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L’anarchisme en personnes
Récits de vie et anarchie (introduction de Mimmo Pucciarelli)

Au plus près du mouvement et des personnes engagées autour du drapeau noir qui, depuis bientôt deux siècles, semble n’avoir rien perdu de ses couleurs... Tel est l’objectif de l’ensemble d’entretiens que nous avons recueillis ici.

Dans un ouvrage précédent [1]nous nous étions déjà intéressés aux anarchistes et à leur imaginaire, lequel nous avait permis de dégager une vue d’ensemble des personnes militantes ou proches des groupes et collectifs libertaires actifs à Lyon et sa région. Nous avions réalisé ce travail dans le cadre d’une recherche doctorale qui nous avait obligé à suivre une « méthode », à rendre compte d’un phénomène social d’un point de vue sociologique. Or, bien que pour le réaliser nous avions choisi de privilégier une « approche libertaire », notre démarche ne s’était toutefois pas trop éloignée des « rails académiques » de cette science humaine qui, dans le meilleur des cas, propose une reconstruction intellectuelle subjective d’une réalité objective. Pour le reste, les résultats sont toujours liés à l’imaginaire [2] de l’auteur.
Cette recherche nous avait permis d’un côté d’appréhender qui sont, que font et que pensent les anarchistes, avec en tête de ne pas nous limiter à la seule étude des relations qui se nouent dans le cadre militant. D’un autre côté, elle entendait mesurer l’écart entre les images stéréotypées dont on affuble, par méconnaissance ou par bêtise, les anarchistes : celle du terroriste ou du doux rêveur ; ou encore celle qu’ils veulent bien se donner parfois, c’est-à-dire celle de saints ou de martyrs ou bien encore celle de l’ouvrier devenu commandant d’une brigade révolutionnaire.
En les dépouillant du mythe qui recouvre leur image, nous les avons exposés sur la place publique « tels qu’ils sont », c’est-à-dire des personnes qui n’ont rien d’« exceptionnel » et qui ne sont pas non plus, à proprement parler, des marginaux. Cependant les libertaires d’aujourd’hui continuent d’exprimer des idées plus radicales que les autres collectifs politiques, de s’engager dans des batailles apparemment perdues d’avance ; mais enfin ils n’en demeurent pas moins des instigateurs/trices de pratiques alternatives possibles et d’activités quotidiennes participant concrètement à ces transformations sociales qui nous conduisent vers toujours plus d’émancipation.

L’anarchisme en personnes

Lorsqu’on s’occupe de théories politiques, de questions liées à la vie sociale et aux alternatives susceptibles d’accompagner nos sociétés vers toujours davantage de démocratie, de liberté, de participation, on écarte souvent d’un revers de main professoral ou scientifique, par exemple, ces petits groupes de Blacks Blocs [3] qui ont défrayé les chroniques mondiales de ces dernières années en affirmant d’un ton péremptoire : « Et voilà ce dont sont capables les anarchistes ! » Nous qui les côtoyons depuis l’âge de quinze ans, c’est-à-dire depuis 1969, nous pouvons témoigner que, bien sûr, nous avons rencontré dans ce milieu des personnes bien différentes les unes des autres mais que rares sont celles qui sont proches de cette image « simpliste » qu’on veut bien donner d’eux.
Dans leur très grande majorité, ce sont des personnes généreuses, engagées, curieuses et surtout, fortes d’un esprit critique, aussi bien pour ce qui a trait à leur vie quotidienne que lorsqu’il s’agit pour elles d’étayer leur vision du monde.
Certes, cette vision du monde, ou imaginaire libertaire, n’est en rien parfaite et il nous semble qu’elle reste encore entachée d’une sorte de manichéisme que nous avons du mal à partager [4].
Malgré cela, nous suivons depuis longtemps des chemins pour le moins parallèles et, souvent, nous participons aux mêmes activités. Dès lors, notre attachement à ces agents de la transformation sociale libertaire est source d’une forte empathie et d’une vraie amitié plus qu’une appartenance formelle à une famille politique.
Ainsi, après avoir réalisé et publié nos recherches qui se voulaient quelque « peu scientifiques », nous avons resserré notre focale d’observation en nous intéressant davantage à l’histoire de vie et la relation que certains de ces libertaires ont avec les problématiques anarchistes contemporaines. Nous avons donc continué à réaliser des entretiens mais cette fois-ci, le choix des personnes à interviewer n’était plus lié à un quota représentatif de telle ou telle « tribu » anarchiste et/ou libertaire, mais seulement à notre envie et à notre plaisir de recueillir la parole d’amis et compagnons, d’amies et de compagnes, dont nous apprécions le parcours et avec qui nous avons eu, pendant ce dernier quart de siècle, de longues et riches discussions.
Libre de nos choix, et n’ayant pas d’objectifs universitaires ou éditoriaux formatés par avance, nous nous sommes donc laissés guider par le plaisir de rencontrer Amedeo, Eduardo, Ronald, John, José-Maria et Marianne... au fil du temps, lorsque nous en avons eu l’occasion, ici à Lyon, au Portugal, en Suisse ou en Italie. Lors de ces entretiens, nous nous sommes laissé conduire par deux mouvements principaux : la curiosité de mieux connaître l’histoire de chacune de ces personnes et le souci de savoir quel est le regard qu’elles portent aujourd’hui sur l’anarchisme. C’est autour de ce simple objectif que nous en sommes arrivés à relier l’ensemble de ces récits de vie et de discussions que cela a entraîné pour vous proposer une lecture d’un anarchisme en personnes  [5].
Ce que nous attendons de cette lecture, ce n’est pas tant de « renforcer l’idéal libertaire » ou de permettre au mouvement anarchiste d’occuper une place plus importante dans le jeu des « rapports de force » politiques actuels, que de restituer la profonde énergie humaine qui transpire dans l’engagement de ces personnes. Des engagements qui ne sont que partiellement représentés dans cette palette de vies et d’idées anarchistes que vous tenez aujourd’hui entre vos mains... Mais nous espérons continuer à les enrichir et vous en proposer d’autres prochainement...

