{"id":1148,"date":"2018-11-26T12:15:34","date_gmt":"2018-11-26T10:15:34","guid":{"rendered":"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs\/bakounine\/?p=1148"},"modified":"2018-11-19T12:23:28","modified_gmt":"2018-11-19T10:23:28","slug":"autoportrait-dun-revolutionnaire-en-deroute-a-propos-de-la-confession","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/autoportrait-dun-revolutionnaire-en-deroute-a-propos-de-la-confession-1148\/","title":{"rendered":"Autoportrait d&rsquo;un r\u00e9volutionnaire en d\u00e9route (\u00e0 propos de la Confession)"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-631\" src=\"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/wp-content\/uploads\/confcouv-190x300.jpg\" alt=\"\" width=\"190\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/wp-content\/uploads\/confcouv-190x300.jpg 190w, http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/wp-content\/uploads\/confcouv.jpg 194w\" sizes=\"(max-width: 190px) 100vw, 190px\" \/><\/p>\n<p>Plus de cinq ann\u00e9es apr\u00e8s la r\u00e9\u00e9dition de la\u00a0<em>Confession<\/em> de Bakounine aux \u00e9ditions du Passager Clandestin (que je salue ici, et auxquelles je souhaite longue vie), je donne le texte de la pr\u00e9face que j&rsquo;avais \u00e9crite pour l&rsquo;occasion.<\/p>\n<p>Et quitte \u00e0 donner dans l&rsquo;auto-promotion \u00e9hont\u00e9e, je rappelle que cette \u00e9dition de la <em>Confession<\/em> est la plus fiable disponible sur le march\u00e9, notamment parce que nous avons corrig\u00e9 quantit\u00e9 de patronymes qui avaient souffert de leur passage du latin au cyrillique, puis du cyrillique au latin, et parce que nous avons ajout\u00e9 des notes pour chacun des personnages que mentionne Bakounine dans le texte. Bonne lecture!<!--more--><\/p>\n<p align=\"center\"><b>Autoportrait d&rsquo;un r\u00e9volutionnaire en d\u00e9route<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\"><i>Un texte d\u00e9routant<\/i><\/p>\n<p align=\"justify\">Le manuscrit de ce que l&rsquo;on appelle la <i>Confession<\/i> de Bakounine, r\u00e9dig\u00e9 par le r\u00e9volutionnaire russe au d\u00e9but de son emprisonnement dans son pays natal en 1851, fut d\u00e9couvert au lendemain de la r\u00e9volution de 1917 dans les archives de la IIIe section, la police politique du tsar. La premi\u00e8re publication compl\u00e8te du texte, soixante-dix ans apr\u00e8s sa r\u00e9daction, ne manqua pas de d\u00e9concerter les lecteurs, tant elle semblait \u00e9corner l&rsquo;image d&rsquo;une figure historique du mouvement r\u00e9volutionnaire russe, qui paraissait s&rsquo;humilier devant son tsar, confesser ses p\u00each\u00e9s et demander la cl\u00e9mence pour ses crimes. Mais la publication du texte \u00e0 une p\u00e9riode troubl\u00e9e \u2013 qui co\u00efncidait avec la fin de la guerre civile, la r\u00e9pression du mouvement anarchiste et l&rsquo;\u00e9crasement de la r\u00e9volte de Cronstadt \u2013 contribua aussi au caract\u00e8re passionn\u00e9 de sa r\u00e9ception. Deux attitudes s&rsquo;oppos\u00e8rent radicalement\u00a0: les uns, prenant au s\u00e9rieux le ton repentant de Bakounine, consid\u00e9raient que le texte \u00e9tait accablant pour sa m\u00e9moire\u00a0; les autres voyaient dans l&rsquo;attitude de Bakounine une feinte destin\u00e9e \u00e0 tromper un ennemi puissant et \u00e0 recouvrer au plus vite une libert\u00e9 qui lui aurait permis, suivant les termes d&rsquo;une lettre qu&rsquo;il fit passer secr\u00e8tement \u00e0 sa s\u0153ur en f\u00e9vrier 1854, de \u00ab\u00a0recommencer ce qui d\u00e9j\u00e0 m&rsquo;a amen\u00e9 ici, seulement avec plus sagesse et plus de pr\u00e9voyance peut-\u00eatre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Au cours des d\u00e9cennies suivantes, ces r\u00e9actions \u00e0 la lecture de la <i>Confession<\/i> se r\u00e9partirent en g\u00e9n\u00e9ral entre partisans et adversaires de l&rsquo;anarchisme. C&rsquo;est ce dont t\u00e9moigne la publication simultan\u00e9e, en 1974, d&rsquo;une r\u00e9\u00e9dition de la traduction du texte par Pauline Brupbacher<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a> (qui sert de base \u00e0 la pr\u00e9sente \u00e9dition), et d&rsquo;une nouvelle traduction en annexe du livre de Jacques Duclos, <i>Bakounine et Marx. Ombre et lumi\u00e8re<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a><\/i>. Max Nettlau, le premier grand biographe de Bakounine, souligne d&rsquo;une mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9t\u00e9e dans ses notes \u00e0 la traduction Brupbacher que Bakounine n&rsquo;affecte le repentir et l&rsquo;all\u00e9geance au tsar que lorsqu&rsquo;il s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 lui ass\u00e9ner de p\u00e9nibles v\u00e9rit\u00e9s, notamment sur l&rsquo;\u00e9tat de la Russie. Inversement, le livre de Jacques Duclos, monument de rh\u00e9torique stalinienne, voit dans la <i>Confession<\/i> de Bakounine \u00ab\u00a0le mis\u00e9rable reniement de son action militante\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a> et n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 sugg\u00e9rer lourdement que Bakounine aurait pu \u00eatre un agent du tsar. Ind\u00e9pendamment de la tr\u00e8s in\u00e9gale qualit\u00e9 de ces deux lectures, le fait de surd\u00e9terminer le sens de ce texte par ce qu&rsquo;il r\u00e9v\u00e9lerait de l&rsquo;anarchisme en g\u00e9n\u00e9ral a quelque chose de doublement paradoxal\u00a0: d&rsquo;abord parce qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 il r\u00e9dige sa <i>Confession<\/i>, Bakounine n&rsquo;est pas anarchiste et que le mouvement anarchiste n&rsquo;existera qu&rsquo;une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es plus tard<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a>\u00a0; ensuite parce que, contrairement au marxisme, l&rsquo;anarchisme n&rsquo;est pas un mouvement politique qui se d\u00e9finit par son all\u00e9geance \u00e0 une figure tut\u00e9laire, de sorte que l&rsquo;\u00e9ventuelle faillite de tel ou tel de ses repr\u00e9sentants ne saurait constituer un argument de poids pour juger de sa pertinence.