{"id":1160,"date":"2018-12-18T17:36:54","date_gmt":"2018-12-18T15:36:54","guid":{"rendered":"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs\/bakounine\/?p=1160"},"modified":"2018-12-19T10:04:10","modified_gmt":"2018-12-19T08:04:10","slug":"un-temoignage-sur-les-derniers-mois-de-bakounine","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/un-temoignage-sur-les-derniers-mois-de-bakounine-1160\/","title":{"rendered":"Un t\u00e9moignage sur les derniers mois de Bakounine"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1162\" src=\"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/wp-content\/uploads\/une-37d05-232x300.jpg\" alt=\"\" width=\"232\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/wp-content\/uploads\/une-37d05-232x300.jpg 232w, http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/wp-content\/uploads\/une-37d05.jpg 400w\" sizes=\"(max-width: 232px) 100vw, 232px\" \/>Marianne Enckell, du CIRA de Lausanne, que je remercie chaleureusement, a r\u00e9cemment attir\u00e9 mon attention sur un t\u00e9moignage personnel \u00e0 propos des derniers mois de Bakounine \u00e0 Lugano. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une dizaine de pages (p. 107-117) dans le livre de souvenirs de L\u00e9on Weber-Bauler (1870-1956), <em>De Russie en Occident. \u00c9chos d&rsquo;une vie<\/em>, qui fut publi\u00e9 en Angleterre en 1940 et en France en 1943. L&rsquo;auteur est un m\u00e9decin fran\u00e7ais d&rsquo;origine russe (qui fut aussi l&rsquo;\u00e9poux et le p\u00e8re des enfants de la peintre russe <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Maria_Iakountchikova\">Maria Iakountchikova<\/a>), dont la m\u00e8re, militante nihiliste au d\u00e9but des ann\u00e9es 1870, est venue en Suisse et y a fait la connaissance de Michel Bakounine. C&rsquo;est moins de l&rsquo;activit\u00e9 militante de ce dernier qu&rsquo;il est question dans ce chapitre que de \u00abPapa Bakounine\u00bb, donc du rapport de Bakounine \u00e0 ses enfants Carlo, Sofia et Maroussia (n\u00e9s respectivement en 1868, 1870 et 1873 et dont le p\u00e8re biologique, comme ce fut <a href=\"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/amour-et-mariage-chez-bakounine-1007\/\">d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9 sur ce blog<\/a>, n&rsquo;\u00e9tait autre que Carlo Gambuzzi, avocat napolitain et militant libertaire).<\/p>\n<p>Je ne retranscris pas l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du chapitre intitul\u00e9 \u00abBakounine\u00bb, mais seulement les cinq derni\u00e8res pages, o\u00f9 appara\u00eet effectivement le r\u00e9volutionnaire russe. Ce qui pr\u00e9c\u00e8de cette fin de chapitre raconte comment la m\u00e8re du narrateur est arriv\u00e9e en Italie et en est venue \u00e0 faire la connaissance de Bakounine. Par-del\u00e0 les approximations et reconstitutions (j&rsquo;en \u00e9num\u00e8re quelques-unes \u00e0 la fin de ce billet),\u00a0cet amusant t\u00e9moignage donne une assez bonne id\u00e9e de Bakounine comme parent et (non-)\u00e9ducateur! <!