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La culture libertaire
L’OURS n° 276, mars 1998

LA CULTURE LIBERTAIRE

Disons-le d’emblée, la parution de ce livre est une réussite incontestable. Cet ouvrage, né d’un colloque tenu à Grenoble en mars 1996, est riche, fort riche. Les plus de trente contributions qui composent ces actes offrent une vue d’ensemble de ce qu’est la culture libertaire.
Trois grands thèmes apparaissent : les discussions théoriques, les expériences entrées dans l’histoire et les pratiques actuelles dont l’ouvrage est peut-être la meilleure illustration.
Définir la culture libertaire tient de l’exploit, chaque libertaire ou chercheur travaillant sur l’anarchisme en ayant sa propre définition. Pour Alain Pessin, qui ouvre les actes, c’est « une identification collective des désirs individuels, de reconnaissance mutuelle des ruptures individuelles, de fraternisation des effractions dans l’impossible. Culture paradoxale, donc en creux, culture ouverte, qui, inexplicablement, cultive en quelques﷓uns l’aptitude â l’imprévisibe, la disponibilité à l’impossible ». Tomas Ibañez jette, lui, un pavé dans la mare : « rassurons-nous, il n’y a pas de culture libertaire... et si par hasard il venait à s’en créer une il faudrait bien que de nouvelles générations de libertaires entreprennent de la briser sans la moindre contemplations ». Les autres protagonistes soulignent qu’il y a dans l’anarchisme un bagage commun – une tradition en quelque sorte – ce qui tend à montrer qu’il y a bien une culture libertaire, inspirée soit par le terrorisme, qui conduit à la dérive que l’on sait, soit par l’humanisme qui fait de l’anarchisme un mouvement riche et généreux, comme l’indique Claire Auzias dans sa contribution.
Ces mises en perspectives théoriques sont liées à des expériences historiques – à propos desquelles on s’étonne même de ne pas voir plus de références à la culture libertaire espagnole qui par son histoire semble être la plus riche. L’histoire du mouvement anarchiste est le deuxième grand thème. Les articles promènent la culture libertaire de part le monde : Asie, Argentine, Italie et bien sur la France, au sujet de laquelle Gaetano Manfredonia rappelle, à travers une étude magistrale sur la chanson anarchiste au XIXe, que : « l’image que les libertaires se faisait d’eux-mêmes [...] a joué un rôle dans la formation d’une identité commune à l’ensemble de l’anarchisme [... qui] a pu demeurer, bon gré malgré, presque inchangée de la fin du XIXe jusqu’à nos jours ». Mais, qu’il « [ne] serait [il pas] temps [...] de rompre avec le « romantisme » ainsi qu’avec toute forme idéalisée du combat libertaire ? »
Cette remise en question de la culture n’est-elle pas en train de se produire comme le montrent les expériences actuelles étudiées dans ce colloque et joliment baptisées zones autonomes temporaires ? Rien n’est moins sûr...
Bref, un ouvrage passionnant qui mérite qu’on s’y arrête pour le savourer et surtout le discuter.

S.B


L’OURS n° 276, mars 1998