{"id":865,"date":"2015-03-15T10:56:28","date_gmt":"2015-03-15T08:56:28","guid":{"rendered":"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs\/bakounine\/?p=865"},"modified":"2015-03-15T23:15:05","modified_gmt":"2015-03-15T21:15:05","slug":"bakounine-dans-le-maitron-des-anarchistes","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/bakounine-dans-le-maitron-des-anarchistes-865\/","title":{"rendered":"Bakounine dans le Maitron des anarchistes"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/wp-content\/uploads\/maitroncouv.jpg\" rel=\"lightbox[865]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-868\" src=\"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/wp-content\/uploads\/maitroncouv-193x300.jpg\" alt=\"maitroncouv\" width=\"193\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/wp-content\/uploads\/maitroncouv-193x300.jpg 193w, http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/wp-content\/uploads\/maitroncouv.jpg 433w\" sizes=\"(max-width: 193px) 100vw, 193px\" \/><\/a>Le 1er mai 2014 est sorti ce que l&rsquo;on appelle \u00ab\u00a0le Maitron des anarchistes\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire en fait <em>Les Anarchistes. Dictionnaire biographique du mouvement libertaire francophone<\/em> (Paris, \u00e9ditions de l&rsquo;Atelier) ouvrage coordonn\u00e9 par Claude Pennetier et pour lequel l&rsquo;amie Marianne Enckell a jou\u00e9 un r\u00f4le important, notamment pour la collecte des biographies.<\/p>\n<p>J&rsquo;y ai pour ma part apport\u00e9 ma modeste contribution en r\u00e9digeant la notice biographique de Bakounine, notice donc il existe deux versions : une courte pour la publication papier, et une plus longue pour la <a href=\"http:\/\/maitron-en-ligne.univ-paris1.fr\/spip.php?page=article_long&amp;id_article=24472\">version \u00e9lectronique<\/a>. Je donne la version longue telle qu&rsquo;envoy\u00e9e aux \u00e9diteurs (en corrigeant simplement une ou deux petites choses, mais il est possible qu&rsquo;il reste quelques erreurs par rapport \u00e0 la version finalement publi\u00e9e). Comme c&rsquo;est une sorte de biographie de Bakounine condens\u00e9e, et que je n&rsquo;en avais pas encore post\u00e9 sur ce blog, je me dis que \u00e7a ne peut pas faire de mal.<\/p>\n<p>Et bien \u00e9videmment, n&rsquo;oubliez pas d&rsquo;acheter le Maitron des anarchistes aupr\u00e8s de votre libraire. En payant aupr\u00e8s d&rsquo;un ind\u00e9pendant un livre qui a \u00e9t\u00e9 largement financ\u00e9 par souscription, vous vous \u00e9viterez le d\u00e9sagr\u00e9ment d&rsquo;avoir fourni indirectement \u00e0 un quelconque oligarque un morceau de son nouveau jacuzzi.<!--more--><\/p>\n<p>BAKOUNINE Michel (Mikha\u00efl Alexandrovitch, dit)<\/p>\n<p>N\u00e9 le 18 mai 1814 \u00e0 Premoukhino, gouvernement de Tver (Russie), mort le 1er juillet 1876 \u00e0 Berne (Suisse). Jeune h\u00e9g\u00e9lien, r\u00e9volutionnaire russe, puis th\u00e9oricien anarchiste. Membre de l&rsquo;AIT. Il prit une part active aux mouvements  r\u00e9volutionnaires europ\u00e9ens de 1848-1849 ainsi qu&rsquo;\u00e0 la tentative insurrectionnelle de Lyon en septembre 1870 et fut le principal opposant de Marx au sein de l&rsquo;AIT (Association Internationale des Travailleurs).<\/p>\n<p>Michel Bakounine \u00e9tait originaire d&rsquo;une famille de la noblesse terrienne russe. Son p\u00e8re, Alexandre, avait pass\u00e9 plusieurs ann\u00e9es en Italie avant de reprendre le domaine familial. Michel avait deux s\u0153urs a\u00een\u00e9es,  deux plus jeunes s\u0153urs et cinq fr\u00e8res, \u00e9galement plus jeunes. D\u00e8s ses jeunes ann\u00e9es, il apprit le fran\u00e7ais et  l&rsquo;allemand. Envoy\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole d&rsquo;artillerie de Saint-P\u00e9tersbourg pour y devenir militaire, il servit entre 1833 et  1835 dans une brigade d&rsquo;artillerie dans les gouvernements de Minsk et de Grodno.