--more--><\/p>\n<blockquote><p>Ma m\u00e8re alla trouver Bakounine ; les premiers rapports furent assez froids : ma m\u00e8re, socialiste ardente, n&rsquo;\u00e9tait pas pour la violence ; Bakounine, lui, \u00e9tait un destructeur farouche, un protagoniste de l&rsquo;action directe. Mais ce grand combattant de la r\u00e9volution sociale \u00e9tait vieux, fatigu\u00e9, malade et un peu d\u00e9\u00e7u. D\u00e8s les premi\u00e8res entrevues, il fut frapp\u00e9 par la haute intelligence, la grande culture de ma m\u00e8re ; aussi, en peu de jours, devint-elle sa confidente et son soutien : \u00ab mon Antigone \u00bb, l&rsquo;appellera-t-il plus tard.<\/p>\n<p>Mais ce qui attira surtout Bakounine vers ma m\u00e8re, c&rsquo;\u00e9tait le souffle russe qu&rsquo;elle apportait directement au vieil exil\u00e9.<\/p>\n<p>\u2212 Sacha, lui dira-t-il, sais-tu ce que j&rsquo;aime le plus en toi? C&rsquo;est que tu parles le vrai grand-russien et c&rsquo;est aussi que tu sais me conter comment l&rsquo;Oka s&rsquo;\u00e9pand, au printemps sur les basses prairies ; comment votre jardin fruitier de Ni\u00e9st\u00e9rovo se couvrait de fleurs, comment le rossignol russe chantait dans les lilas&#8230; Oui, pour moi les temps sont r\u00e9volus. Ma s\u0153ur me disait en mourant : \u00ab Ah, Michel, comme il fait bon mourir : on peut enfin s&rsquo;\u00e9tendre \u00e0 son gr\u00e9 \u00bb. Voil\u00e0 ce qu&rsquo;on peut dire de mieux de la mort.<\/p>\n<p>Un jour, ma m\u00e8re nous emmena chez son nouvel ami qui avait un gar\u00e7on et deux filles, dont la cadette, Maroussia, dite Bomba en raison de son caract\u00e8re explosif, avait \u00e0 peu pr\u00e8s mon \u00e2ge. La monumentale figure de Bakounine restera pour moi un souvenir ind\u00e9l\u00e9bile.<\/p>\n<p>Quand je le vis la premi\u00e8re fois, il \u00e9tait dans son jardin qu&rsquo;il faisait retourner de fond en comble. Je me sentais comme le petit Poucet devant l&rsquo;Ogre. Une vieille houpelande noire \u00e0 p\u00e8lerine lui battait les talons, sa t\u00eate s&rsquo;ombrageait d&rsquo;un feutre \u00e0 larges bords d&rsquo;o\u00f9 s&rsquo;\u00e9chappaient de longs cheveux blancs. Il abaissa sur nos deux \u00eatres minuscules un regard bienveillant et sourit, non pas comme un Ogre, mais comme un bon Saint-Nicolas, dans sa barbe fris\u00e9e.<\/p>\n<p>\u2212 Allons, bambini, allez jouer avec Sofia et Bomba.<\/p>\n<p>Nous rejoignons les deux fillettes et leur fr\u00e8re.<\/p>\n<p>\u2212 Dis, Bomba, ton padre, il est grand comme un Ogre, est-ce qu&rsquo;il est m\u00e9chant ?<\/p>\n<p>\u2212 M\u00e9chant? Padre Michele? Nous en faisons ce que nous voulons.<\/p>\n<p>En fait, les enfants \u00e9taient les ma\u00eetres ; m\u00eame que le vieux Padre Michele, dans ses bons jours, jouait avec nous aux Indiens, apportait le bois des feux que nous allumions et qu&rsquo;il affectionnait.<\/p>\n<p>\u2212 Fuoco, fuoco ! s&rsquo;exclamait-il devant les langues oranges des flammes qui p\u00e9tillaient : br\u00fblez, d\u00e9truisez tout, enfants !<\/p>\n<p>Nous ne nous le faisions pas r\u00e9p\u00e9ter au grand dam de la jeune femme de Bakounine, une Polonaise maigre, froide mais alerte qui \u00e9tait \u00e0 bout de forces pour ramener un peu d&rsquo;ordre dans le d\u00e9sordre apport\u00e9 par ses enfants et son vieux mari.<\/p>\n<p>Un jour que tout le monde \u00e9tait au jardin, nous tra\u00eenons dans l&rsquo;antichambre de la villa un fagot de sarment, du papier, nous frottons des allumettes et \u00ab Hardi, fuoco, fuoco ! \u00bb Les sarments cr\u00e9pitent, la maison s&#8217;emplit de fum\u00e9e, va br\u00fbler. On accourt, on \u00e9teint le feu&#8230;<\/p>\n<p>Bakounine assiste, impassible : \u00ab Mais pourquoi tout ce tralala ? Lasciate fare i bambini \u2212 laissez faire les enfants \u00bb s&rsquo;exclame-t-il.