine et les autres<\/em>, Paris, UGT, 1976, \t p. 243).<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote42sym\" href=\"#sdfootnote42anc\">42<\/a>\u00ab\u00a0A \tKarl Marx\u00a0\u00bb, 7 f\u00e9vrier 1865 <em>in <\/em>M. Bakounine, <em>op. \tcit.<\/em>, lettre 65\u00a0004.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote43sym\" href=\"#sdfootnote43anc\">43<\/a>J. \tGuillaume, <em>op. cit<\/em>., III, p. 201.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote44sym\" href=\"#sdfootnote44anc\">44<\/a>Arthur \tArnould  <em>in<\/em> A. Lehning, <em>op. cit.,<\/em> p. 348.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote45sym\" href=\"#sdfootnote45anc\">45<\/a> H. Iswolsky, <em>op. cit<\/em>., p. 170.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote46sym\" href=\"#sdfootnote46anc\">46<\/a>E. \tH. Carr, <em>op. cit.<\/em>, \tp. 227.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote47sym\" href=\"#sdfootnote47anc\">47<\/a> M. Grawitz, <em>op. cit<\/em>., \tp. 218.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote48sym\" href=\"#sdfootnote48anc\">48<\/a>\u00ab\u00a0A \tAleksandr Herzen et Nikolaj Ogarev\u00a0\u00bb, 31 mars &#8211; 9 avril 1863, \t<em>in <\/em>M. Bakounine, <em>op. cit.<\/em>, lettre 63\u00a0028.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote49sym\" href=\"#sdfootnote49anc\">49<\/a>\u00ab\u00a0A \tElizaveta Vasil&rsquo;evna Salias-de-Tournemire\u00a0\u00bb, 5 janvier 1864<em>, \tibid.,<\/em> lettre 64\u00a0002.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote50sym\" href=\"#sdfootnote50anc\">50<\/a>\u00ab\u00a0A \tAleksandr  Herzen et Nikolaj Ogarev\u00a0\u00bb, 7 novembre 1865, <em>ibid<\/em>., \tlettre 65\u00a0020.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote51sym\" href=\"#sdfootnote51anc\">51<\/a><em>Cf. <\/em>les remarques de Nettlau reprises par M. Vuilleumier dans  son \t\u00e9tude \u00ab\u00a0Bakounine, l&rsquo;alliance internationale de la d\u00e9mocratie \tsocialiste et la premi\u00e8re internationale \u00e0 Gen\u00e8ve (1868-1869)\u00a0\u00bb \t<em>in Cahiers Vilfredo Pareto<\/em>, Gen\u00e8ve, 1964, n\u00b04, p. 62.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote52sym\" href=\"#sdfootnote52anc\">52<\/a>Lettre \tdu 27 janvier 1869 <em>in <\/em>Fonds Bakounine, IIHS Amsterdam.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote53sym\" href=\"#sdfootnote53anc\">53<\/a>En \tfait, tous ceux qui ont dress\u00e9 des portraits \u00e0 charge d&rsquo;Antonia \ts&rsquo;appuient principalement sur  deux t\u00e9moignages dont la v\u00e9racit\u00e9 \t laisse \u00e0 d\u00e9sirer. Selon les propos de Grigorij Vyrubov Bakounine \taurait dit  lors de son s\u00e9jour \u00e0 Naples\u00a0: \u00ab\u00a0Voyez ma \tTosa [&#8230;]. Elle est un peu niaise et ne partage pas du tout mes \tid\u00e9es\u00a0; mais elle est tr\u00e8s gentille, extr\u00eamement bonne, et \telle recopie admirablement mes manuscrits importants quand j&rsquo;ai \tbesoin qu&rsquo;on ne reconnaisse pas  mon \u00e9criture\u00a0\u00bb <em>in<\/em> A. Lehning, <em>op. cit<\/em>, p. 251. L&rsquo;autre t\u00e9moignage est celui \td&rsquo;Alexandrina Bauler  [Weber] \u00e0 qui Bakounine aurait sorti comme \tboutade\u00a0\u00e0 la fin de sa vie\u00a0: \u00ab\u00a0De toute sa vie \tAntonia n&rsquo;a pas lu un seul livre digne de ce nom.  Ou plut\u00f4t si, \trectifia-t-il aussit\u00f4t, <em>les Causes c\u00e9l\u00e8bres<\/em>, le seul livre \ts\u00e9rieux qu&rsquo;elle ait parcouru et encore parce qu&rsquo;il y avait des \timages [&#8230;]\u00a0\u00bb (<em>in<\/em> <em> ibid.