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Colloque Michel-Marie Derrion (1803 - 1850)
ou l’utopie de l’économie sociale : quelle histoire pour quel avenir (Lyon 8-9-10 juin 2000)

derrion
Colloque Derrion

Ce colloque a été largement impulsé par Mimmo Pucciarelli, un des fondateurs de l’ACL.
Malheureusement, les actes du colloque n’ont pas pu être édités à l’ACL. On en trouvera des extraits dans le numéro 354 de la revue Economie et Humanisme (octobre 2000) et, en septembre 2002, l’ACL a publié l’intervention de Denis Bayon Le commerce véridique et social de Michel-marie Derrion (1835-1838) ou Petites visites chez les utopies coopératives de nos grands-parents.

Cette initiative est soutenue par :

  • l’Union Régionale des SCOP de Rhône-Alpes
  • la Mairie du premier arrondissement de Lyon
  • le Centre social de la Condition des soies
  • le Centre de sociologie des représentations et pratiques culturelles
    (Université de Grenoble)
  • le Centre Walras (Histoire de la pensée économique, Université Lyon 2,
    CNRS)
  • l’Atelier de Création Libertaire
  • Latitude (coopérative lyonnaise de cartographie)

liste provisoire

 

" Il n’y a qu’à la Croix-Rousse que peuvent
éclore des œuvres semblables ".

Justin Godart

 

" Nulle part plus que dans cette ville (Lyon) il
n’y eut de rêveurs utopistes.
Nulle part le cœur blessé, brisé, ne chercha plus inquiétant
des solutions nouvelles aux problèmes des destinées humaines "
" Lyon, seul précédent de Fourier "

