Archive pour la catégorie ‘Philosophie’

Retour sur une émission

L’émission des Chemins de la philosophie consacrée à Bakounine hier, et dans laquelle j’étais invité, peut être réécoutée en suivant ce lien.  J’en profite pour remercier toute l’équipe de l’émission, et particulièrement Géraldine Mosna-Savoye (qui œuvrait au micro) et Anaïs Ysebaert (qui a aidé à sa préparation en amont), car le travail qu’elles ont accompli de fréquentation de la pensée de Bakounine n’est finalement pas si fréquent. Bien entendu, en 50 minutes, on ne peut pas tout dire, et je profite de ce billet pour fournir quelques compléments aux personnes que ça intéresserait. Et comme j’ai l’esprit de l’escalier, même sur des sujets que je connais bien, j’ai tendance à ne penser qu’après-coup à ce que j’aurais pu ou dû dire au micro… Ce billet est donc aussi l’occasion de quelques éléments d’auto-critique! Lire la suite de cette entrée »

Bakounine sur France Culture

Ce jeudi 7 novembre, à 10h, je suis invité sur France Culture, dans le cadre de l’émission « Les nouveaux chemins de la philosophie « à venir parler de Bakounine, dans le cadre d’une série de quatre émissions consacrées à la philosophie russe – les trois précédentes ont porté sur Lénine, sur Chestov et sur Tolstoï. L’émission sera présentée par Géraldine Mosna-Savoye. Pour avoir un aperçu de la série en question, et aussi réécouter les précédentes émissions, on peut se reporter au site de la radio, sur lequel ne figure cependant pas à ce jour la mention de celle qui sera consacrée à Bakounine.

À moins donc qu’on ne m’ait préparé une farce, ce sera l’occasion pour moi d’aborder, à travers la figure de Bakounine, la question de la pénétration de la philosophie allemande en Russie au début du XIXe siècle, l’inscription compliquée de Bakounine dans le champ de la philosophie, son rapport à des auteurs comme Hegel, Comte ou Marx, et bien entendu que sa philosophie de la liberté.
Et si, pour une raison absolument inexplicable, vous ne pouviez pas écouter l’émission en direct, il vous est possible de l’écouter après coup en podcast.
À vos postes à galène (dont on sait qu’ils sont aussi des récepteurs à cristal) et autres transistors !

Deux textes de Gustav Landauer sur Bakounine

Voici deux textes de l’anarchiste allemand Gustav Landauer (1870-1919), traduits par mes soins et consacrés à Bakounine. Je les publie en ce 2 mai 2019 à l’occasion du centenaire de l’assassinat de cet auteur par des membres des corps-francs envoyés par le gouvernement de Berlin pour mater les troubles révolutionnaires en Bavière, troubles dans lesquels Landauer avait été impliqué – il fut même pendant quelques jours commissaire à l’éducation de l’éphémère République des Conseils de Bavière. J’en profite pour signaler deux éléments d’actualité à propos de Landauer. D’une part, du 6 au 8 juin, à l’École Normale Supérieure de Lyon se tiendra un colloque international intitulé « Actualité de Gustav Landauer (1870-1919), philosophe et révolutionnaire », organisé par Anatole Lucet et moi-même. On peut trouver le programme ici. D’autre part, au mois d’octobre, paraîtra à La Lenteur notre traduction de l’Appel au socialisme du même Landauer. Lire la suite de cette entrée »

Bakounine jeune hégélien, le retour

Lundi 18 février 2019, avec ma camarade et néanmoins collègue Pauline Clochec (qui, elle, parlera des jeunes hégélianismes de Marx, auquel elle a consacré une thèse monumentale), je suis invité à l’Université Paris 8 pour y parler de Bakounine comme jeune hégélien. Cette intervention constituera la première séance du séminaire « Hegel après Hegel » organisé par Paul Guillibert, Frédéric Monferrand, Matthieu Renault et Jean-Baptiste Vuillerod. Ce sera l’occasion pour moi de revenir (à tous les sens du terme: y revenir, mais sans doute aussi préciser et corriger) sur ce que j’ai pu écrire à ce sujet il y a assez longtemps déjà dans Bakounine jeune hégélien. La philosophie et son dehors (ENS Éditions, 2007).

Le contenu de ce livre, qui consistait en un remaniement d’un chapitre de ma thèse, a pour l’essentiel été élaboré en 2001 lorsque j’ai commencé à faire de Bakounine l’objet de mes recherches en philosophie (même si c’était une vieille connaissance par ailleurs!). Autant dire que c’est de la vieille ouvrage, et qu’entre temps, ma connaissance du contexte intellectuel qui a présidé à l’écriture des textes jeunes hégéliens de Bakounine (pour l’essentiel les deux articles de 1842 et 1843 « La Réaction en Allemagne » et » Le Communisme ») a considérablement progressé. Lire la suite de cette entrée »