<\/em>, p. 369). Ces deux \thistoires sont reprises la premi\u00e8re par H. Iswolsky  (<em>op. cit<\/em>., \tp. 196) et la deuxi\u00e8me par E. H. Carr (<em>op. cit<\/em>., p. 227) et \tpar J. Guillaume (<em>op. cit,<\/em> III, p. 255) qui les utilisent \tcomme \u00ab\u00a0preuve\u00a0\u00bb irr\u00e9futable du peu d&rsquo;estime que \tBakounine portait \u00e0 sa femme.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote54sym\" href=\"#sdfootnote54anc\">54<\/a>\u00ab\u00a0A \tNikolaj Ogarev\u00a0\u00bb, <em>16 d\u00e9cembre 1869 in <\/em>M. Bakounine, \t<em>op. cit<\/em>., lettre 69064.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote55sym\" href=\"#sdfootnote55anc\">55<\/a> <em>Ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote56sym\" href=\"#sdfootnote56anc\">56<\/a>\u00ab\u00a0Histoire \tde ma vie : premi\u00e8re partie (1814-1840)\u00a0\u00bb, 1871 <em>in <\/em>M. \tBakounine, <em>op. cit.<\/em><\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote57sym\" href=\"#sdfootnote57anc\">57<\/a> E. H. Carr, <em>op. cit<\/em>., p. 322. Cet historien ne fait que \treproduire le jugement de Guillaume d&rsquo;apr\u00e8s lequel\u00a0: \u00ab\u00a0Il \ty avait une grande distance, au point de vue intellectuel, entre \tBakounine et la femme \u00e0 laquelle il avait donn\u00e9 son nom\u00a0; \tleurs caract\u00e8res \u00e9taient \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 l&rsquo;un de l&rsquo;autre, et \tchacun d&rsquo;eux menait de son c\u00f4t\u00e9 une existence \u00e0 part.\u00a0\u00bb \t(<em>op. cit<\/em>., III, p. 254-255).<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote58sym\" href=\"#sdfootnote58anc\">58<\/a>Jeanne-Marie, \t<em>Michel Bakounine. Une vie d&rsquo;homme<\/em>, Gen\u00e8ve, Noir, 1976, p. \t166.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote59sym\" href=\"#sdfootnote59anc\">59<\/a>\u00ab\u00a0A \tNikolaj Ogarev\u00a0\u00bb, <em>16 d\u00e9cembre 1869 in <\/em>M. Bakounine, \t<em>op. cit.<\/em>, lettre 69064.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote60sym\" href=\"#sdfootnote60anc\">60<\/a>Voir \tsur ce point les notes sur la vie priv\u00e9e de Bakounine r\u00e9dig\u00e9es, \ten 1905, par Lucien Descaves pour qui \u00ab\u00a0le fait d&rsquo;avoir \tendoss\u00e9 trois enfants dont il savait que le p\u00e8re \u00e9tait Gambuzzi\u00a0\u00bb \ts&rsquo;apparentait \u00e0 une \u00ab\u00a0tache\u00a0\u00bb (Fonds Descaves, Dossier \tn\u00b0 301, IIHS Amsterdam).<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote61sym\" href=\"#sdfootnote61anc\">61<\/a>\u00ab\u00a0A \tNikolaj Ogarev\u00a0\u00bb, <em>16 d\u00e9cembre 1869 in <\/em>M. Bakounine, \t<em>op. cit.<\/em>, lettre 69064.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote62sym\" href=\"#sdfootnote62anc\">62<\/a>La \tplupart des originaux des lettres \u00e9crites par Bakounine \u00e0 Gambuzzi \tont \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9s et seul des extraits de copies r\u00e9alis\u00e9es \u00e0 la \tmain par Nettlau peuvent \u00eatre consult\u00e9s. Ce dernier, toutefois, a \tle plus souvent omis de reproduire les passages concernant les \trelations intimes entre Antonia, Bakounine et Gambuzzi.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote63sym\" href=\"#sdfootnote63anc\">63<\/a>\u00ab\u00a0A \tNikolaj Ogarev\u00a0\u00bb, 16 d\u00e9cembre 1869<em> in <\/em>M. Bakounine, \t<em>op. cit.<\/em>, lettre 69064.