Archive pour la catégorie ‘Biographie’

Amour et mariage chez Bakounine

antoniaUne fois n’est pas coutume, je cède le clavier à un autre bakouninien, en l’occurrence Gaetano Manfredonia, pour la version longue d’une contribution qu’il vient de publier par ailleurs dans un volume d’hommages à Ronald Creagh. Deux raisons à cela: je n’aurais pas fait mieux sur la question, et Gaetano me l’a gentiment proposé. Merci donc à lui de venir enrichir ce blog, auquel je tâcherai un jour ou l’autre de revenir moi-même plus assidûment. Cela ne vous dispense évidemment pas d’aller jeter un œil au volume en question, et d’en faire l’acquisition si cela vous tente!  La présentation de l’ouvrage est ici, et on peut le commander directement sur le site de l’éditeur (qui est aussi l’hébergeur de ce blog) JCA

Amour et mariage chez Bakounine

Bakounine a toujours occupé une place bien particulière au sein du mouvement anarchiste. Sa célèbre phrase de 1842 sur le « désir de destruction » a été utilisée par ses ennemis déclarés et par certains de ses commentateurs peu scrupuleux pour accréditer la thèse d’un Bakounine « apôtre de la pan-destruction » bien plus attiré par l’action que par la réflexion. Rien de plus erroné pourtant, pour peu que l’on prenne la peine de se pencher avec un minimum de sérieux tant sur son parcours militant que sur ses écrits. Lire la suite de cette entrée »

Bakounine et Wagner

wagnerMichel Bakounine et Richard Wagner se sont connus à Dresde en 1849. On connaît les détails des relations entre les deux hommes à travers les mémoires du musicien (Mein Leben), dictés à sa femme Cosima à partir de 1865, et qu’il commença à faire circuler à quelques dizaines d’exemplaires à partir des années 1870 parmi ses amis intimes (Nietzsche participa d’ailleurs à l’impression des premiers tomes). Dans ce texte volumineux (1600 pages), pas moins d’une soixantaine ont à voir avec les événements de Dresde, et donc directement ou indirectement avec Bakounine, qui est l’une des figures dominantes de ce passage (son nom apparaît une trentaine de fois). En revanche, Wagner n’est jamais mentionné dans la Confession de Bakounine, qui relate pourtant sa participation à l’insurrection de Dresde. À qui s’étonnerait de retrouver aux côtés de Bakounine le compositeur allemand, qui n’est pas précisément connu comme un apôtre de la révolution sociale mais plutôt comme un chantre de la germanité (avec un antijudaïsme non dissimulé), on rappellera qu’il fut aussi, dans sa jeunesse, un sympathisant enthousiaste des idées libérales et constitutionnelles agitées lors de la révolution de 1848 en Allemagne et que, comme beaucoup d’autres personnes de sa génération, ne resta de son nationalisme démocratique de jeunesse que le nationalisme… Toutefois, pour en revenir à la rencontre avec Bakounine telle qu’elle est narrée dans Ma vie, on ne doit pas perdre de vue que ces mémoires sont sujets à caution, à plusieurs titres. Lire la suite de cette entrée »

Prisons bakouniniennes (1): la forteresse de Königstein

bakkonigsteinÀ l’occasion de vacances en Saxe, j’ai fait un crochet par la forteresse de Königstein, où Bakounine fut emprisonné après l’écrasement de l’insurrection de Dresde en mai 1849. C’est aujourd’hui l’un des sites les plus visités de la région, et lorsqu’on y monte, on comprend vite pourquoi. De là-haut, on dispose d’une vue à 360° sur toute la région: les méandres de l’Elbe, qui passe en contrebas, la Suisse saxonne, l’agglomération de Dresde, les premières montagnes tchèques et les monts métallifères.Pour s’y rendre, il suffit de remonter l’Elbe par le train depuis Dresde en direction de la république tchèque, le village de Königstein se trouve à une petite-demie-heure, et de là, une autre demie-heure permet d’escalader la petite montagne au sommet de laquelle se trouve la forteresse.