<\/p>\n<p align=\"justify\">Toutefois, dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de sa r\u00e9ception, ces deux r\u00e9actions oppos\u00e9es au texte de Bakounine ne furent pas r\u00e9parties aussi sch\u00e9matiquement entre partisans et adversaires de l&rsquo;anarchisme. Initialement, le texte choqua bon nombre de libertaires, et ce furent parfois des bolcheviques qui prirent la d\u00e9fense de Bakounine en soulignant que celui-ci avait eu raison d&#8217;employer tous les moyens, y compris les plus vils, pour tenter d&rsquo;obtenir son \u00e9largissement<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a>. Parmi ces r\u00e9actions imm\u00e9diates, il faut faire un sort particulier \u00e0 celle de Victor Serge, ancien anarchiste fra\u00eechement ralli\u00e9 \u00e0 la cause bolchevique, qui eut connaissance indirectement du texte d\u00e8s 1919<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a> et qui n&rsquo;h\u00e9sita pas \u00e0 dire que celui-ci \u00e9clairait \u00ab\u00a0la personnalit\u00e9 de Bakounine d&rsquo;un jour nouveau, inattendu et p\u00e9nible\u00a0\u00bb. Pour Serge, le seul \u00e9l\u00e9ment positif du texte r\u00e9sidait dans le fait que Bakounine y ait proclam\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une dictature r\u00e9volutionnaire pour la Russie, ce en quoi il se serait montr\u00e9 proph\u00e9tique \u2013 ce qui n&rsquo;a rien d&rsquo;\u00e9tonnant si l&rsquo;on songe que Victor Serge cherchait \u00e0 cette \u00e9poque \u00e0 justifier devant ses anciens camarades sa r\u00e9cente adh\u00e9sion au parti communiste russe et peut-\u00eatre \u00e0 les convaincre de suivre une voie similaire.<\/p>\n<p align=\"justify\"><i>Un philosophe d\u00e9rout\u00e9<\/i><\/p>\n<p align=\"justify\">C&rsquo;est \u00e0 la demande personnelle du tsar que Mikha\u00efl Alexandrovitch Bakounine, qui se d\u00e9signait lui-m\u00eame en fran\u00e7ais comme Michel Bakounine, compose cette <i>Confession<\/i> au cours des mois de juillet et ao\u00fbt 1851. Il est alors emprisonn\u00e9 depuis le 23 mai dans le ravelin Alexis de la forteresse Pierre-et-Paul de Saint-P\u00e9tersbourg. Le comte Orlov, d\u00e9vou\u00e9 chef de la police du tsar charg\u00e9 de relayer aupr\u00e8s du prisonnier l&rsquo;imp\u00e9riale demande, l&rsquo;informe qu&rsquo;il est cens\u00e9 \u00e9crire au souverain \u00ab\u00a0comme un fils \u00e9crit \u00e0 son p\u00e8re spirituel\u00a0\u00bb. Dans une lettre \u00e0 Herzen du 8 d\u00e9cembre 1860, la seule qui contienne une mention de la <i>Confession<\/i>, Bakounine raconte cet \u00e9pisode et ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0J&rsquo;ai r\u00e9fl\u00e9chi quelques instants, et j&rsquo;ai pens\u00e9 que si j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 en pr\u00e9sence d&rsquo;un jury, dans un proc\u00e8s public, il aurait \u00e9t\u00e9 de mon devoir de tenir mon r\u00f4le jusqu&rsquo;au bout, mais qu&rsquo;enferm\u00e9 entre quatre murs, entre les griffes de l&rsquo;ours, je pouvais sans honte adoucir les formes.\u00a0\u00bb Les motivations qui pouss\u00e8rent alors Bakounine \u00e0 accepter sont assur\u00e9ment multiples et d\u00e9licates \u00e0 d\u00e9m\u00ealer\u00a0: \u00e0 l&rsquo;espoir d&rsquo;obtenir son \u00e9largissement ou \u00e0 tout le moins d&rsquo;adoucir les conditions de sa d\u00e9tention, s&rsquo;ajoutait sans doute l&rsquo;opportunit\u00e9 de pouvoir s&rsquo;adresser personnellement au tsar, et aussi de dresser le bilan de son action au cours des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;un des int\u00e9r\u00eats imm\u00e9diats de la <i>Confession<\/i> est qu&rsquo;elle constitue le seul texte autobiographique de quelque ampleur qu&rsquo;ait laiss\u00e9 le r\u00e9volutionnaire russe. Toutefois, ce que les th\u00e9oriciens du genre nomment le \u00ab\u00a0pacte autobiographique\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\"><sup>7<\/sup><\/a> est d&#8217;embl\u00e9e fauss\u00e9, non seulement parce que les circonstances d&rsquo;\u00e9criture du texte ne garantissent en rien que l&rsquo;auteur dise toute la v\u00e9rit\u00e9 sur sa personne et son histoire, mais surtout parce que Bakounine, s&rsquo;il affirme \u00e0 plusieurs reprises vouloir confesser au tsar l&rsquo;ensemble de ses \u00ab\u00a0p\u00e9ch\u00e9s\u00a0\u00bb et de ses \u00ab\u00a0crimes\u00a0\u00bb et mettre \u00e0 nu devant lui toute son \u00e2me (p. 83), n&rsquo;en a pas moins exclu d&#8217;embl\u00e9e \u00ab\u00a0la confession des p\u00e9ch\u00e9s d&rsquo;autrui\u00a0\u00bb (p. 53), ce que le tsar, dans les notes qu&rsquo;il \u00e9crit en marge du texte, ne manque pas de relever en d\u00e9faveur du prisonnier. Pour cette raison, et pas seulement en raison des quelques d\u00e9faillances de m\u00e9moire dont on peut trouver des traces dans le texte, il nous faut reconstituer l&rsquo;itin\u00e9raire qui conduisit Bakounine \u00e0 \u00e9crire la <i>Confession<\/i> en croisant ce r\u00e9cit avec d&rsquo;autres sources.