Michelet

I. Lyon, creuset pour une économie alternative au début
du XIXe siècle,
les fouriéristes et le mouvement pré-coopératif

Il faut être un observateur averti et curieux pour
relever la tête au début de la montée de la Grande-Côte et remarquer une plaque où on
peut lire : " Ici fut fondée en 1835 par Michel Derrion et Joseph Reynier
la première coopérative française de consommation Le commerce véridique et
social. ".
De Joseph Reynier un ancien tisseur croix-roussien qui traversa presque d’un bout à
l’autre le XIXe siècle, on peut encore lire dans des bibliothèques ses
Mémoires publiées après sa mort en 1898 où il retraça sa vie qui le mena du
saint-simonisme au fouriérisme, de l’engagement personnel dans la naissance du mutualisme
à la franc-maçonnerie.
C’est dans ces Mémoires que des historiens lyonnais comme Justin Godart ont retrouvé les
traces d’" un certain Michel " avec qui l’auteur avait
étroitement collaboré pour l’ouverture de la première coopérative française de
consommation. Jean Gaumont nous fera part de ses recherches approfondies sur cette
coopérative et celui qui l’avait conçue, Michel-Marie Derrion dans son Histoire
générale de la coopération en France (Editée par la Fédération nationale des
coopératives de consommation en 1924).
Fils d’un négociant et fabricant d’étoffes de soie de " mœurs
libres ", Michel Derrion naît en 1803 rue du Bât d’Argent. Assez tôt il
s’intéresse aux questions sociales en participant d’abord à un groupe saint-simonien
puis vers 1834 passera au fouriérisme. Fourier vécut à Lyon plusieurs années et semble
avoir été très fortement influencé par l’atmosphère industrielle et intellectuelle de
la ville.
De nombreux enquêteurs ne manqueront pas de s’étonner de la perméabilité des esprits
ouvriers lyonnais aux idées et analyses abstraites. Si des années plus tard (en 1841),
le public lyonnais se presse aux conférences de Victor Considérant venu exposer la
doctrine de Fourier, celle-ci est connue par un grand nombre d’ouvriers dès 1833, année
où Adrien Berbrugger expose les vues de Fourier sur l’association. Derrion collaborera,
entre autres, au journal fouriériste lyonnais L’Indicateur, dans lequel sera annoncée en
1834 la publication de sa plaquette " Constitution de l’industrie et
organisation pacifique du commerce et du travail ou la tentative d’un fabricant de Lyon,
pour terminer d’une manière définitive la tourmente sociale ". Celle-ci était
vendue à 1 Franc " au profit du premier fonds social gratuit " en vue
de la création du Commerce véridique et social, dont l’auteur explique les objectifs et
les moyens pour faire " un premier pas vers l’avenir ".
" Pour créer cet avenir si beau, où le producteur sera de droit associé et
intéressé d’une manière de plus en plus équitable dans le bénéfice résultant de la
vente des produits qu’il aura fabriqué ou cultivé " (L’indicateur, 15 février
1835).
En 1835 une épicerie " coopérative " voit le jour montée de la
Grande-Côte à la Croix-Rousse ; les années suivantes cinq autres magasins
s’ouvriront sur le plateau, puis dans d’autres quartiers de la ville. L’expérience
durera trois ans avant que des tracasseries policières et probablement " la
jalousie des commerçants lyonnais " obligent Derrion, ruiné, à quitter Lyon.
Il se rend d’abord à Paris où il signe en 1840 un appel pour une souscription en faveur
de l’établissement d’un premier phalanstère, puis il participe au lancement de l’Union
industrielle afin de fonder une colonie sociétaire au Brésil. Parti pour ce pays pour
réaliser ce projet, il y vivra les dix dernières années de sa vie. Si des discussions
internes au groupe promoteur de cette initiative firent échouer l’entreprise, sa
" foi phalanstérienne ne l’abandonna jamais ". Il continuera de faire
des abonnements pour le périodique Démocratie pacifique et prendra régulièrement la
parole dans des causeries pour parler de Fourrier. Il mourra à Rio de Janeiro le 12 mars
1850.
Cette première expérience coopérative ne fut pas sans lendemain à Lyon. L’expérience
essaima pour donner lieu à de multiples associations dont celle des Travailleurs Unis,
dont l’activité était considérable - des bons d’achats furent mêmes émis et
circulèrent sur les pentes et le plateau - avant d’être interdite sous l’empire
(1851).
L’an 2000 coïncide avec le cent cinquantième anniversaire de la disparition de
Michel Derrion. Alors que des quartiers de Lyon sont reconnus patrimoine mondial pour leur
architecture, il nous semble qu’il nous faut aussi œuvrer pour maintenir vivante la
mémoire de ces hommes et ces femmes ayant pris à cœur la transformation de la
société afin que le travail et les richesses soient répartis le plus équitablement
possible.
Derrion, comme les nombreux réformateurs qui ont arpenté la colline de la Croix-Rousse
et sillonné les rues de Lyon au XIXe siècle, par leur esprit solidaire et
leur vision " utopique " de l’avenir social, ont contribué à forger
cet imaginaire collectif qui, cent cinquante ans après, continue à nous pousser et à
rechercher les moyens de transformer les relations humaines, particulièrement dans le
monde de la production et de la consommation.
L’" économie sociale " aujourd’hui peut compter sur une longue et
riche histoire qui s’est développée ces deux derniers siècles autour du mutualisme, du
coopérativisme et de la vie associative. A l’origine de ces expériences on trouve
toujours quelques-uns des principes que les réformateurs sociaux du XIXe
siècle répandirent, non seulement à Lyon, mais dans le monde entier. De Lyon à Paris,
puis à Rio de Janeiro, Michel Derrion fut l’un de ces " apôtres "
oubliés de cette nouvelle " économie sociale.
Lui rendre hommage ne ressort pas seulement de ce " devoir de la
mémoire " mais nous servira à nous poser les problèmes sociaux
d’aujourdd’hui, comme Derrion l’a fait à son époque.
À l’aube du XXIe siècle, la richesse économique de nombreux pays ne peut pas
cacher la misère dans laquelle vivent des milliards de personnes par le monde, et la
précarité de millions d’habitants des pays riches. La question de la production et de la
consommation, et donc de la répartition de la richesse, nous paraît très largement
irrésolue. Les initiatives mises en œuvre au sein de l’économie sociale et, plus
récemment d’une économie " alternative et solidaire " tentent
d’apporter des réponses pratiques et théoriques à cette problématique à travers des
multiples et diverse expériences où on retrouve, ici et là, les traces de cette passion
utopique des réformateurs du XIXe siècle.
Fidèle à ses illustres ancêtres, la Croix-Rousse se présente toujours comme une
" ruche alternative " où s’élaborent des activités économiques en
dissidence avec le modèle dominant. Les recherches, certainement non exhaustives, y
dénombrent pas moins d’une centaine d’initiatives depuis le début des années
soixante-dix. Certaines, tout comme le Commerce véridique et social en son temps,
périclitent rapidement, d’autres ont pu voir leur importance dépasser le strict cadre
croix-roussien - tel le Système d’Echange Local de la Croix-Rousse, un des premiers
SEL urbains en France et qui a joué un rôle de premier plan dans le développement des
SEL.
Enfin, si améliorer les conditions matérielles et culturelles de l’ensemble des hommes
et des femmes du monde entier relève toujours de l’utopie, ne faut-il pas continuer à
relever ce défi ?