vuekonigsteinresized Lire la suite de cette entrée »

Bakounine dans le Maitron des anarchistes

maitroncouvLe 1er mai 2014 est sorti ce que l’on appelle “le Maitron des anarchistes”, c’est-à-dire en fait Les Anarchistes. Dictionnaire biographique du mouvement libertaire francophone (Paris, éditions de l’Atelier) ouvrage coordonné par Claude Pennetier et pour lequel l’amie Marianne Enckell a joué un rôle important, notamment pour la collecte des biographies.

J’y ai pour ma part apporté ma modeste contribution en rédigeant la notice biographique de Bakounine, notice donc il existe deux versions : une courte pour la publication papier, et une plus longue pour la version électronique. Je donne la version longue telle qu’envoyée aux éditeurs (en corrigeant simplement une ou deux petites choses, mais il est possible qu’il reste quelques erreurs par rapport à la version finalement publiée). Comme c’est une sorte de biographie de Bakounine condensée, et que je n’en avais pas encore posté sur ce blog, je me dis que ça ne peut pas faire de mal.

Et bien évidemment, n’oubliez pas d’acheter le Maitron des anarchistes auprès de votre libraire. En payant auprès d’un indépendant un livre qui a été largement financé par souscription, vous vous éviterez le désagrément d’avoir fourni indirectement à un quelconque oligarque un morceau de son nouveau jacuzzi. Lire la suite de cette entrée »

Bakounine et l’émancipation des femmes

mlf105resizedC’est aujourd’hui le 8 mars, qui est une journée de revendication en faveur des droits des femmes, et non pas “la journée de la femme”, comme on l’entend dire trop souvent (ce qui permet de passer sous silence qu’il y a une lutte des femmes pour l’égalité des droits et de  faire croire que “la” femme existe), et c’est aussi l’occasion de se demander ce que notre ami Bakounine a pu écrire sur la question de l’émancipation des femmes. J’ai trouvé l’illustration de ce billet, attribuée à Virginie Berthemet, à cette adresse (où vous en trouverez d’autres tout aussi réjouissantes).

J’avais été invité il y a quelques années par de jeunes collègues à la première d’un séminaire sur anarchisme et féminisme - séance qui fut malheureusement la seule, malgré son succès - pour évoquer les conceptions respectives de Proudhon et de Bakounine sur la question de la différence et de l’égalité des sexes. Je vais en partie m’appuyer sur la partie de ce travail qui concernait Bakounine, et ne mentionner Proudhon que dans la mesure où cela importe pour comprendre ce que Bakounine écrit à propos des femmes. Mais de fait, on va le voir, cela importe, et une bonne partie de ce que Bakounine écrit à ce propos doit être confronté à ce qu’on trouve chez Proudhon sur ce même sujet. Lire la suite de cette entrée »

Impressions de Priamoukhino (2): les lieux

rivpriamIl n’y a pas que les colloques, conférences, symposiums et autres congrès, dans la vie, et c’est heureux, et même ces événements ont leurs à-côtés, qui sont souvent tout aussi intéressants, sinon davantage, que le contenu des propos énoncés ex cathedra. Il s’agit des lieux dans lesquels se déroulent ces événements, et des gens que l’on y rencontre. Il est vrai que parfois, les participants à des colloques universitaires ne viennent que pour prononcer leur communication, ne voient pas la ville dans laquelle ils parlent, ni les gens auxquels ils s’adressent, au point qu’on pourrait se demander si une simple retransmission sur écran de leur intervention n’aurait pas suffi. Il est sans doute vrai aussi que parfois, on n’a pas le choix, mais cela n’en est que plus triste. Lire la suite de cette entrée »

Bon anniversaire, Bakounine !

anniversaire-200-ans-bakouEn ce jour où l’on célèbre (ou pas) le 200ème anniversaire de la naissance de Bakounine, j’espère qu’aucun tenant du culte de la personnalité de l’illustre anarchiste russe ne m’en voudra d’avoir créé ce grossier montage, montrant un Bakounine qui ne cesse de rajeunir et s’apprête à souffler ses deux bougies, une par siècle !