<\/p>\n<p align=\"justify\">Bakounine est n\u00e9 en 1814 dans une famille de la noblesse terrienne russe, \u00e0 Priamoukhino, petite localit\u00e9 situ\u00e9e dans le district de Tver, entre Moscou et Saint-P\u00e9tersbourg. Il re\u00e7oit une \u00e9ducation typique de la jeunesse russe, qui le conduit par exemple \u00e0 lire et parler couramment l&rsquo;allemand et le fran\u00e7ais, raison pour laquelle la plupart de ses \u00e9crits seront r\u00e9dig\u00e9s en fran\u00e7ais \u2013 la <i>Confession <\/i> et <i>\u00c9tatisme et anarchie<\/i> \u00e9tant ses seuls \u00e9crits russes de quelque ampleur. A\u00een\u00e9 des enfants m\u00e2les de la famille, Bakounine est d&rsquo;abord destin\u00e9 par son p\u00e8re \u00e0 la carri\u00e8re des armes, mais il s&rsquo;en d\u00e9tourne rapidement pour se plonger avec passion dans la philosophie allemande, \u00e0 laquelle il s&rsquo;initie au sein d&rsquo;un cercle d&rsquo;autodidactes rassembl\u00e9s autour de Nicolas Stankevitch (1813-1840). Il se prend alors d&rsquo;engouement successivement pour les philosophies de Kant, de Fichte et surtout de Hegel, qu&rsquo;il lit en cherchant \u00e0 penser \u00e0 travers elles ses rapports avec son entourage imm\u00e9diat, assez loin de toute pr\u00e9occupation politique. Les premiers textes de Bakounine qui \u00e9voquent l&rsquo;\u00e9mancipation le font dans un contexte familial, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de s&rsquo;opposer \u00e0 ses parents qui veulent arranger le mariage de l&rsquo;une de ses s\u0153urs.<\/p>\n<p align=\"justify\"><a name=\"firstHeading\"><\/a> Afin de poursuivre son initiation philosophique, mais aussi d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 un milieu familial \u00e9touffant, Bakounine obtient de son p\u00e8re de pouvoir partir en Allemagne \u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 1840. \u00c0 Berlin, il suit les cours d&rsquo;un \u00e9l\u00e8ve de Hegel, Carl Werder, ainsi que ceux dispens\u00e9s par Schelling, fra\u00eechement appel\u00e9 \u00e0 Berlin par Fr\u00e9d\u00e9ric-Guillaume IV pour contrer l&rsquo;influence de la philosophie h\u00e9g\u00e9lienne dans l&rsquo;Universit\u00e9. Il y c\u00f4toie des personnes aussi diverses que S\u00f8ren Kierkegaard ou Friedrich Engels, mais il commence surtout, \u00e0 partir de l&rsquo;automne 1841, \u00e0 fr\u00e9quenter les radicaux allemands, dont Arnold Ruge, qui \u00e9dite \u00e0 Dresde le principal organe d&rsquo;expression du courant jeune h\u00e9g\u00e9lien, les <i>Annales allemandes pour la science et l&rsquo;art<\/i>. Indiff\u00e9rent jusqu&rsquo;alors aux questions politiques et sociales, le jeune Bakounine voit s&rsquo;ouvrir devant lui un continent qu&rsquo;il se h\u00e2te d&rsquo;explorer et de parcourir \u00e0 grandes foul\u00e9es, au point de d\u00e9laisser progressivement la philosophie. Comme il le dit dans la <i>Confession<\/i>, \u00ab\u00a0l&rsquo;Allemagne elle-m\u00eame m&rsquo;a gu\u00e9ri de la maladie philosophique qui y pr\u00e9dominait\u00a0\u00bb (p. 55). En octobre 1842, il fait para\u00eetre dans la revue d&rsquo;Arnold Ruge un article remarquable, \u00ab\u00a0La R\u00e9action en Allemagne\u00a0\u00bb, qui sur le fondement d&rsquo;une analyse serr\u00e9e du statut de la n\u00e9gativit\u00e9 et de la cat\u00e9gorie de l&rsquo;opposition chez Hegel, postule le primat pratique de l&rsquo;activit\u00e9 r\u00e9volutionnaire et la n\u00e9cessit\u00e9 de sortir de la philosophie. L&rsquo;article, r\u00e9dig\u00e9 sous le pseudonyme de Jules \u00c9lysard, se termine par cette phrase devenue fameuse\u00a0: \u00ab\u00a0la passion de la destruction est en m\u00eame temps une passion cr\u00e9atrice.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00c0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 1842, inquiet de ce que cet article pourrait attirer sur sa personne l&rsquo;attention de l&rsquo;ambassade de Russie, Bakounine quitte l&rsquo;Allemagne pour la Suisse, o\u00f9 il ne tarde pas \u00e0 prendre part aux discussions qui agitent les milieux radicaux suisses sur la question du communisme. En t\u00e9moigne l&rsquo;article \u00ab\u00a0Le communisme\u00a0\u00bb, qu&rsquo;il publie en juin 1843 dans le <i>R\u00e9publicain suisse <\/i>de Berne, o\u00f9 il prend notamment la d\u00e9fense du tailleur Wilhelm Weitling, l&rsquo;un des premiers communistes de langue allemande, tout en critiquant chez lui une conception par trop grossi\u00e8re du communisme<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\"><sup>8<\/sup><\/a>. Weitling ayant \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9, et certains des papiers saisis chez lui mentionnant le nom de Bakounine, celui-ci est cette fois rep\u00e9r\u00e9 par les autorit\u00e9s russes, qui le somment de rentrer au plus vite au pays, au lieu de quoi Bakounine part pour Bruxelles, puis pour Paris. Quelques mois plus tard, il est d\u00e9chu de ses titres de noblesse, en m\u00eame temps d&rsquo;Ivan Golovine.