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote64sym\" href=\"#sdfootnote64anc\">64<\/a><em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote65sym\" href=\"#sdfootnote65anc\">65<\/a><em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote66sym\" href=\"#sdfootnote66anc\">66<\/a><em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote67sym\" href=\"#sdfootnote67anc\">67<\/a>A. \tBauler, par exemple, raconte comment elle fut outr\u00e9e en d\u00e9couvrant, \ten 1876, dans la maison de ses h\u00f4tes l&rsquo;existence d&rsquo;une chambre \tassez luxueuse r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 Gambuzzi, \u00ab\u00a0l&rsquo;amico della \tBakunina\u00a0\u00bb, tandis que celle de  Bakounine \u00e9tait des plus \tinconfortables (<em>in <\/em>A. Lehning,<em> op. cit<\/em>., p. 373).<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote68sym\" href=\"#sdfootnote68anc\">68<\/a>Cit\u00e9 \tpar M. Grawitz, <em>op. cit<\/em>., p. 450.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote69sym\" href=\"#sdfootnote69anc\">69<\/a>Cit\u00e9 \tpar A. Lehning in M. Bakounine, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, Paris, \tChamp Libre, 1982, vol 8, p. XII.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote70sym\" href=\"#sdfootnote70anc\">70<\/a>\u00a0\u00bb \tA Nikolaj Ogarev\u00a0\u00bb, 16 d\u00e9cembre 1869<em> in <\/em>M. Bakounine, \t<em>op. cit.<\/em>, lettre 69064.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote71sym\" href=\"#sdfootnote71anc\">71<\/a><em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote72sym\" href=\"#sdfootnote72anc\">72<\/a> <em>Carnet<\/em>, \t21 mars 1872, <em>Ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote73sym\" href=\"#sdfootnote73anc\">73<\/a><em>Ibid<\/em>, \t27 juin 1872.  J. Guillaume dans <em>L&rsquo;Internationale<\/em> (<em>op. \tcit<\/em>., II, p. 301) tout en faisant un large usage des carnets de \tBakounine se garde bien de reproduire ces propos ainsi que de faire \tla moindre allusion aux relations entre Antonia et Gambuzzi.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote74sym\" href=\"#sdfootnote74anc\">74<\/a>Il \ts&rsquo;agit encore d&rsquo;une fille, Marussia (M. Grawitz, <em>op. cit<\/em>., \tp. 490).<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote75sym\" href=\"#sdfootnote75anc\">75<\/a><em>Carnet<\/em>, \t3 juillet 1872 <em>in<\/em> M. Bakounine, <em>op. cit.<\/em>,<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote76sym\" href=\"#sdfootnote76anc\">76<\/a>\u00ab\u00a0A \tWalerian Mroczkowski et Zoja Sergeevna Obolenskaja\u00a0\u00bb, 31 mai \t1870 , <em>ibid<\/em>., lettre 70 050.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote77sym\" href=\"#sdfootnote77anc\">77<\/a> <em>Carnet<\/em>, 15 janvier 1871 et 14 janvier 1872, <em>ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote78sym\" href=\"#sdfootnote78anc\">78<\/a> Cit\u00e9 par M. Grawitz, <em>op. cit<\/em>., p. 450. Voir aussi le \tt\u00e9moignage d&rsquo;A. Bauler <em>in <\/em>A. Lehning,<em> op. cit<\/em>., p. \t370-371.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote79sym\" href=\"#sdfootnote79anc\">79<\/a>\u00ab\u00a0M\u00e9moire \tjustificatif\u00a0\u00bb, 28-29 juillet 1874 <em>in<\/em> M. Bakounine, <em>op. \tcit.