<\/p>\n<p>En mars 1835, \u00e0 Moscou, il fit la rencontre de Nicolas Stankevitch, qui animait un cercle de jeunes passionn\u00e9s par la litt\u00e9rature philosophique allemande. Il d\u00e9missionna de l&rsquo;arm\u00e9e en d\u00e9cembre 1835 et  rejoignit ce cercle, au sein duquel il devint successivement un adepte de Fichte, puis de Hegel, dont il utilisait  alors les pens\u00e9es pour appr\u00e9hender ses propres relations avec son cercle d&rsquo;intimes. Au sein de sa famille, il  entra notamment en conflit avec son p\u00e8re \u00e0 propos du mariage de l&rsquo;une de ses s\u0153urs. D\u00e9j\u00e0 ami avec Ivan  Tourgueniev et Vissarion Belinski, il rencontra Alexandre Herzen en avril 1840. En juillet 1840, il quitta la  Russie pour l&rsquo;Allemagne afin d&rsquo;y poursuivre sa formation philosophique, et aussi d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 un milieu familial qui lui pesait. S\u00e9journant \u00e0 Berlin et \u00e0 Dresde, il suivit les cours de Schelling (en m\u00eame temps que  Kierkegaard et Engels) et de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9lien Karl Werder et fit la rencontre de plusieurs figures du mouvement  lib\u00e9ral et d\u00e9mocratique allemand, dont Arnold Ruge, figure pr\u00e9\u00e9minente de la gauche h\u00e9g\u00e9lienne qui \u00e9ditait  les <em>Deutsche Jahrb\u00fccher f\u00fcr Wissenschaft und Kunst<\/em>. Dans cette revue, il fit para\u00eetre en octobre 1842, sous  le pseudonyme de Jules Elysard, son article \u00ab Die Reaktion in Deutschland \u00bb (\u00ab La R\u00e9action en Allemagne \u00bb)  qui eut un certain retentissement. Craignant que l&rsquo;ambassade russe ne commen\u00e7\u00e2t \u00e0 s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 lui, il partit  pour la Suisse en janvier 1843. Il fit para\u00eetre en juin 1843 dans <em>Der<\/em> <em>Schweizerischer Republikaner<\/em> de Berne son  article \u00ab Der Kommunismus \u00bb (\u00ab Le Communisme \u00bb). \u00c0 nouveau inqui\u00e9t\u00e9 par les autorit\u00e9s russes, il partit  pour Paris en f\u00e9vrier 1844 et s\u00e9journa bri\u00e8vement \u00e0 Bruxelles au printemps 1844. A Paris, il fit la  connaissance de Marx et de l&rsquo;\u00e9quipe du <em>Vorw\u00e4rts<\/em>, mais aussi de plusieurs socialistes fran\u00e7ais (dont  Proudhon, avec qui il se lia d&rsquo;amiti\u00e9 et discuta de la philosophie h\u00e9g\u00e9lienne) et de membres de l&rsquo;\u00e9migration  polonaise. En janvier 1845, ayant appris que le S\u00e9nat russe le sommait de rentrer en Russie et l&rsquo;avait d\u00e9chu  de ses titres de noblesse, il fit para\u00eetre dans le journal <em>La R\u00e9forme<\/em> un article attaquant frontalement  l&rsquo;autocratie russe. Il r\u00e9it\u00e9ra en 1846 avec un article contre la pers\u00e9cution de religieuses catholiques en Lituanie. En novembre 1847, ayant prononc\u00e9 un discours enflamm\u00e9 \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;une comm\u00e9moration de l&rsquo;insurrection polonaise de 1830, il fut expuls\u00e9 de France vers la Belgique \u00e0 la demande de l&rsquo;ambassade russe.