<\/p>\n<p align=\"justify\">On sait peu de choses des trois ann\u00e9es (1844-1847) qu&rsquo;il passa dans la capitale fran\u00e7aise, et sur ce point la <i>Confession<\/i> n&rsquo;est pas d&rsquo;un grand secours, qui insiste sur la solitude qui fut alors celle du jeune Bakounine. On sait tout au plus qu&rsquo;il fr\u00e9quenta \u00e0 cette \u00e9poque les principaux th\u00e9oriciens du socialisme, qui \u00e9tait en pleine floraison doctrinale, qu&rsquo;il fut un temps proche des \u00e9diteurs allemands du journal <i>Vorw\u00e4rts<\/i> (dont Marx), qu&rsquo;il noua une amiti\u00e9 personnelle avec Proudhon, et enfin qu&rsquo;il eut des contacts avec l&rsquo;\u00e9migration polonaise, contacts peut-\u00eatre plus d\u00e9velopp\u00e9s que ne le dit la <i>Confession<\/i>. Mais quand bien m\u00eame Bakounine exag\u00e9rerait dans le texte son isolement \u00e0 Paris, on ne peut ignorer ce qu&rsquo;a de peu enviable le fait d&rsquo;\u00eatre le seul r\u00e9volutionnaire russe, coup\u00e9 de son pays d&rsquo;origine et sans moyen d&rsquo;action sur celui-ci. Il n&rsquo;y a rien d&rsquo;\u00e9tonnant, dans ces conditions, et malgr\u00e9 les d\u00e9fiances nationales bien compr\u00e9hensibles, que Bakounine se soit rapproch\u00e9 des Polonais qui constituaient la seule force politique constitu\u00e9e capable d&rsquo;agir sur l&#8217;empire des tsars. La Pologne est alors divis\u00e9e entre la Prusse, l&rsquo;Autriche et la Russie, et le XIXe si\u00e8cle est jalonn\u00e9 de soul\u00e8vements visant \u00e0 lui faire recouvrer son ind\u00e9pendance. C&rsquo;est en songeant \u00e0 la possibilit\u00e9 d&rsquo;une alliance r\u00e9volutionnaire russo-polonaise que Bakounine commence \u00e0 s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 la question slave, l&rsquo;id\u00e9e \u00e9tant de faire valoir les origines communes des diff\u00e9rents peuples qui compose la \u00ab\u00a0race slave\u00a0\u00bb pour les faire se soulever contre tous les empires (ottoman, autrichien et russe).<\/p>\n<p align=\"justify\">Trois interventions jalonnent les ann\u00e9es parisiennes de Bakounine. La premi\u00e8re a ceci d&rsquo;historique qu&rsquo;elle fait de lui le premier Russe \u00e0 prendre position publiquement contre le tsar et le principe m\u00eame de son gouvernement, et donc le premier v\u00e9ritable dissident russe. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un article publi\u00e9 en janvier 1845 dans le journal <i>La R\u00e9forme<\/i> en r\u00e9action \u00e0 la d\u00e9ch\u00e9ance de ses titres de noblesse. Bakounine s&rsquo;y f\u00e9licite cr\u00e2nement de cette mesure en arguant de ce que la pr\u00e9tendue noblesse russe n&rsquo;est qu&rsquo;un jouet du tsar. La deuxi\u00e8me, publi\u00e9e dans <i>Le Constitutionnel<\/i> au printemps 1846, est une protestation contre le sort r\u00e9serv\u00e9 aux religieuses lituaniennes du fait de l&rsquo;occupation russe. La troisi\u00e8me est un discours prononc\u00e9 en novembre 1847 lors d&rsquo;une assembl\u00e9e c\u00e9l\u00e9brant le dix-septi\u00e8me anniversaire de la r\u00e9volution polonaise de 1830-31. Bakounine y ayant proclam\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une union r\u00e9volutionnaire des peuples russes et polonais contre leur ennemi commun, le tsar, les autorit\u00e9s russes font pression sur les autorit\u00e9s fran\u00e7aises et celles-ci expulsent Bakounine vers la Belgique, o\u00f9 il retrouve les communistes allemands exil\u00e9s depuis 1845. Ceux-ci font sur lui une impression tr\u00e8s d\u00e9favorable. Mais il est bient\u00f4t de retour en France \u00e0 la faveur de la r\u00e9volution de f\u00e9vrier 1848.<\/p>\n<p align=\"justify\"><i>Routes et d\u00e9routes des r\u00e9volutions de 1848<\/i><\/p>\n<p align=\"justify\">D\u00e8s les premi\u00e8res nouvelles du soul\u00e8vement, Bakounine se met en route pour Paris, o\u00f9 il parvient \u00e0 la fin du mois. Les descriptions de Paris en mars 1848 contenues dans la <i>Confession<\/i> comptent parmi les plus belles pages de la litt\u00e9rature r\u00e9volutionnaire. Dans cette atmosph\u00e8re d&rsquo;exaltation, Bakounine se sent comme un poisson dans l&rsquo;eau et la <i>Confession<\/i> d\u00e9crit l&rsquo;heureuse dissolution de son individualit\u00e9 dans la mar\u00e9e r\u00e9volutionnaire montante, ainsi que la transformation des rues parisiennes en gorges caucasiennes h\u00e9riss\u00e9es de barricades. \u00c0 cette f\u00eate de tous les instants s&rsquo;ajoute le sentiment que tout est possible, renforc\u00e9 par les nouvelles qui accompagnent le flux r\u00e9volutionnaire dans toute l&rsquo;Europe\u00a0: l&rsquo;Allemagne, l&rsquo;Italie et l&rsquo;Autriche connaissent \u00e0 leur tour des insurrections, et l&rsquo;\u00e9migration polonaise se dirige vers l&rsquo;est afin d&rsquo;y entreprendre un nouveau soul\u00e8vement.<\/p>\n<p align=\"justify\">En France, un enseignement de l&rsquo;histoire par trop orient\u00e9 vers la grande \u00e9pop\u00e9e nationale nous fait ignorer que les \u00e9v\u00e9nements de 1848 ne se sont pas cantonn\u00e9s \u00e0 notre pays et qu&rsquo;en Europe, seules l&rsquo;Angleterre et la Russie, pour des raisons diff\u00e9rentes, demeur\u00e8rent alors \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de la tourmente r\u00e9volutionnaire. C&rsquo;est \u00e0 bon droit qu&rsquo;on a pu appeler cette p\u00e9riode de l&rsquo;histoire europ\u00e9enne le printemps des peuples, tant la notion de peuple est au c\u0153ur des discours politiques de l&rsquo;\u00e9poque et permet de rendre compte du caract\u00e8re multiforme des r\u00e9volutions de 1848. R\u00e9volutions politiques en faveur de la d\u00e9mocratie, elles prennent localement un caract\u00e8re social avec l&rsquo;\u00e9mergence des premi\u00e8res revendications sp\u00e9cifiquement prol\u00e9tariennes. Enfin, elles sont aussi des mouvements d&rsquo;\u00e9mancipation nationale, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de