<\/p>\n<p>Aussi point n&rsquo;est besoin de dire que nous adorions notre Padre Michele.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir d\u00e9pens\u00e9, en vrai communiste, son argent et celui de ses parents et amis, Michel Bakounine \u00e9tait maintenant tr\u00e8s pauvre. Mais un espoir s&rsquo;ouvrait devant lui : une partie de l&rsquo;h\u00e9ritage familial. Cet espoir lui fit acheter, \u00e0 cr\u00e9dit la villa qu&rsquo;il habitait.<\/p>\n<p>La belle-s\u0153ur de Michel venait de rentrer de Russie o\u00f9 elle avait n\u00e9goci\u00e9 avec son fr\u00e8re, Paul Bakounine, le paiement de la part de cet h\u00e9ritage.<\/p>\n<p>Paul Alexandrovitch Bakounine, \u00e9galement un g\u00e9ant, avait re\u00e7u la visiteuse dans la \u00abcommune familiale\u00bb des Bakounine, dans leur propri\u00e9t\u00e9 du gouvernement de Toula. Quand la noble polonaise fut introduite dans la serre o\u00f9 Paul l&rsquo;attendait, elle le vit, nudiste avant la lettre, en costume d&rsquo;Adam, arrosant ses fleurs. L&rsquo;andro\u00efde velu tourna vers elle ses pectoraux de gorille et son ventre de Sil\u00e8ne, lui baisa galamment la main, la fit asseoir au milieu des gueules amarantes et des bourses mouchet\u00e9es de ses orchid\u00e9es, appesantit son post\u00e9rieur sur un si\u00e8ge de rotin et engagea la plus cordiale des conversations qui aboutit \u00e0 la promesse d&rsquo;envoyer de l&rsquo;argent \u00e0 Michel.<\/p>\n<p>En attendant la somme lib\u00e9ratrice, Bakounine achevait, au milieu des souffrances de la maladie \u2212 une inflammation de la prostate \u2212 et des pires difficult\u00e9s p\u00e9cuniaires, une vie personnelle malheureuse, aux c\u00f4t\u00e9s de sa femme Antossia, sa jeune et froide Polonaise. Il ruminait les insucc\u00e8s de l&rsquo;insurrection de Pologne, qu&rsquo;il avait foment\u00e9e, les basses calomnies du principal de ses adeptes Netcha\u00efev, un vrai bandit, dont le ma\u00eetre mot \u00e9tait \u00ab \u00e0 toute vapeur \u00e0 travers la boue \u00bb, et pour lequel le fin justifiait tous les moyens, inclus l&rsquo;assassinat de ses camarades.<\/p>\n<p>La seule consolation de Bakounine \u00e9tait maintenant ma m\u00e8re et plusieurs r\u00e9volutionnaires italiens qui l&rsquo;avaient suivi dans son refuge tessinois. Presque tous les jours, il recevait la visite de l&rsquo;\u00ab illustre professeur \u00bb Pederzoli [c&rsquo;est ainsi que cet homme, qui dispensait des le\u00e7ons d&rsquo;italien, fut pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 la m\u00e8re de l&rsquo;auteur] et d&rsquo;un groupe d&rsquo;ouvriers dont le plus marquant \u00e9tait Sata Andrea, un cordonnier de Ravenne, jeune homme \u00e0 la beaut\u00e9 sans \u00e9gale d&rsquo;un centurion romain.<\/p>\n<p>En g\u00e9n\u00e9ral, un barine russe avait un sens aigu de la d\u00e9mocratie, acquis au contact journalier du peuple avec lequel il vivait \u00e0 la compagne. Le m\u00eame fait s&rsquo;\u00e9tait produit dans l&rsquo;ancienne France terrienne o\u00f9 le seigneur, tant qu&rsquo;il avait v\u00e9cu sur ses domaines, \u00e9tait plus pr\u00e8s du serf que du bourgeois.