 

II. Trois journées pour se souvenir, débattre,
réfléchir au futur de l’économie alternative à
la Croix-Rousse et ailleurs.

Nous nous proposons donc d’organiser pour le mois de
juin de l’an 2000 des journées d’études pou rappeler l’œuvre de Michel Derrion
et l’expérience de cette première coopérative de consommation française née à Lyon,
mais aussi nous interroger sur l’utopie de modalités d’échange et de production offrant
une autre voix que celle du capitalisme sauvage, son histoire, son présent et son avenir.
Cela pourra se concrétiser entre autres choses, par la tenue d’un colloque rassemblant
des chercheurs et des acteurs pouvant apporter témoignages, réflexions et analyses.
Ces journées d’étude pourraient se présenter de la manière suivante :

 

Première journée
Les temps de l’utopie : les balbutiements de la coopération

Centrer cette première journée sur le cadre
lyonnais se justifie par le fait qu’au moins jusqu’au milieu du XIXe siècle,
le mouvement ouvrier lyonnais est un des mieux organisé du pays et a été porteur
d’initiatives ayant fait école. Alors que l’on situe classiquement l’origine de
l’économie sociale en Angleterre à Rochdale (en 1844), plus de dix ans auparavant à
Lyon s’élaboraient les fondements du mouvement coopératif. Cette journée permettra,
outre de présenter Derrion, Reynier, le Commerce Véridique et Social et l’histoire très
méconnue des colonies fouriéristes en Amérique Latine, de revenir sur l’influence
lyonnaise subie par Fourier, les mouvements saint-simoniens et fouriéristes à Lyon ainsi
que sur l’essaimage de l’économie sociale dans la ville (le mouvement coopératif au
cours du XIXe et du XXe siècle).
A partir du rappel de l’histoire lyonnaise, peut être présentée et mise en perspective
l’histoire de l’utopie coopérative, ainsi que ses nombreuses réalisations.

Intervenants :

  • P Rolland (historien, coopérative Latitude), " La
    Croix-Rousse en 1835 "
  • P Videlier (historien, CNRS, Lyon), " Joseph-François
    L’Ange et l’utopie sociale "
  • D. Bayon (économiste), M. Pucciarelli (sociologue,
    éditeur), " La pensée et l’action de Michel Derrion et des premiers
    coopérateurs lyonnais "
  • J-P Potier (professeur d’économie, Lyon), " Le
    Saint-Simonisme à Lyon "
  • L. Frobert (économiste, CNRS), " P.E. Lemontey et la
    critique de la division du travail "
  • C Guttler (universitaire, Brésil), J Sylva et A. Gonzales (militants
    associatifs, Brésil), " Les colonies utopiques au Brésil "
  • F Espagne (ancien secrétaire général de la CG-SCOP),
    " "Histoire, problème et projet de la coopération ouvrière de production
    en France "

 

Deuxième journée
L’économie sociale aujourd’hui - l’irruption de l’économie solidaire

Si l’histoire de l’économie sociale fut
mouvementée, jalonnée de censures et d’interdictions, les mouvements mutualistes et
coopératifs représentent aujourd’hui une belle réussite, dont le volume d’activité se
chiffre en centaine de milliards de francs ; elle compte des représentants dans le
monde entier. De ce point de vue les utopies de Derrion, Reynier et des fouriéristes
lyonnais ont fécondé des organisations tout à fait " efficaces " du
strict point de vue de la rationalité économique la plus orthodoxe. Si
l’institutionnalisation a pris le pas sur l’utopie, quelles sont aujourd’hui les forces de
l’économie sociale ? Quelle part celle-ci prend-elle, ou pourrait-elle prendre dans
le soutien aux initiatives économiques nouvelles, renouant avec l’utopie de ses
fondateurs ?