<\/p>\n<p>Revenu en France \u00e0 la faveur de la r\u00e9volution de f\u00e9vrier 1848, il se plongea dans l&rsquo;ivresse du Paris  r\u00e9volutionnaire. Mais ayant appris que des mouvements insurrectionnels avaient \u00e9clat\u00e9 en Europe centrale, il  quitta la France en avril 1848. Le projet de Bakounine \u00e9tait alors de trouver un point d&rsquo;appui pour un soul\u00e8vement en Russie, d&rsquo;abord dans le mouvement polonais, puis dans celui des nationalit\u00e9s slaves d&rsquo;Autriche. A cette \u00e9poque, des rumeurs faisant de Bakounine un espion furent relay\u00e9es par l&rsquo;entourage de  Marx. Il s\u00e9journa en Allemagne au printemps 1848, puis partit pour Prague en juin 1848 pour y assister au  congr\u00e8s slave. Il participa \u00e0 l&rsquo;insurrection de la ville contre les troupes autrichiennes. De retour en Allemagne,  il r\u00e9digea \u00e0 l&rsquo;automne 1848 son \u00ab Appel aux Slaves \u00bb, incitant les nationalit\u00e9s opprim\u00e9es \u00e0 se joindre au  camp de la r\u00e9volution europ\u00e9enne. En mai 1849, \u00e0 Dresde, alors qu&rsquo;il pr\u00e9parait une nouvelle insurrection en  Boh\u00e8me, il prit une part active au soul\u00e8vement de la ville. Il y c\u00f4toya notamment Richard Wagner. Arr\u00eat\u00e9, il  fut condamn\u00e9 \u00e0 mort par la Saxe (14 janvier 1850), peine commu\u00e9e en d\u00e9tention \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 (12 juin 1850), puis livr\u00e9 \u00e0 l&#8217;empire d&rsquo;Autriche, qui le condamna \u00e0 mort avant de le livrer aux autorit\u00e9s russes (17 mai 1851).  Lors de son s\u00e9jour \u00e0 la forteresse de K\u00f6nigstein, dans l&rsquo;attente de l&rsquo;examen de sa demande de gr\u00e2ce, il r\u00e9digea un long  texte, <em>Meine Verteidigung<\/em> (Ma D\u00e9fense), expliquant son action. En Russie, confin\u00e9 dans la forteresse  Pierre-et-Paul, il adressa au tsar Nicolas 1er une <em>Confession<\/em> dans laquelle il faisait le bilan de ses ann\u00e9es d&rsquo;activit\u00e9 r\u00e9volutionnaire tout en feignant le repentir. Gravement malade (scorbut), il finit par obtenir en 1857  son \u00e9loignement en Sib\u00e9rie. Il s\u00e9journa d&rsquo;abord \u00e0 Tomsk, o\u00f9 il \u00e9pousa une jeune Polonaise, Antonia  Kwiatkowska (avec qui il eut sans doute une relation plus paternelle qu&rsquo;amoureuse), puis \u00e0 Irkoutsk, o\u00f9 il fut  le prot\u00e9g\u00e9 du gouverneur Mouraviev-Amourski, dont il \u00e9tait un lointain parent. En juillet 1861, il s&rsquo;\u00e9vada sur un  navire am\u00e9ricain en partance pour le Japon et rejoignit l&rsquo;Europe en d\u00e9cembre apr\u00e8s \u00eatre pass\u00e9 par Yokohama, San  Francisco, l&rsquo;isthme de Panama, New York et Boston. \u00c0 Londres, il retrouva Alexandre Herzen et Nicolas Ogarev,  \u00e9diteurs de la revue d&rsquo;opposition <em>Kolokol<\/em> (La Cloche), mais aussi Marx. Reprenant ses activit\u00e9s  r\u00e9volutionnaires avec l&rsquo;orientation slave et d\u00e9mocratique qui \u00e9tait la leur avant sa longue p\u00e9riode d&#8217;emprisonnement et d&rsquo;exil, il tenta vainement d&rsquo;apporter son soutien \u00e0 l&rsquo;insurrection polonaise de mars 1863,  ce qui le conduisit notamment en Su\u00e8de, o\u00f9 il prit contact avec les mouvements d\u00e9mocratiques locaux.<\/p>\n<p>Ayant pris conscience de l&rsquo;impasse \u00e0 laquelle conduisait la question des nationalit\u00e9s, ses conceptions \u00e9volu\u00e8rent vers le socialisme r\u00e9volutionnaire au cours de l&rsquo;ann\u00e9e 1864. Il quitta Londres pour la Suisse en  novembre 1863 et de l\u00e0 rejoignit Antonia en Italie, pays dans lequel il s\u00e9journa jusqu&rsquo;en 1867. Il entreprit  toutefois un nouveau voyage en Su\u00e8de entre ao\u00fbt et octobre 1864, passant par Paris (o\u00f9 il rencontra une  derni\u00e8re fois Proudhon) et par