r\u00e9aliser l&rsquo;unit\u00e9 nationale (Allemagne et Italie) ou de se lib\u00e9rer du joug des empires (principalement l&#8217;empire autrichien, vu alors comme une prison des peuples). L&rsquo;originalit\u00e9 de Bakounine, mais ce qui sera aussi bient\u00f4t son drame, c&rsquo;est d&rsquo;\u00eatre partisan de la r\u00e9volution dans toutes ses dimensions<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\"><sup>9<\/sup><\/a>. On peut d&rsquo;ailleurs consid\u00e9rer que le qualificatif de r\u00e9volutionnaire ne convient \u00e0 nul autre mieux qu&rsquo;\u00e0 Bakounine, pour qui il est un trait constant de son parcours politique, puisque lorsqu&rsquo;il \u00e9voluera, au cours des ann\u00e9es 1860, vers le socialisme libertaire, ce sera \u00e0 partir du constat que le potentiel r\u00e9volutionnaire des mouvements d&rsquo;\u00e9mancipation nationale est d\u00e9sormais \u00e9puis\u00e9 et que la question sociale a d\u00e9sormais pris le relais.<\/p>\n<p align=\"justify\"><a name=\"firstHeading1\"><\/a> D\u00e8s le mois de mars 1848, Bakounine sent que sa place n&rsquo;est pas en France, mais \u00ab\u00a0\u00e0 la fronti\u00e8re russe\u00a0\u00bb (p.\u00a082), et c&rsquo;est \u00e0 nouveau sur les Polonais, et plus largement sur la cause slave, qu&rsquo;il compte pour trouver le \u00ab\u00a0point d&rsquo;Archim\u00e8de\u00a0\u00bb (p. 94) qui lui permettrait d&rsquo;agir sur sa patrie. Il se rend donc en Allemagne, o\u00f9 il s\u00e9journe plusieurs mois, notamment apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9chec de l&rsquo;insurrection polonaise dans la r\u00e9gion de Pozna\u0144. C&rsquo;est en Allemagne, alors que les premiers signes du reflux r\u00e9volutionnaire se font sentir, qu&rsquo;il apprend la tenue prochaine, \u00e0 Prague, d&rsquo;un congr\u00e8s slave. Bakounine, qui est \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque un d\u00e9mocrate aux tendances socialistes obs\u00e9d\u00e9 par l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;agir sur la Russie, fait alors l&rsquo;exp\u00e9rience des aspirations des peuples slaves \u00e0 l&rsquo;\u00e9mancipation et esp\u00e8re qu&rsquo;un soul\u00e8vement g\u00e9n\u00e9ral des Slaves pourrait gagner la Russie. C&rsquo;est dans ces dispositions d&rsquo;esprit qu&rsquo;il participe au congr\u00e8s en juin 1848. La <i>Confession<\/i>, tout en soulignant que ce congr\u00e8s \u00e9tait \u00ab\u00a0vide d&rsquo;id\u00e9es et absurde\u00a0\u00bb (p. 96) et ne pouvait que se terminer \u00ab\u00a0dans le n\u00e9ant\u00a0\u00bb (p. 100) insiste longuement sur les projets de Bakounine \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, projets qui peuvent difficilement \u00eatre qualifi\u00e9s d&rsquo;anarchistes tant ils insistent sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une dictature r\u00e9volutionnaire \u00ab\u00a0sans formes parlementaires, [\u2026] sans libert\u00e9 de la presse, [\u2026] qui ne soit limit\u00e9 par rien ni par personne\u00a0\u00bb (p. 123). Max Nettlau, qui cherche \u00e0 rendre ce passage de la <i>Confession<\/i> coh\u00e9rent avec l&rsquo;anarchisme ult\u00e9rieur de Bakounine, estime que la dictature vis\u00e9e par le r\u00e9volutionnaire russe n&rsquo;est que \u00ab\u00a0la dictature technique du d\u00e9crotteur, du savon et du balai, de l&rsquo;hygi\u00e8ne intellectuelle, morale et sociale \u00e9l\u00e9mentaire, pour un pays victime d&rsquo;une immense incurie\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote10sym\" name=\"sdfootnote10anc\"><sup>10<\/sup><\/a>. Cet argument n&rsquo;a rien de convaincant si l&rsquo;on consid\u00e8re que toutes les dictatures se donnent pour des r\u00e9gimes provisoires\u00a0: n&rsquo;est-ce pas le sens m\u00eame de la critique adress\u00e9e par les anarchistes \u00e0 la notion marxiste de dictature du prol\u00e9tariat que de souligner que le provisoire tend souvent \u00e0 s&rsquo;installer\u00a0? Il faudrait au contraire souligner que la distance prise par Bakounine, \u00e0 partir du milieu des ann\u00e9es 1860, avec la \u00ab\u00a0question nationale\u00a0\u00bb ira de pair avec l&rsquo;affirmation de son anarchisme.<\/p>\n<p align=\"justify\"><span lang=\"fr-FR\">Le congr\u00e8s slave de Prague s&rsquo;ach\u00e8ve pr\u00e9matur\u00e9ment en raison de l&rsquo;insurrection d\u00e9clench\u00e9e par les \u00e9tudiants de la ville, insurrection \u00e0 laquelle Bakounine participe, tout en l&rsquo;estimant mal pr\u00e9par\u00e9e et vou\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec. \u00c0 l&rsquo;automne, il r\u00e9dige son <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>Appel aux Slaves<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">, qui cherche \u00e0 tenir ensemble les diff\u00e9rentes composantes de la r\u00e9volution et \u00e0 emp\u00eacher que la r\u00e9action ne les utilise les unes contre les autres, comme le fait la cour autrichienne en mobilisant les Slaves contre les Hongrois et contre l&rsquo;insurrection d\u00e9mocratique de Vienne, ou encore le gouvernement fran\u00e7ais en tirant parti des frayeurs de la bourgeoisie face aux revendications ouvri\u00e8res. Bakounine n&rsquo;en saura rien, mais son <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>Appel aux Slaves<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\"> fera l&rsquo;objet d&rsquo;une critique v\u00e9h\u00e9mente de Friedrich Engels dans la <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>Nouvelle Gazette Rh\u00e9nane\u00a0<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">: l&rsquo;ind\u00e9pendance des peuples slaves conduirait \u00e0 ce que \u00ab\u00a0<\/span>l&rsquo;Est de l&rsquo;Allemagne [soit] d\u00e9chiquet\u00e9 comme un pain rong\u00e9 par des rats ! Et tout cela en remerciement de la peine prise par les Allemands pour civiliser les Tch\u00e8ques et les Slov\u00e8nes \u00e0 la t\u00eate dure, et pour introduire chez eux le commerce, l&rsquo;industrie, une exploitation agricole rentable et la culture\u00a0!