<\/em><\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote80sym\" href=\"#sdfootnote80anc\">80<\/a><em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote81sym\" href=\"#sdfootnote81anc\">81<\/a><em>Carnet<\/em>, \t13 juillet 1874, <em>ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote82sym\" href=\"#sdfootnote82anc\">82<\/a>Bakounine \tavait voulu f\u00eater le retour de sa femme par un feu d&rsquo;artifice, ce \tqui provoqua la col\u00e8re de Cafiero qui venait lui-m\u00eame d&rsquo;apprendre \tque sa fortune s&rsquo;\u00e9tait envol\u00e9e. Sur les d\u00e9penses inconsid\u00e9r\u00e9es \t\u00e0 la fois de Bakounine et de Cafiero\u00a0voir le jugement s\u00e9v\u00e8re \tport\u00e9 par James Guillaume\u00a0(<em>op. cit<\/em>., III, p. 96-97).<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote83sym\" href=\"#sdfootnote83anc\">83<\/a>Ce \tn&rsquo;est que le 8 ao\u00fbt qu&rsquo;elle apprit que le v\u00e9ritable \tpropri\u00e9taire de la Baronata \u00e9tait Cafiero (<em>ibid.<\/em>, p. 101 et \tp. 209.).<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote84sym\" href=\"#sdfootnote84anc\">84<\/a>J. \tGuillaume, <em>op. cit<\/em>., III, p. 200.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote85sym\" href=\"#sdfootnote85anc\">85<\/a> \u00ab\u00a0M\u00e9moire justificatif\u00a0\u00bb, <em>in<\/em> M. Bakounine<em> op. \tcit. <\/em><\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote86sym\" href=\"#sdfootnote86anc\">86<\/a>J. \tGuillaume,  <em>op. cit<\/em>., III, p. 200.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote87sym\" href=\"#sdfootnote87anc\">87<\/a><em>Ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote88sym\" href=\"#sdfootnote88anc\">88<\/a><em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote89sym\" href=\"#sdfootnote89anc\">89<\/a>M. \tGrawitz, <em>op. cit<\/em>., \tp. 567.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote90sym\" href=\"#sdfootnote90anc\">90<\/a><em>Carnet<\/em>, \t11octobre 1874 <em>in<\/em> M. Bakounine<em> op. cit. <\/em><\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote91sym\" href=\"#sdfootnote91anc\">91<\/a>J. \tGuillaume, <em>op. cit<\/em>., III, p. 254.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote92sym\" href=\"#sdfootnote92anc\">92<\/a>M. \tGrawitz, <em>op. cit<\/em>., \tp. 575.<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote93sym\" href=\"#sdfootnote93anc\">93<\/a>Afin \td&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 leurs cr\u00e9anciers, Michel et Antonia vont m\u00eame \taccepter la proposition de Gambuzzi d&rsquo;aller s&rsquo;installer \u00e0 \tNaples, projet qui ne se concr\u00e9tisera pas suite \u00e0 la mort de \tBakounine  (J. Guillaume, <em>op. cit<\/em>., IV, p. 26 et M. Grawitz, \t<em>op. cit<\/em>., p. 580).<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote94sym\" href=\"#sdfootnote94anc\">94<\/a>Elle \tn&rsquo;arrive que trois jours apr\u00e8s les obs\u00e8ques\u00a0 (J. Guillaume, \t<em>op. cit<\/em>., IV, p.35).<\/p>\n<p><a name=\"sdfootnote95sym\" href=\"#sdfootnote95anc\">95<\/a><em>In \tmemoria di Carlo Gambuzzi nel trigesimo della morte<\/em>, Naples, 31 \tmai 1902, num\u00e9ro unique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une fois n&rsquo;est pas coutume, je c\u00e8de le clavier \u00e0 un autre bakouninien, en l&rsquo;occurrence Gaetano Manfredonia, pour la version longue d&rsquo;une contribution qu&rsquo;il vient de publier par ailleurs dans un volume d&rsquo;hommages \u00e0 Ronald Creagh. Deux raisons \u00e0 cela: je n&rsquo;aurais pas fait mieux sur la question, et Gaetano me l&rsquo;a gentiment propos\u00e9. 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