Londres (o\u00f9 il revit Marx, qui venait de prendre part \u00e0 la fondation de l&rsquo;AIT). De  cette \u00e9poque datent ses premiers projets r\u00e9volutionnaires qui peuvent \u00eatre qualifi\u00e9s de socialistes et  libertaires. Il d\u00e9ploya en Italie, d&rsquo;abord \u00e0 Florence (1864-1865) puis \u00e0 Naples (1865-1867) une intense  activit\u00e9 conspiratrice, fondant des soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes (Fraternit\u00e9 Internationale, puis Soci\u00e9t\u00e9 R\u00e9volutionnaire  Internationale) qu&rsquo;il dota de programmes et d&rsquo;organigrammes d\u00e9taill\u00e9s (cat\u00e9chismes r\u00e9volutionnaires). C&rsquo;est  \u00e0 cette \u00e9poque que se fix\u00e8rent les opinions philosophiques qu&rsquo;il allait d\u00e9velopper dans de nombreux  manuscrits au cours de la d\u00e9cennie suivante. En 1867, \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;un article consacr\u00e9 \u00e0 la question slave  et publi\u00e9 en Italie, il se d\u00e9clara pour la premi\u00e8re fois anarchiste. Lors de son s\u00e9jour \u00e0 Naples, sa femme  entama une relation amoureuse avec l&rsquo;avocat Carlo Gambuzzi, ami de Bakounine.<\/p>\n<p>En septembre 1867, il partit pour la Suisse pour assister, \u00e0 Gen\u00e8ve, au congr\u00e8s de la Ligue de la Paix et de  la Libert\u00e9. Il n&rsquo;allait pratiquement plus quitter ce pays jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort. Bakounine chercha \u00e0 gagner la Ligue  aux id\u00e9es socialistes r\u00e9volutionnaires, qu&rsquo;il d\u00e9veloppa dans un long manuscrit inachev\u00e9 au cours de l&rsquo;hiver  1867-1868, <em>F\u00e9d\u00e9ralisme, socialisme et antith\u00e9ologisme<\/em>. N&rsquo;ayant pas r\u00e9ussi \u00e0 rallier l&rsquo;organisation \u00e0 l&rsquo;AIT (\u00e0  laquelle il avait lui-m\u00eame adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve en juillet 1868), il fit scission en octobre 1868, fondant l&rsquo;Alliance  Internationale de la D\u00e9mocratie Socialiste avec notamment quelques jeunes militants fran\u00e7ais qu&rsquo;il avait rencontr\u00e9s au sein de la Ligue (V. Jaclard, J. Bedouch, les fr\u00e8res Reclus, A. Rey, A. Richard, B. Malon).  L&rsquo;adh\u00e9sion collective de l&rsquo;Alliance \u00e0 l&rsquo;AIT ayant \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e par le Conseil G\u00e9n\u00e9ral \u00e0 Londres (22 d\u00e9cembre  1868), elle fut dissoute et ses sections locales (dont celle de Gen\u00e8ve, la plus importante) adh\u00e9r\u00e8rent s\u00e9par\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;Internationale. Parall\u00e8lement, Bakounine maintint l&rsquo;existence de son organisation secr\u00e8te, la  Fraternit\u00e9 internationale, pour laquelle il continua \u00e0 r\u00e9diger programmes et statuts secrets. \u00c0 partir de f\u00e9vrier  1869, il noua \u00e9galement des liens avec des militants de l&rsquo;Internationale bas\u00e9s au Locle, parmi lesquels  James Guillaume (qui dirigeait le journal <em>Le Progr\u00e8s<\/em>), Adh\u00e9mar Schwitzgu\u00e9bel et August Spichiger, tout en  \u0153uvrant \u00e0 la mise en place d&rsquo;une f\u00e9d\u00e9ration romande de l&rsquo;AIT, dot\u00e9e d&rsquo;un journal, <em>L&rsquo;\u00c9galit\u00e9<\/em>, paraissant \u00e0  Gen\u00e8ve. Au cours de l&rsquo;ann\u00e9e 1869, Bakounine \u00e9crivit de nombreux articles pour ces deux journaux, dont une  s\u00e9rie consacr\u00e9e au patriotisme. Il prit part en septembre 1869 au congr\u00e8s de B\u00e2le de l&rsquo;Internationale. Il y  contribua \u00e0 l&rsquo;adoption de r\u00e9solutions qui allaient aviver la tension avec Marx et son entourage, dont une sur  l&rsquo;abolition du droit d&rsquo;h\u00e9ritage. Il y rencontra \u00e9galement des militants fran\u00e7ais qui devinrent ses amis, parmi  lesquels Eug\u00e8ne Varlin.