\u00a0\u00bb En somme, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e9mancipation nationale possible pour les Slaves\u00a0: l&rsquo;\u00e9mancipation passe par la germanisation et le capitalisme, et l&rsquo;affirmation nationale passe par le ralliement \u00e0 la Russie<span lang=\"fr-FR\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote11sym\" name=\"sdfootnote11anc\"><sup>11<\/sup><\/a>.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\">Au printemps 1849, alors que partout les r\u00e9volutions sont en cours d&rsquo;\u00e9crasement, Bakounine est \u00e0 Dresde. Il publie notamment dans la presse locale une \u00e9tude d\u00e9taill\u00e9e intitul\u00e9e <i>La situation en Russie<\/i>. En fr\u00e9quent contact depuis l&rsquo;hiver pr\u00e9c\u00e9dent avec de jeunes r\u00e9volutionnaires tch\u00e8ques, il pr\u00e9pare un soul\u00e8vement en Boh\u00e8me lorsqu&rsquo;\u00e0 la suite de la dissolution du parlement par le roi de Saxe, une insurrection \u00e9clate dans la capitale du royaume. Ce sera la derni\u00e8re de la r\u00e9volution allemande. Confront\u00e9 \u00e0 la d\u00e9sorganisation des insurg\u00e9s, Bakounine se retrouve <i>de facto<\/i> chef militaire du soul\u00e8vement qui cherche \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 l&rsquo;intervention des troupes prussiennes, venues pr\u00eater main-forte \u00e0 la monarchie saxonne vacillante. Il y c\u00f4toie Richard Wagner, qui l&rsquo;\u00e9voquera longuement dans le passage de son autobiographie consacr\u00e9 au soul\u00e8vement de Dresde<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote12sym\" name=\"sdfootnote12anc\"><sup>12<\/sup><\/a>. \u00c9puis\u00e9 apr\u00e8s avoir organis\u00e9 la retraite en bon ordre des derniers combattants, Bakounine est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Chemnitz dans la nuit du 9 au 10 mai 1849. Enferm\u00e9 \u00e0 partir du mois d&rsquo;ao\u00fbt dans la forteresse de K\u00f6nigstein, il est condamn\u00e9 \u00e0 mort par les tribunaux saxons le 14 janvier 1850. En vue de son pourvoi en cassation, il r\u00e9dige alors un long texte, connu sous le titre de <i>Ma d\u00e9fense<\/i>, o\u00f9 il analyse la situation politique europ\u00e9enne et revendique son action des deux ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. Le 6 juin 1850, sa condamnation \u00e0 mort est commu\u00e9e en d\u00e9tention \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. Bakounine est aussit\u00f4t transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Prague, car les autorit\u00e9s autrichiennes veulent \u00e0 leur tour le juger pour sa participation \u00e0 l&rsquo;insurrection de juin 1848 et aux projets de soul\u00e8vement en Boh\u00e8me au printemps 1849. De Prague, Bakounine est ensuite convoy\u00e9 dans la forteresse d&rsquo;Olm\u00fctz, o\u00f9 il est de nouveau condamn\u00e9 \u00e0 mort le 15 mai 1851, peine qui est imm\u00e9diatement commu\u00e9e en prison \u00e0 vie. Il est alors livr\u00e9 au gouvernement russe qui, lui, ne se donne pas la peine de le juger et le jette directement dans cette prison o\u00f9 lui parviendra la curieuse demande de son tsar.<\/p>\n<p align=\"justify\">Quel sera le destin de Bakounine apr\u00e8s la <i>Confession\u00a0<\/i>? Transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la forteresse de Schl\u00fcsselburg en 1854, \u00e0 l&rsquo;occasion de la guerre de Crim\u00e9e, il y souffre du scorbut et perd ses dents. Apr\u00e8s la mort du tsar Nicolas Ier (1855), Bakounine, s&rsquo;\u00e9tant une derni\u00e8re fois astreint \u00e0 demander gr\u00e2ce, obtient du nouveau tsar, Alexandre II, d&rsquo;\u00eatre exil\u00e9 en Sib\u00e9rie (1857). Il s&rsquo;en \u00e9vade en 1861 \u00e0 bord d&rsquo;un bateau am\u00e9ricain en partance pour le Japon et, passant par Yokohama, San Francisco, l&rsquo;isthme de Panama et Boston, rejoint Londres en d\u00e9cembre 1861. Apr\u00e8s avoir tent\u00e9 de pr\u00eater main-forte \u00e0 l&rsquo;insurrection polonaise de 1863, le r\u00e9volutionnaire russe traversera une p\u00e9riode de remise en question, mais aussi d&rsquo;approfondissement de ses convictions philosophiques et politique, qui d\u00e9terminera son abandon des questions nationales et son ralliement au socialisme r\u00e9volutionnaire. De cette p\u00e9riode t\u00e9moigne notamment son <i>Cat\u00e9chisme r\u00e9volutionnaire<\/i> r\u00e9dig\u00e9 en Italie (1866). Install\u00e9 en Suisse et se revendiquant d\u00e9sormais comme anarchiste, il prend part aux deux premiers congr\u00e8s de la Ligue de la paix et de la libert\u00e9 en 1867 et 1868 avant de la quitter et de rejoindre avec ses amis l&rsquo;Association Internationale des Travailleurs. Parall\u00e8lement, il r\u00e9dige une premi\u00e8re exposition de ses conceptions philosophiques avec <i>F\u00e9d\u00e9ralisme, socialisme et antith\u00e9ologisme<\/i>. D&rsquo;autres suivront, dont <i>L&#8217;empire knouto-germanique et la r\u00e9volution sociale<\/i> (1870-71) et <i>La th\u00e9ologie politique de Mazzini<\/i> (1871-72). Il participe \u00e0 Lyon, en septembre 1870, \u00e0 l&rsquo;un des soul\u00e8vements populaires qui annoncent la Commune de Paris. Militant de l&rsquo;Internationale, Bakounine ne tarde pas \u00e0 voir se cristalliser autour de sa personne le courant dit \u00ab\u00a0antiautoritaire\u00a0\u00bb de l&rsquo;organisation, ce qui conduit \u00e0 l&rsquo;\u00e9clatement de cette derni\u00e8re apr\u00e8s son exclusion au congr\u00e8s de La Haye en 1872. Malade, Bakounine se retire de toute activit\u00e9 politique en 1873 et meurt \u00e0 Berne en 1876.