<\/p>\n<p>Ce sens d\u00e9mocratique \u00e9tait un des secrets de l&rsquo;ascendant de Bakounine sur les masses : il dominait l&rsquo;humble partisans de toute la hauteur de l&rsquo;intelligence et du savoir, mais il se faisait adorer de lui par l&rsquo;intensit\u00e9 qu&rsquo;il mettait \u00e0 conna\u00eetre sa vie et ses besoins.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 donc \u00ab Michele \u00bb assis, accoud\u00e9 \u00e0 sa table branlante sur laquelle s&rsquo;amoncellent sa provision de tabac et ses manuscrits. D\u00e8s son lever, il a fum\u00e9 et bu tasse sur tasse de son th\u00e9 ; il est pr\u00e8s de minuit, et il continue \u00e0 fumer et \u00e0 boire. Comme il fait chaud, il est en chemise et en cale\u00e7on ; la lampe \u00e9claire l&rsquo;humble chambre nue et l&rsquo;amas de journaux qui jonchent le plancher ; la lumi\u00e8re met en relief son visage l\u00e9onin et dominateur, ceint de l&rsquo;argent de sa barbe et de ses cheveux boucl\u00e9s. L&rsquo;ours polaire oppose sa puissante masse blanche au sombre groupe de ses disciples m\u00e9ridionaux qui d\u00e9vorent de l&rsquo;ardeur de leurs yeux, aux jaunes scl\u00e9rotiques, leur chef, leur idole, leur cher \u00ab Michele \u00bb.<\/p>\n<p>Et Bakounine parle : ses prunelles vertes sourient ou fulminent, une ardente conviction allume son discours qui pr\u00e9sente avec un relief sans pareil, en un italien impeccable, l&rsquo;id\u00e9al de demain, tout de justice, de bonheur, de dignit\u00e9 humaine. \u00ab Et surtout, combattez sans merci tout pouvoir personnel ou collectif, n&rsquo;admettez que la communaut\u00e9 d&rsquo;hommes libres et \u00e9gaux. Tout pouvoir, quel qu&rsquo;il soit, d\u00e9moralise et d\u00e9prave ses d\u00e9tenteurs, toute ob\u00e9issance \u00e0 ce pouvoir humilie et abaisse ceux qui lui sont subordonn\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p>Comment expliquer cette influence des r\u00e9volutionnaires russes sur les hommes d&rsquo;Occident ? Aucun de ces r\u00e9volutionnaires n&rsquo;a pourtant invent\u00e9 ce qu&rsquo;il a proclam\u00e9. Ce sont les cerveaux de Saint-Simon, de Fourier, de Proudhon, d&rsquo;Engels, de Marx qui ont \u00e9difi\u00e9 le socialisme. Les Russes n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 que les commentateurs de ces forgerons du monde nouveau. Mais leur \u00e9lan, leur enthousiasme, leur foi ont transpos\u00e9 et vivifi\u00e9 la th\u00e9orie : un L\u00e9nine a tent\u00e9 de r\u00e9aliser Marx et c&rsquo;est le l\u00e9ninisme qui, \u00e0 l&rsquo;heure actuelle, a essay\u00e9 de bouleverser le monde.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de l&rsquo;automne, notre m\u00e8re nous emm\u00e8ne faire nos adieux au \u00ab padre Michele \u00bb qui devait partir pour Berne consulter un c\u00e9l\u00e8bre docteur de ses amis.<\/p>\n<p>Nous entrons dans la chambre, Bakounine \u00e9tait couch\u00e9 sur son petit lit de fer qui criait sous le poids de son corps. Andrea, le cordonnier de Ravenne, \u00e9tait \u00e9galement l\u00e0, son beau visage d&rsquo;alb\u00e2tre portant la marque de la d\u00e9solation. Nous nous tenions tous quatre devant le malade. Il \u00e9tait assoupi, sa t\u00eate reposait dans l&rsquo;entrem\u00ealement de ses cheveux et, \u00e0 chaque expiration, il \u00e9mettait un court g\u00e9missement. Il ouvrit les paupi\u00e8res, lentement, nous d\u00e9visagea et, en un court moment, je reconnus dans le regard de cet homme si puissant, fondateur d&rsquo;un mouvement historique, la m\u00eame expression entrevue, jadis, dans les yeux de l&rsquo;humble ma\u00eetre de poste, mon grand-oncle, agonisant \u00e0 Ni\u00e9st\u00e9rovo.