<\/p>\n<p>En octobre 1869, Bakounine quitta Gen\u00e8ve pour Locarno afin de se rapprocher de l&rsquo;Italie. Antonia attendait  en effet un deuxi\u00e8me enfant de sa relation avec Carlo Gambuzzi, mais souhaitait continuer \u00e0 vivre avec  Bakounine &#8211; les deux enfants allaient d&rsquo;ailleurs porter son nom, et des pr\u00e9noms italiens. Dans une lettre du  16 d\u00e9cembre 1869, Bakounine expliqua \u00e0 Ogarev sa situation familiale et d\u00e9signa Gambuzzi comme le \u00ab \u00a0v\u00e9ritable \u00e9poux\u00a0\u00bb d&rsquo;Antonia.<\/p>\n<p>En Suisse, Bakounine ne cessa d&rsquo;entretenir des liens avec son pays natal, notamment par le biais des  milieux de l&rsquo;\u00e9migration russe \u00e0 Gen\u00e8ve. Il maintint sa collaboration avec Herzen et Ogarev et r\u00e9digea, au  cours de l&rsquo;ann\u00e9e 1868, une s\u00e9rie de brochures \u00e0 destination de la Russie. En 1869, il fit la connaissance de  Sergue\u00ef Netcha\u00efev, qui, pr\u00e9tendant \u00eatre \u00e0 la t\u00eate d&rsquo;une importante organisation secr\u00e8te, l&rsquo;impressionna par  son \u00e9nergie et sa d\u00e9termination. Bakounine ignorait alors que Netcha\u00efev avait quitt\u00e9 la Russie apr\u00e8s avoir  pris part \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;un membre du groupe qu&rsquo;il dirigeait (l&rsquo;\u00e9tudiant Ivanov) et que l&rsquo;organisation dont il se  r\u00e9clamait n&rsquo;existait pas. Il est probable que Bakounine ait consid\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;il pouvait passer outre les  divergences th\u00e9oriques et pratiques qui le s\u00e9paraient de Netcha\u00efev parce qu&rsquo;il esp\u00e9rait, par son entremise,  avoir un impact sur le cours des \u00e9v\u00e9nements en Russie. Les relations qu&rsquo;entretint Bakounine avec Netcha\u00efev  pes\u00e8rent lourdement dans les accusations qui furent port\u00e9es contre lui au moment de son exclusion de l&rsquo;AIT.  Netcha\u00efev avait notamment pris l&rsquo;initiative de menacer un \u00e9diteur pour que Bakounine soit d\u00e9charg\u00e9 de la  traduction du <em>Capital<\/em> de Marx en russe. En outre, il d\u00e9tourna des fonds destin\u00e9s \u00e0 la reparution du <em>Kolokol<\/em> apr\u00e8s la mort de Herzen (21 janvier 1870). A la m\u00eame \u00e9poque, il r\u00e9digea un <em>Cat\u00e9chisme du r\u00e9volutionnaire<\/em>,  qui d\u00e9peint le r\u00e9volutionnaire en homme perdu, inflexible et cynique. Bien que ce texte diverge en de nombreux points des conceptions d\u00e9fendues par Bakounine, celui-ci en fut consid\u00e9r\u00e9, notamment par ses adversaires dans l&rsquo;Internationale, comme le co-auteur &#8211; erreur qui persiste aujourd&rsquo;hui et profite de la  confusion avec les cat\u00e9chismes r\u00e9volutionnaires r\u00e9dig\u00e9s par Bakounine au cours des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. Alert\u00e9 par plusieurs de ses amis sur les agissements de Netchaev, Bakounine finit par rompre avec lui en juin 1870, non sans l&rsquo;avoir d\u00e9fendu contre les menaces d&rsquo;extradition vers la Russie que le gouvernement suisse  faisait alors peser sur lui (<em>Les Ours de Berne et l&rsquo;ours de Saint-P\u00e9tersbourg<\/em>).