<\/p>\n<p align=\"justify\"><i>La <\/i>Confession <i>et nous<\/i><\/p>\n<p align=\"justify\">Le recul historique nous permet sans doute de mieux faire la part de ce qu&rsquo;il y a de strat\u00e9gique et d&rsquo;involontaire dans les prosternations de Bakounine devant le tsar et de ce qui, dans le texte, rel\u00e8ve du repentir feint et de l&rsquo;analyse r\u00e9trospective d&rsquo;un \u00e9chec. Il n&rsquo;est pas certain, par exemple, qu&rsquo;il faille consid\u00e9rer comme une humiliation le fait que le r\u00e9volutionnaire russe reconnaisse \u00e0 plusieurs reprises le caract\u00e8re chim\u00e9rique de ses projets et le donquichottisme qui les sous-tendait, s&rsquo;il est vrai qu&rsquo;il n&rsquo;aspirait qu&rsquo;\u00e0 les remettre en \u0153uvre d&rsquo;une mani\u00e8re plus r\u00e9fl\u00e9chie. Mais il n&rsquo;est pas certain non plus que les marques de d\u00e9f\u00e9rence envers le souverain qui jalonnent la <i>Confession<\/i> soient toujours affect\u00e9es. M\u00eame si l&rsquo;on n&rsquo;adopte pas toutes ses conclusions, Fran\u00e7ois-Xavier Coquin a sans doute raison de demander ce que le texte \u00ab\u00a0r\u00e9v\u00e8le \u2013 par-del\u00e0 le cas particulier de Bakounine \u2013 des premi\u00e8res g\u00e9n\u00e9rations de r\u00e9volutionnaires russes et de leur relation au tsar et \u00e0 l&rsquo;autocratie\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote13sym\" name=\"sdfootnote13anc\"><sup>13<\/sup><\/a>. \u00c0 la fin de son article d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, Victor Serge soulignait ce qu&rsquo;avait pour lui de d\u00e9solant la <i>Confession <\/i>de Bakounine, en tant qu&rsquo;elle \u00e9cornait sa l\u00e9gende\u00a0: alors que nombre d&rsquo;autres r\u00e9volutionnaires \u00e9taient demeur\u00e9s inflexibles en prison, quitte \u00e0 devenir fou, Bakounine avait flanch\u00e9. Mais si l&rsquo;on s&rsquo;encombre d&rsquo;un peu moins de morale r\u00e9volutionnaire et de culte des saints et d&rsquo;un peu plus de sens historique, il faut tenir compte de ce que Bakounine fut <i>le premier r\u00e9volutionnaire russe<\/i> (si l&rsquo;on renonce \u00e0 qualifier de r\u00e9volutionnaires ceux qui entreprenaient des r\u00e9volutions de palais) et longtemps <i>le seul<\/i>. Or les origines sont souvent moins limpides que les conclusions, et tout commencement comporte n\u00e9cessairement une dimension d&rsquo;arrachement et d&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Nul autre mieux que Vassili Golovanov n&rsquo;a d\u00e9crit les d\u00e9chirements successifs qui jalonnent l&rsquo;itin\u00e9raire de Bakounine, dont \u00ab\u00a0la fuite de Priamoukhino \u00e0 Moscou\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0commencement des commencements\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0fuite pleine de violence, terrible, \u00e0 corps perdu\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote14sym\" name=\"sdfootnote14anc\"><sup>14<\/sup><\/a>, constitue la matrice de toutes ses autres fuites, de sorte que l&rsquo;arrachement initial au milieu familial peut \u00eatre lu comme la m\u00e9tonymie d&rsquo;un arrachement plus g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 la vie patriarcale russe. Avant de juger d&rsquo;une mani\u00e8re tranch\u00e9e sur ce qui rel\u00e8ve de la simulation et de la sinc\u00e9rit\u00e9 dans la <i>Confession<\/i> et sur la question de savoir si l&rsquo;attitude de Bakounine avait sauv\u00e9 son honneur d&rsquo;un point de vue r\u00e9volutionnaire, encore faudrait-il savoir si d&rsquo;autres attitudes \u00e9taient possibles \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 il r\u00e9digea ce texte, seul face au tsar, sans soutien ext\u00e9rieur et probablement sans espoir de sortir un jour de sa position d&#8217;emmur\u00e9 vivant. La <i>Confession<\/i> de Bakounine appara\u00eet alors comme \u00ab\u00a0un examen de conscience personnel et une occasion de se confesser \u00e0 lui-m\u00eame en m\u00eame temps qu&rsquo;\u00e0 son imp\u00e9rial confesseur, comme pour mieux d\u00e9couvrir son \u00eatre profond et mieux affronter l&rsquo;avenir\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote15sym\" name=\"sdfootnote15anc\"><sup>15<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p align=\"justify\">Si l&rsquo;on tient l\u00e0 ce qui, dans la <i>Confession<\/i>, est \u00e0 la limite du communicable et du compr\u00e9hensible, il reste que ce texte, dans son \u00e9vocation du printemps des peuples et des r\u00e9volutions de 1848, r\u00e9sonne par endroits famili\u00e8rement \u00e0 nos oreilles. Assur\u00e9ment, bien des choses s\u00e9parent le printemps arabe commenc\u00e9 en d\u00e9cembre 2010 du printemps des peuples de 1848, et principalement le fait qu&rsquo;il s&rsquo;agit, dans le premier cas, de soul\u00e8vements qui ne visaient pas l&rsquo;\u00e9mancipation nationale, mais le renversement de vieilles tyrannies. Toutefois, comment ne pas voir dans les deux mouvements une m\u00eame logique de contagion des r\u00e9voltes, port\u00e9es par le sentiment que rien ne peut arr\u00eater un peuple qui se soul\u00e8ve, mais aussi les m\u00eames alternances d&rsquo;expansion et de contraction de l&rsquo;\u00e9lan r\u00e9volutionnaire\u00a0? Et comment ne pas penser que dans les deux cas, les ambigu\u00eft\u00e9s constitutives des commencements r\u00e9volutionnaires se sont manifest\u00e9es d&rsquo;une mani\u00e8re analogue, avec les m\u00eames douleurs propres aux grands enfantements\u00a0?