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Anarchisme et changement social
ALTERNATIVE LIBERTAIRE n° 167 - novembre 2007

Gaetano Manfredonia propose une nouvelle typologie du militantisme libertaire insurrectionnalisme, syndicalisme et éducationnisme-réalisateur.

Gaetano Manfredonia est actuellement un des historiens de l’anarchisme les plus réputés. Son dernier ouvrage, Anarchisme et changement social, peut être considéré comme l’aboutissement des idées qu’il développe depuis ces dernières années.
S’appuyant sur la « sociologie compréhensive » de Weber, il y estime qu’il faut « rompre avec les interprétations habituelles de l’anarchisme qui, toutes, mettent en avant l’histoires des idées ou des mouvements » et propose de se tourner « résolument vers l’étude des pratiques militantes ». C’est en se basant sur cette méthode qu’il délimite trois types « idéaux » de militantisme libertaire : le type insurrectionnel, le type syndicaliste et le type éducationniste-réalisateur. Cette nouvelle typologie ternaire est de loin plus pertinente que la grille de lecture énoncée par Sébastien Faure en 1928 dans la Synthèse anarchiste, et qui était à l’origine de bien des clichés... même si aucune historienne ou historien sérieux ne l’utilisait. Faure fondait en effet l’anarchisme sur la cohabitation de trois courants : individualiste, communiste et syndicaliste. Cette typologie répondait plus à une volonté de conciliation dans le contexte polémique de l’époque, qu’à une approche objective. Il s’agissait, pour lui, d’allumer un contre-feu à la Plate-forme de Makhno et Archinov, une tentative de rénover l’anarchisme sur la base de l’expérience de la Révolution russe. Fondée sur des présupposés douteux - par exemple la distinction syndicaliste/communiste ou l’intégration « officielle » de l’individualisme comme composante de l’anarchisme -, la Synthèse était de toute façon obsolète depuis l’extinction, dans les années 1970, de l’individualisme anarchiste comme courant à part entière.
Manfredonia permet une relecture dépassant l’antagonisme Plateforme/Synthèse. Dans son idée, Insurrectionnalisme, syndicalisme et éducationnisme-réalisateur ne sont d’ailleurs pas des types qui s’opposent, mais des types qui se succèdent chronologiquement - et même cycliquement, suivant le contexte politique et social - moyennant quelques phases de cohabitation. Le mouvement libertaire français avant 1914 serait ainsi passé par une phase insurrectionnaliste initiale (1878-1886), une réorientation « syndicaliste » à partir de 1888, un bref retour à l’insurrectionnalisme avec les attentats de 1892-1894, puis l’installation définitive dans la vision syndicaliste, ponctuée de brèves irruptions d’insurrectionnalisme quand les conflits sociaux s’aiguisaient. Le passage par ces différentes phases n’aurait pas empêché la permanence, en marge, d’un courant éducationniste-réalisateur dans lequel on pourrait ranger les individualistes, coopérativistes et humanistes divers rétifs à l’idée de révolution et attachés à une vision « gradualiste » de la transformation sociale.
Si on peut trouver pertinente la grille de lecture de Manfredonia, on peut en revanche être plus réservé sur sa périodisation, quand il veut faire débuter l’histoire de l’anarchisme entre 1830 et 1850, en s’appuyant entre autres sur Warren, Godwin, Owen, Bellegarrigue ou Proudhon, des penseurs que l’on considère généralement comme des précurseurs de l’anarchisme, mais sans influence sur un mouvement qui, lui, ne naîtra activement que bien plus tard, en 1877-1878, sur les ruines de la Première Internationale [1]. Le but étant pour lui de légitimer - par antériorité - l’existence d’un anarchisme non révolutionnaire. Hormis cette réserve de taille, on ne peut que saluer ce travail très érudit et stimulant intellectuellement.
Guillaume Davranche (AL Montrouge)


NOTES :

[1] Le cas de Proudhon est un peu particulier puisque, s’il a inspiré indirectement l’anarchisme (via Bakounine), il a inspiré directement et fortement le mouvement ouvrier français de son temps.




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