Intervenants :

  • M. Lulek (Réseau R.E.PA.S), " La coopérative Ambiance
    Bois "
  • X. Garnerin (Lyon), " La trajectoire de la coopérative
    Latitude "
  • Un représentant du Conseil National des Régies de Quartier, " L’expérience
    des régies de quartier "
  • J. M. Fereira Carvalho (Centre de recherche en sociologie, Portugal),
    " L’économie sociale dans le sud de l’Europe "
  • B. Poncin (Oxalis), " La combinaison de l’activité en
    milieu rural "
  • M. Bourdelou (Nouvelle Economie Fraternelle), " L’argent
    autrement : une banque solidaire "
  • Un représentant de la coopérative Mondragon, pays basque
  • D. Vallat et C. Ferraton (économistes, Lyon), " Les
    expériences de finance solidaire "
  • R. Schlutter (secrétaire général du C.E.C.O.P, - Confédération
    Européenne des Coopératives de Production et de travail associé),
    " L’économie sociale européenne entre histoire et présent "

 

Troisième journée
Les débats pour demain : économie sociale, économie communautaire, tiers
secteur ?

Des initiatives visant à instaurer de nouvelles
modalités de production et d’échange de biens et services se sont développées ces
dernières années. Celles-ci sont nombreuses et variées - certaines entendent se
passer de monnaie (Réseaux d’Echange de savoirs, banques du Temps italiennes), d’autres
redéfinissent une monnaie adaptée à leurs objectifs (l’ensemble des
" monnaies sociales "), d’autres enfin s’intègrent tant bien que mal
dans des cadres institutionnels existant (association loi 1901, coopératives).
Alors qu’elles n’en ont souvent pas connaissance ces activités renouent avec de très
anciennes questions du mouvement ouvrier et les premières tentatives visant à instaurer
une économie sociale au XIXe siècle. Cette journée peut ainsi permettre
d’offrir, suite à l’ancrage historique donné précédemment, un éclairage neuf à ces
expériences (d’où, peut-être, de nouvelles perspectives ?). Elle peut également
créer un espace de débat à propos d’une première évaluation au niveau institutionnel
de l’ampleur de ces initiatives et des premières propositions pour l’avenir (Voir le
rapport d’Alain Lipietz remis à Martine Aubry sur " L’opportunité d’un nouveau
type de société à vocation sociale ", voir les premiers débats à ce sujet
dans Transversales, Mai-Juin et Juillet-Août 1999).

Intervenants :

  • M. Mendell, (Professeur d’économie sociale, Montréal, Canada),
    " L’économie communautaire québécoise, les enjeux politiques "
  • D. De Moustiers (professeur d’Economie, I.E.P. Grenoble),
    " Sur la situation de l’économie sociale "
  • A. Pessin (professeur de sociologie, Grenoble), " Sur
    l’idée d’utopie "
  • Lipietz (économiste, CNRS, député européen), " Comment
    favoriser l’émergence d’un tiers secteur d’utilité écologique et
    sociale ? "
  • E. Buccolo (économiste, Italie), " Les Banques du Temps en
    Italie "
  • P Rizzo (sociologue, Martano, Italie), " L’économie
    communautaire en Italie "
  • P Viveret (Transversale Science Culture, Paris), " La
    problématique des monnaies plurielles "
  • J -L. Laville (sociologue, CNRS, Paris), " Une troisième
    voie pour le travail : l’économie solidaire "
  • H. Sibille (Délégué interministériel à l’économie et à
    l’innovation sociale), " Potentiels et enjeux de la coopération et de
    l’innovation sociale "

 