<\/p>\n<p>Au cours d&rsquo;\u00e9t\u00e9 1870, Bakounine suivit avec attention le d\u00e9but du conflit entre la France de Napol\u00e9on III et la  coalition allemande r\u00e9unie autour de la Prusse de Bismarck, ce dont t\u00e9moigne sa <em>Lettre \u00e0 un Fran\u00e7ais<\/em>. Les d\u00e9faites des arm\u00e9es imp\u00e9riales, la chute de l&#8217;empire et l&rsquo;avanc\u00e9e vers Paris des arm\u00e9es allemandes  pouss\u00e8rent Bakounine \u00e0 joindre ses efforts \u00e0 ceux de ses amis lyonnais (notamment Albert Richard, Louis  Palix et Gaspard Blanc) pour organiser un soul\u00e8vement r\u00e9volutionnaire en septembre 1870. Son but \u00e9tait  alors de transformer la guerre contre l&rsquo;Allemagne en guerre r\u00e9volutionnaire. Cet \u00e9pisode, l&rsquo;un des signes  annonciateurs de la Commune, allait faire par la suite l&rsquo;objet de d\u00e9formations grossi\u00e8res, notamment par  l&rsquo;historiographie marxiste. Bakounine arriva \u00e0 Lyon le 15 septembre 1870. Il participa \u00e0 plusieurs r\u00e9unions  publiques et contribua \u00e0 la r\u00e9daction d&rsquo;une affiche rouge, programme de l&rsquo;insurrection, qui proposait  notamment de remplacer \u00ab la machine administrative et gouvernementale de l&rsquo;\u00c9tat, devenue impuissante \u00bb  par une \u00ab f\u00e9d\u00e9ration r\u00e9volutionnaire des communes \u00bb. Le soul\u00e8vement du 28 septembre 1870 \u00e9choua  cependant en raison de tergiversations et de d\u00e9fections &#8211; notamment celle de Cluseret. Recherch\u00e9,  Bakounine se cacha quelques jours \u00e0 Lyon, puis partit pour Marseille, o\u00f9 il r\u00e9digea un long manuscrit connu  sous le titre <em>Situation politique en France<\/em>. De l\u00e0, il regagna la Suisse par l&rsquo;Italie. Au cours de l&rsquo;hiver qui suivit,  il r\u00e9digea le long manuscrit, qui demeura inachev\u00e9, de <em>L&#8217;empire knouto-germanique et la r\u00e9volution sociale<\/em>,  dans lequel il revient sur la situation fran\u00e7aise, mais \u00e9largit le propos \u00e0 une histoire de la bourgeoisie  allemande et pr\u00e9sente ses conceptions philosophiques. Bakounine maintint \u00e0 cette p\u00e9riode son activit\u00e9 au  sein de l&rsquo;AIT et ses relations avec les militants fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9crasement de la Commune (mai 1871), il en produisit une d\u00e9fense publique contre le patriote italien  Giuseppe Mazzini. L&rsquo;ensemble de la pol\u00e9mique avec Mazzini est connu sous le titre <em>La Th\u00e9ologie politique  de Mazzini<\/em> et occupa Bakounine jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;automne 1871. Comme souvent, Bakounine d\u00e9borda le contexte  initial de la discussion pour pr\u00e9senter plus g\u00e9n\u00e9ralement ses conceptions politiques et philosophiques. Ce fut  ensuite la pol\u00e9mique contre Marx, au sein de l&rsquo;Internationale, qui prit le relais. L&rsquo;antipathie entre les deux  hommes cristallisait un diff\u00e9rend profond qui divisait l&rsquo;AIT sur deux questions principales. La premi\u00e8re \u00e9tait  celle de l&rsquo;organisation : \u00e0 un courant centralisateur (marxiste et blanquiste) qui pr\u00e9tendait donner le premier  r\u00f4le au Conseil G\u00e9n\u00e9ral bas\u00e9 \u00e0 Londres, s&rsquo;opposait un courant, multiforme, pr\u00f4nant l&rsquo;autonomie des sections.  