<\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a>Michel Bakounine, <i>Confession<\/i>, trad. P. Brupbacher, pr\u00e9face de B. Souvarine, introduction de F. Brupbacher, notes de M. Nettlau, Paris, PUF, 1974. Cette traduction avait paru une premi\u00e8re fois en 1932.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a>J. Duclos, <i>Bakounine et Marx. Ombre et lumi\u00e8re<\/i>, Paris, Plon, 1974. La traduction de la <i>Confession<\/i> publi\u00e9e en annexe est due \u00e0 Andr\u00e9e Robel.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a>J. Duclos, <i>op. cit.<\/i>, p. 41.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a>Lui-m\u00eame ne se d\u00e9crira comme tel qu&rsquo;en 1867, et ses premiers projets politiques combinant socialisme et f\u00e9d\u00e9ralisme libertaire datent de 1864. Quant au mouvement anarchiste, il prend son essor apr\u00e8s la dissolution de la premi\u00e8re Internationale en 1872.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a>Voir le t\u00e9moignage direct de Marcel Body, \u00ab\u00a0Michel Bakounine\u00a0: l&#8217;emmur\u00e9 et le d\u00e9port\u00e9\u00a0\u00bb in J. Catteau (dir.), <i>Bakounine. Combats et d\u00e9bats<\/i>, Paris, Institut d&rsquo;\u00e9tudes slaves, 1977, p. 77-82.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a>Victor Serge, \u00ab\u00a0La <i>Confession <\/i>de Bakounine\u00a0\u00bb, article disponible \u00e0 l&rsquo;adresse\u00a0: http:\/\/www.marxists.org\/francais\/serge\/works\/1919\/11\/confession.htm<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a>Philippe Lejeune, <i>Le pacte autobiographique<\/i>, Paris, Seuil, 1975.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a>\u00ab\u00a0La R\u00e9action en Allemagne\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Le communisme\u00a0\u00bb sont traduits en annexe de mon livre <i>Bakounine jeune h\u00e9g\u00e9lien. La philosophie et son dehors<\/i>, Lyon, ENS \u00c9ditions, 2007.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote9\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a>Les textes qui jalonnent l&rsquo;itin\u00e9raire de Bakounine avant et pendant les r\u00e9volutions de 1848 figurent en annexe de mon livre <i>La libert\u00e9 des peuples. Bakounine et les r\u00e9volutions de 1848<\/i>, Lyon, ACL, 2009.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote10\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote10anc\" name=\"sdfootnote10sym\">10<\/a>Note de Max Nettlau \u00e0 la traduction Brupbacher de la <i>Confession<\/i>, <i>op. cit.<\/i>, p. 226.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote11\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote11anc\" name=\"sdfootnote11sym\">11<\/a>F. Engels, \u00ab\u00a0Le panslavisme d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb (14 f\u00e9vrier 1849), consultable \u00e0 l&rsquo;adresse\u00a0: http:\/\/www.marxists.org\/francais\/engels\/works\/1849\/02\/fe18490214.htm<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote12\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote12anc\" name=\"sdfootnote12sym\">12<\/a>R. Wagner, <i>Ma vie<\/i>, vol. 2, Paris, Plon, 1911, p. 264-307. Le fait que Bakounine n&rsquo;\u00e9voque pas Wagner dans sa <i>Confession<\/i> fait sans doute partie des omissions volontaires, destin\u00e9es \u00e0 ne compromettre personne.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote13\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote13anc\" name=\"sdfootnote13sym\">13<\/a>F.-X. Coquin, \u00ab\u00a0R\u00e9flexions en marge d&rsquo;une &lsquo;confession&rsquo;\u00a0: la <i>Confession<\/i> de Bakounine\u00a0\u00bb, <i>Revue historique<\/i>, n\u00b0 568, octobre-d\u00e9cembre 1988, p. 495. Toutes les conclusions de cet article ne sont pas pour autant acceptables, notamment parce qu&rsquo;elles se fondent sur certains \u00e9l\u00e9ments erron\u00e9s. Il est faux par exemple (p. 507) que le projet de r\u00e9volutionner la Boh\u00e8me ne soit connu que par la <i>Confession<\/i> puisque les amis tch\u00e8ques de Bakounine furent poursuivis pour ces projets.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote14\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote14anc\" name=\"sdfootnote14sym\">14<\/a>V. Golovanov, <i>Espace et labyrinthes<\/i>, trad. H. Ch\u00e2telain, Paris, Verdier, 2012.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote15\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote15anc\" name=\"sdfootnote15sym\">15<\/a>F.-X. Coquin, art. cit., p. 508.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Plus de cinq ann\u00e9es apr\u00e8s la r\u00e9\u00e9dition de la\u00a0Confession de Bakounine aux \u00e9ditions du Passager Clandestin (que je salue ici, et auxquelles je souhaite longue vie), je donne le texte de la pr\u00e9face que j&rsquo;avais \u00e9crite pour l&rsquo;occasion. 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