Camus et Bakounine

J’ai eu récemment à rendre compte, pour le numéro 859 (2018/12) de la revue Critique (qui sort en librairie aujourd’hui même) de la réédition d’un livre qui avait initialement paru chez les défuntes Éditions Égrégore sous le titre  Camus et les libertaires, et qui s’intitule désormais Écrits libertaires, par Albert Camus, et Maurice Joyeux, Louis Lecoin, Gaston Leval, Rirette Maîtrejean, Jean-Paul Samson… (Montpellier, Indigènes Éditions, 2013, et 2016 pour cette nouvelle édition). Il y a peut-être quelque chose de discutable à attribuer principalement à Albert Camus (moyennant, sur la couverture, une plus grande police de caractères) ces « écrits libertaires », rassemblés et présentés par l’anarchiste allemand d’expression française Lou Marin. J’y reviendrai plus loin, dans la mesure où le rapport précis de Camus à Bakounine pourrait permettre d’éclairer plus généralement l’attribution à Camus d’écrits libertaires. Quoi qu’il en soit, ce fut pour moi l’occasion de me (re)plonger dans un aspect de la réception de Bakounine que je n’avais guère eu l’occasion d’évoquer jusqu’alors : celle qu’on trouve chez Albert Camus, notamment dans L’Homme révolté. Et comme ce n’était pas vraiment l’objet de mon papier pour Critique, je vais rendre compte de cet aspect bien délimité du rapport de Camus à l’anarchisme ici − sans exclure que les quelques pages où Camus mentionne Bakounine soient significatives d’un rapport plus général à l’anarchisme. Lire la suite de cette entrée »

Bakounine dans la correspondance d’Arnold Ruge

Il vaut la peine d’éplucher la correspondance d’Arnold Ruge (1802-1880), figure centrale de la gauche hégélienne puis du jeune hégélianisme, et plus largement du Vormärz (cette période qui, en Allemagne, précède la révolution de 1848, laquelle commença là-bas en mars), à la recherche des mentions de Bakounine. C’est d’abord que Ruge tient une place cruciale dans l’itinéraire du révolutionnaire russe. Sa revue, les Deutsche Jahrbücher für Wissenschaft und Kunst (Annales allemandes pour la science et l’art), organe philosophique du jeune hégélianisme, qui avait pris le relais en 1841 des Hallische Jahrbücher (Annales de Halle), lieu d’expression de la gauche hégélienne, accueillit le premier article révolutionnaire de Bakounine, La Réaction en Allemagne, en octobre 1842. Mais avant cela, c’est sans doute ce même Ruge qui ouvrit à Bakounine, de l’aveu même de ce dernier dans la Confession, tout un continent qu’il ignorait, celui de la critique politique et sociale, et amorça par la même occasion l’éloignement progressif du jeune Russe avec ce qui avait jusqu’alors été son terrain d’activité, la philosophie. Lire la suite de cette entrée »

Bakounine et Schelling (3) : discussion de la lecture de Manfred Frank

Rappel des épisodes précédents, nécessaire à la compréhension de celui-ci : j’ai d’abord exposé les éléments qui permettent de comprendre la nature du rapport que Bakounine a entretenu avec la philosophie de Schelling, notamment lorsqu’il a assisté à ses cours à Berlin en 1841-42, puis j’ai proposé une traduction de l’introduction de Manfred Frank à son édition du cours de Schelling Philosophie de la révélation. Il me faut également rappeler que lorsque, travaillant sur le jeune Engels avec mes collègues Emmanuel Renault, Pauline Clochec et Jean-Michel Buée, j’ai découvert l’édition par Manfred Frank du cours de Schelling sur la philosophie de la révélation, j’ai d’emblée eu le sentiment d’avoir raté quelque chose une dizaine d’années plus tôt en n’allant pas explorer plus avant ce qui s’était écrit sur ce cours de Schelling. J’en étais en effet resté à l’erreur d’un certain nombre de spécialistes de Bakounine (Dragomanov, Nettlau), à la suite de Ruge, sur la paternité de Schelling et la révélation et, à l’instar des commentateurs dont parle M. Frank dans son introduction, la mise au point des éditeurs d’Engels (auquel ce pamphlet, qui est aussi un compte-rendu détaillé des leçons de Schelling, est désormais attribué) avait suffi à me faire refermer le dossier. Les hypothèses formulées par M. Frank, quelque hasardeuses et forcées qu’elles m’apparaissent au final, ont donc le mérite d’inciter à reconsidérer ce moment d’un œil neuf. Lire la suite de cette entrée »

Bakounine et Schelling (2) : la lecture de Manfred Frank

Comme annoncé dans le précédent billet, je traduis ici, avec quelques annotations complémentaires, un passage de l’introduction de Manfred Frank à Schelling, Philosophie der Offenbarung 1841/42, Francfort, Suhrkamp, 1993, p. 30-39 (la première édition date de 1977, mais celle que j’ai utilisée a manifestement été actualisée). J’en proposerai un commentaire dans le prochain billet. Quoique je n’en partage pas le propos, cette lecture par M. Frank du rapport de Bakounine à Schelling me semble représenter une tentative osée et stimulante de remettre en cause un certain nombre d’idées reçues. Bref, ça ne fonctionne pas, mais c’est intéressant! On ne saurait en outre trop souligner l’importance du travail éditorial sur ce cours de Schelling, qui vaut au moins autant pour son contenu que pour la masse de documents rassemblés par Manfred Frank pour reconstituer le contexte dans lequel celui-ci a été prononcé.