La seconde \u00e9tait celle de la politique : alors que Marx et ses amis voyaient dans la prise du pouvoir politique  la premi\u00e8re t\u00e2che du prol\u00e9tariat (qui devait, par suite, s&rsquo;organiser en parti politique), ceux dont Bakounine exprimait l&rsquo;opinion voyaient dans l&rsquo;AIT un lieu d&rsquo;organisation pour la solidarit\u00e9 \u00e9conomique entre les  travailleurs, o\u00f9 les questions politiques, philosophiques et religieuses devaient \u00eatre d\u00e9battues sans qu&rsquo;aucun  programme ne soit arr\u00eat\u00e9. Bakounine exposa ces conceptions dans plusieurs manuscrits, dont une circulaire  adress\u00e9e en mars 1872 <em>Aux compagnons de la F\u00e9d\u00e9ration des sections internationales du Jura<\/em>. Il y attaqua Marx sur un plan politique, mais aussi personnel, dans des pages d&rsquo;un anti-juda\u00efsme virulent. Le congr\u00e8s suivant de l&rsquo;AIT, organis\u00e9 \u00e0 La Haye du 2 au 9 septembre 1872, pour en rendre l&rsquo;acc\u00e8s plus difficile aux \u00ab anti-autoritaires \u00bb (pr\u00e9sents en Suisse, en Italie et en Espagne), pronon\u00e7a en septembre 1872 l&rsquo;exclusion de Bakounine et de ses amis (dont James Guillaume). Cette d\u00e9cision fut d\u00e9savou\u00e9e par la plupart des sections de l&rsquo;Internationale, ce qui conduisit \u00e0 l&rsquo;\u00e9clatement de l&rsquo;organisation. Un  autre congr\u00e8s se tint \u00e0 Saint-Imier \u00e0 partir du 15 septembre 1872, auquel participa Bakounine et qui posa les  bases de l&rsquo;Internationale anti-autoritaire. Apr\u00e8s cet \u00e9pisode, Bakounine r\u00e9digea un long <em>\u00c9crit contre Marx <\/em> (novembre 1872), qui ne nous est que partiellement parvenu, et surtout <em>\u00c9tatisme et anarchie<\/em>, r\u00e9dig\u00e9 en russe  entre janvier et ao\u00fbt 1873. Ce livre, le dernier de Bakounine, fut lut et annot\u00e9 par Marx.<\/p>\n<p>Au printemps 1873, Bakounine s&rsquo;installa, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Locarno, \u00e0 La Baronata, une propri\u00e9t\u00e9 achet\u00e9e par le  militant italien Carlo Cafiero, qui voulait en faire une base arri\u00e8re pour les r\u00e9volutionnaires italiens, mais le projet \u00e9choua. Malade, Bakounine d\u00e9missionna en octobre 1873 de la F\u00e9d\u00e9ration jurassienne. Esp\u00e9rant  trouver la mort sur une barricade, il participa au cours de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1874 \u00e0 des pr\u00e9paratifs insurrectionnels \u00e0  Bologne, mais le soul\u00e8vement fit long feu. Il se retira \u00e0 Lugano \u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 1874. Souffrant de probl\u00e8mes urinaires (cons\u00e9quence probable d&rsquo;un cancer de la vessie), il mourut \u00e0 Berne le 1er juillet 1876.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 1er mai 2014 est sorti ce que l&rsquo;on appelle \u00ab\u00a0le Maitron des anarchistes\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire en fait Les Anarchistes. Dictionnaire biographique du mouvement libertaire francophone (Paris, \u00e9ditions de l&rsquo;Atelier) ouvrage coordonn\u00e9 par Claude Pennetier et pour lequel l&rsquo;amie Marianne Enckell a jou\u00e9 un r\u00f4le important, notamment pour la collecte des biographies. J&rsquo;y ai pour ma [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[98,97],"tags":[99,458,390,389],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/865"}],"collection":[{"href":"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=865"}],"version-history":[{"count":5,"href":"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/865\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":880,"href":"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/865\/revisions\/880"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=865"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=865"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/atelierdecreationlibertaire.com\/blogs1\/bakounine\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=865"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}