<\/p>\n<p>En fait, Michel Bakounine mourut quelques semaines apr\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 Berne.<\/p><\/blockquote>\n<p>Ce portait de Bakounine en vieux papa g\u00e2teau est conforme \u00e0 ce que d&rsquo;autres t\u00e9moins ont pu raconter. Je pense que l&rsquo;auteur voit juste \u00e9galement lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de comprendre l&rsquo;attachement d&rsquo;un certain nombre d&rsquo;hommes du peuple \u00e0 l&rsquo;aristocrate russe (m\u00eame si les explications plus g\u00e9n\u00e9rales qu&rsquo;il fournit sur la pr\u00e9tendue proximit\u00e9 entre aristocratie et paysannerie sont franchement fantaisistes). En revanche, il y a certaines approximations,\u00a0 bien compr\u00e9hensibles pour des souvenir r\u00e9dig\u00e9s \u00e0 60 ans de distance. Par exemple, l&rsquo;auteur raconte qu&rsquo;il avait \u00e0 peu pr\u00e8s le m\u00eame \u00e2ge que Maroussia, dite Bomba (la future math\u00e9maticienne, aussi connue sous le nom de <a href=\"https:\/\/it.wikipedia.org\/wiki\/Maria_Bakunin\">Maria Bakunin<\/a>), mais il confond visiblement avec Sofia, n\u00e9e comme lui en 1870 (Maroussia \u00e9tait n\u00e9e en 1873, et elle devait n&rsquo;avoir que deux ans lorsqu&rsquo;il fit sa connaissance). L&rsquo;auteur ne donne pas de dates, mais dans la mesure o\u00f9 tout cela se passe \u00e0 Lugano, o\u00f9 Bakounine s&rsquo;\u00e9tait install\u00e9 avec sa petite famille \u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 1874, les faits rapport\u00e9s ont d\u00fb commencer au cours de l&rsquo;ann\u00e9e 1875, donc lorsqu&rsquo;il avait entre 5 et\u00a0 6 ans (ce qui rend difficilement cr\u00e9dible l&rsquo;id\u00e9e que Bakounine mourant lui rappelle son grand-oncle aper\u00e7u jadis dans la m\u00eame situation). J&rsquo;ajouterais encore que ce n&rsquo;est pas \u00e0 l&rsquo;automne que Bakounine partit vers sa derni\u00e8re destination, mais en juin 1876 \u2212 il mourut le 1er juillet. Quant au r\u00e9cit pittoresque sur l&rsquo;h\u00e9ritage de Bakounine et la visite de la s\u0153ur de sa femme Antonia \u00e0 son fr\u00e8re Paul, elle ressemble fort \u00e0 une gal\u00e9jade. Je soup\u00e7onne \u00e9galement certains aspects de cette \u00e9vocation d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 reconstitu\u00e9s sur la base de la litt\u00e9rature existante \u2212 ainsi du discours tenu par Bakounine \u00e0 ses amis italiens, qui ressemble bien \u00e0 ce que le r\u00e9volutionnaire russe a pu \u00e9crire, mais gu\u00e8re \u00e0 ce qu&rsquo;aurait pu retenir un enfant de 5 ans. Et j&rsquo;en oublie sans doute, mais au fond qu&rsquo;importe, puisque reste le principal, avec ce portrait du vieux Bakounine sur ses derniers jours.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marianne Enckell, du CIRA de Lausanne, que je remercie chaleureusement, a r\u00e9cemment attir\u00e9 mon attention sur un t\u00e9moignage personnel \u00e0 propos des derniers mois de Bakounine \u00e0 Lugano. 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