Quelques mots pour situer le passage traduit ci-dessous : auparavant dans son introduction, Manfred Frank est revenu sur le contexte qui a amené Schelling à venir enseigner à Berlin, puis sur l’attente qui a entouré ses cours, notamment chez August von Cieszkowski (l’auteur des Prolégomènes à l’historiosophie, dont on fait, à mon avis à tort, un texte emblématique du jeune hégélianisme) et Søren Kierkegaard. Il a également signalé que la philosophie de Schelling trouva à l’époque, parmi les socialistes français, un adepte en la personne de Pierre Leroux, et il n’hésite pas, quelque pages avant le passage qui nous intéresse (p. 25), à proposer ce raccourci historique: « Peut-être les hégéliens auraient-ils mieux fait de s’approprier le potentiel critique de cette réception de Schelling. Ils étaient voués à faire l’expérience de ce que, face à leur divinisation de l’État, dont l’«illibéralisme» avait déjà été attaqué par Schelling à Munich, une opposition socialiste surgirait, qui mènerait à la scission de l’Internationale. » Le rapport à Schelling, clé du conflit entre Marx et Bakounine dans l’Internationale trente ans plus tard ? Il fallait oser… Lire la suite de cette entrée »

Bakounine et Schelling (1) : les données du problème

schelling_1848resizedCela fait plusieurs années maintenant que je dois m’attaquer à cette série de billets sur le rapport de Bakounine à Schelling – après avoir un peu évoqué les rapports avec Fichte et avant peut-être de m’attaquer à la question des rapports entre Bakounine et Hegel, si toutefois j’ai quelque chose de nouveau à dire par rapport à ce que j’ai déjà publié à ce sujet. Il se trouve en effet que ce que j’ai pu écrire à ce propos dans mes travaux était singulièrement lacunaire et ne tenait pas compte d’un certain nombre de lectures proposées, notamment en Allemagne, des écrits du jeune Bakounine, mis en relation avec le fait qu’il assista aux cours de Schelling à Berlin au cours de l’hiver 1841-42.

Avant donc de présenter à partir du prochain billet quelques pièces intéressantes (parental advisory: philosophical content!), il m’a semblé important pour commencer de rappeler quelles sont les données du problème s’agissant des rapports entre Bakounine et Schelling, si toutefois problème il y a, et aussi de présenter quel fut mon cheminement jusqu’à elles. Lire la suite de cette entrée »

Déclassement et révolution chez Bakounine

Mon précédent billet sur le livre de Claire Auzias m’a fait prendre conscience que je n’avais pas encore mis en ligne ma contribution au volume coordonné par le collectif d’animation du CIRA (Centre International de Recherches sur l’Anarchisme) de Lausanne intitulé Refuser de parvenir. Idées et pratique (Paris, Nada, 2016). Je répare cet oubli, en incitant les lecteurs et lectrices de ce blog à acquérir cet ouvrage, qui comprend nombre d’excellentes contributions de toutes natures. Et surtout, jamais ne parvenez!

(Certains passages de cette contribution sont très proches de la version française de ma conférence à Priamoukhino en 2014, qui n’a été publiée qu’en russe, donc si vous trouvez des ressemblances, c’est tout à fait normal!). Lire la suite de cette entrée »

Comme tant de personnages intéressants, mais aussi comme l'anarchisme, dont il est considéré à raison comme l'un des fondateurs modernes, le révolutionnaire russe Michel Bakounine (1814-1876) a mauvaise réputation : apôtre de la violence, faible théoricien, radicalement extérieur au champ intellectuel européen, on ne compte plus les griefs qui lui sont adressés.
Toute une partie de ce blog consistera d'abord à corriger cette image, erronée non seulement parce qu'elle consiste à projeter sur la personne de Bakounine les fantasmes construits à propos de l'ensemble du mouvement anarchiste, mais aussi parce que Bakounine n'est pas seulement l'un des premiers théoriciens de l'anarchisme. En consacrant ce blog à Bakounine, nous entendons ainsi présenter toutes les facettes de sa pensée et de sa biographie, depuis les considérations familiales de ses premières années jusqu'aux développements théoriques anarchistes des dernières, en passant par son inscription momentanée dans la gauche hégélienne et par son panslavisme révolutionnaire. Nous nous permettrons également quelques excursus, dans la mesure où ils pourront contribuer à éclairer la biographie et la pensée de notre cher Michka ! Le tout sera fonction des envies, de l'actualité, des réactions de lecteurs, et contiendra autant que possible de la documentation sous forme d'images et de textes.
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