Mimmo Pucciarelli

Avertissement

Les photos du cahier central, sauf mention spéciale, nous ont été envoyées par nos amis interviewés eux-mêmes. Nous leur avons en effet demandé de choisir quelques clichés qui pourraient opportunément accompagner leur récit. Nous leur avons aussi proposé de nous faire parvenir une liste de livres qu’ils ont aimés ou qui les ont marqués : c’est l’objet de ces petites bibliographies ponctuant certains entretiens.
En revanche, les titres et les intertitres ont été choisis par nos soins.


NOTES :

[1] L’imaginaire des libertaires aujourd’hui, Lyon, ACL, 1999. Voir aussi « L’anarchisme, une denrée pour les classes cultivées ? Les libertaires aujourd’hui », in La Culture libertaire, actes du colloque international, Grenoble, 1996, ACL, Lyon, 1997 et « Éloge de l’anarchie », in L’anarchisme a-t-il un avenir ? Histoire de femmes, d’hommes et de leurs imaginaires, ACL, 2001.

[2] L’imaginaire, dans notre conception, représente ce mouvement dynamique qui nous pousse à « choisir » d’occuper telle ou telle place dans la société. Il se constitue autour de l’histoire personnelle, de l’environnement dans lequel la personne évolue, mais aussi du corps lui-même de chaque individu. Par conséquent, nos choix quotidiens dérivent des imaginaires individuel et collectif dans lesquels nous baignons. J’ai beaucoup appris à ce sujet avec mon ami et compagnon Alain Pessin (1949-2005). Sa disparition m’ôte non seulement un frère mais laisse vide cette place d’interlocuteur dont l’intelligence et la sensibilité nous auraient beaucoup aidé à mieux saisir les imaginaires anarchiste et utopique... Il faut continuer pourtant à piocher dans ses livres et, en particulier dans la Rêverie anarchiste (réédition ACL, Lyon, 1999) et l’Imaginaire utopique aujourd’hui (Paris, PUF, 2001).

[3] Pour une « autre » lecture de ce phénomène, lire l’ouvrage de Francis Dupuis-Déri, Black Blocs, La liberté et l’égalité se manifestent, Lyon, ACL, 2005.

[4] Ce qui est vrai, pas tant lorsque nous avons un dialogue « face à face », mais c’est une posture que l’on remarque en lisant la presse anarchiste, je pense en particulier à certains périodiques des organisations libertaires...

[5] Le titre que nous avons choisi pour ce recueil d’entretiens est le fruit de quelques discussions « enivrantes » que nous avons eues, avec Laurent Patry, depuis que nous avons décidé de les publier. Alors que nous avions complété le travail de préparation pour mettre sous presse le livre, au hasard de nos lectures nous sommes revenus sur le texte de Emmanuel Mounier « Anarchie et personnalisme » (in Communisme, anarchie et personnalisme, Paris, éd. du Seuil, coll. « Politique », 1966). Naturellement nous connaissions déjà ce texte mais nous ne l’avions jamais lu attentivement. Cette fois-ci, non seulement il nous a semblé que nous avions en main un de ces livres qui permettent un « dialogue » entre ceux et celles qui fuient les écrits ou les certitudes qui font la part belle à la réflexion et cherchent dans la vague des doutes des chemins moins confortables mais plus riches, mais il nous a surtout frappé par le lien que nous pouvions justement établir avec le titre du présent ouvrage. Cependant, si Mounier semble se préoccuper de l’avenir de « la personne » en générale, nous nous intéressons à tel ou tel individu précis et non à un être abstrait.
S’agit-il toujours de cette vieille histoire d’immanence et d’idéal qui se renvoient l’un à l’autre ?




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