7 rue St-Polycarpe 69001 Lyon
téléphone : 04 78 39 36 36
télécopie : 04 78 28 50 16
E-mail : condition.des.soies@wanadoo fr
Web : http//perso.wanadoo.fr/condition-des-soies

Comité de pilotage (Provisoire) :

  • Atelier de création libertaire
  • Centre Auguste et Léon Walras
  • Centre de sociologie des représentations et pratiques culturelles de
    l’université de Grenoble
  • Condition des Soies
  • Coopérative latitude
  • Danièle Demoustier
  • Maine du 1er arrondissement de Lyon
  • Union régionale des SCOP

Coordination générale : Centre social et
culturel de la Condition des Soies
contact - Denis Bayon 04 72 72 64 07 (Centre Walras)


Mimmo Pucciarelli, de l’ACL, a été à l’origine
de ce colloque. Nous publions le texte qu’il a fait paraître dans
la revue "Economie et Humanisme".

La dissidence
au quotidien, en trois mille caractères...

Comment résumer en une seule page ce que j’ai pu connaître
en quelques trente ans de petites dissidences quotidiennes ? Je devrais
commencer par les petits refus d’obéir à ma mère
et mon père, aux instituteurs et en particulier à cette
fameuse institutrice qui en CP me frappa sur la tête avec un double
décimètre en bois. Je devrais poursuivre en racontant l’épopée
de la contestation contre l’autorité représentée
par un directeur d’internat, des professeurs du lycée, et puis
du look de hippie provincial que je m’étais construit suite à
la lecture incendiaire des poèmes de Allen Ginsberg, look qui me
faisait désigner comme étant un drogué, un pédé,
un fou...
Et puis le refus de partir à l’armée et mon arrivée
par la petite porte des Alpes sur cette colline de la Croix-Rousse où
je rentrai en contact avec des utopistes créateurs, entre des dizaines
d’autres choses,de journaux, de radios libres, de restaurants, d’imprimeries
et halte-garderiesparentales, tous autogérés. C’est désormais
là, depuis 1975, que je côtoie et participe à quelques-unes
de ces activités dissidentes certes, mais par là-même
créatrices d’un imaginaire, dont 1e ressort principal est ce refus
constant d’accepter un ordre du monde tel que l’on veut nous l’imposer
par des institutions hiérarchiques et autoritaires, ou par l’uniformité
des murs, et la recherche inlassable de plus de justice et plus de liberté.
C’est ainsi que je peux résumer l’imaginaire de cette dissidence
que d’aucuns voient toujours comme une tâche de couleur marginale
dans la cité, tandis que pour moi elle représente la vie
elle-même dans toute sa force. Apparemment ces initiatives "
dissidentes " provoquent de l’anarchie, inacceptable surtout aux
yeux des personnes habituées à regarder le monde par 1a
petite boîte magique d’une télévision en couleur,
aux yeux de ces nombreux hommes (et quelques flemmes) politiques qui voudraient
pouvoir conduire tranquillement leurs moutons dans les isoloirs, aux yeux
des " vrais révolutionnaires " ayant un vrai programme,
sérieux et sûrement efficace si seulement une " majorité
" pouvait le suivre à la lettre, aux yeux de ceux et de celles
qui en les remarquant pour la première fois s’étonnent que
des spécimens pareils puissent sillonner leur quartier.
Et pourtant, ces trois mille caractères différents que j’ai
rencontrés sur la colline où les murs transpirent l’utopie,
ces centaines d’initiatives toujours diverses et aux trois mille couleurs,
sont toujours là à témoigner que l’on ne réduira
jamais le cœur des hommes et des femmes à une pompe mécanique
rechargeable. Que le désir de rendre une économie humaine,
solidaire afin que tous et toutes puissent vivre le mieux possible, n’est
pas une sorte de fantaisie que des personnages tel Michel-Marie Derrion
nous ont léguée, par leurs tentatives déjà
anciennes de créer des commerces véridiques et sociaux,
mais un fort imaginaire qui relie les dynamiques de ces dissidences utopiques
quotidiennes d’hier et d’aujourd’hui, dont on m’a demandé de parler
en trois mille caractères...

Mimmo Pucciarelli, Militant de quartier, sociologue