C’est l’occasion de rappeler que Bakounine naquit le 30 mai 1814 à Priamoukhino, dans le district de Tver, au nord-ouest de Moscou. Si l’on trouve parfois la date du 18 mai, c’est qu’il s’agit de la date de naissance de Bakounine selon le calendrier julien, auquel on se référait à l’époque en Russie. Mais dans notre calendrier (grégorien), Bakounine est bien né le 30 mai 1814, le même jour d’ailleurs (merci Wikipedia) où fut signé le Traité de Paris qui, faisant suite à la défaite de Napoléon 1er, ramenait les frontières françaises à ce qu’elles étaient en 1792.

La Confession de Bakounine au Passager Clandestin

confcouvLe printemps et l’été ayant été bien chargés, je me suis rendu compte, lorsque l’automne fut venu, que je n’avais fait qu’annoncer la parution de la réédition de la Confession, et que je ne l’avais pas désannoncée, comme on dit à la radio. Mea maxima culpa (puisqu’il faut se confesser), mais mieux vaut tard que jamais.

Depuis le mois de mai 2013, il est donc possible de se procurer, dans toute bonne librairie (par exemple, à Lyon, à La Gryffe ou au Bal des ardents si vous l’achetez, et ailleurs si vous la volez), cette nouvelle édition de la Confession de Bakounine. Pourquoi préférer cette acquisition à l’un des 555 livres qui marquent la rentrée littéraire en France? Tout simplement pour les raisons suivantes: Lire la suite de cette entrée »

Réédition prochaine de la Confession de Bakounine

conf_page1Autour du 15 mai prochain, l’excellente maison d’édition “Le passager clandestin” rééditera le texte de la Confession de Bakounine. J’ai rédigé la présentation et les notes de cette réédition, basée sur la traduction publiée en 1932 et réalisée par Paulette Brupbacher. C’est cette même traduction qui avait été rééditée en 1974 aux Presses Universitaires de France et que l’on trouve sur le CD-Rom des Œuvres complètes de Bakounine. Comme je l’ai déjà signalé sur ce blog à l’occasion d’un article sur cet ouvrage, une autre traduction existe en annexe du livre de Duclos. Bakounine avait rédigé ce texte au cours de l’été 1851, alors qu’il venait d’être livré à la Russie par l’empire d’Autriche (qui le détenait lui-même après qu’il lui eut été livré par le royaume de Saxe, puisque Bakounine avait été arrêté dans ce pays pour sa participation à l’insurrection de Dresde en mai 1849).

La collection “rééditions” dans laquelle sera publiée cette nouvelle édition de la Confession a pour particularité de faire précéder le texte d’une présentation par un spécialiste, et de le faire suivre d’un document contemporain qui suggère une actualité du texte réédité. Je vous laisse découvrir, en temps voulu, les parallèles qu’il a été possible de faire entre ce que raconte Bakounine dans ce texte et notre époque.

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Bakounine et les ovalistes lyonnaises: une question de René Berthier à la cantonade

ovalis-370e3J’ai reçu le message ci-dessous de René Berthier qui me demande de le faire passer via ce blog. Il est question de la manière dont Bakounine a pu être désigné comme représentant des ouvrières ovalistes lyonnaise au congrès de Bâle de l’Internationale en 1869. Si vous avez des éléments de réponse à fournir à René, n’hésitez pas à les laisser en commentaire de ce billet. Pour ma part, j’incline à penser (préalablement à toute recherche sur la question) que ce sont les amis de Bakounine à Lyon qui l’ont fait désigner comme représentant de ces ouvrières. C’est notamment la personnalité d’Albert Richard qui me fait songer à cela (mais mon appréciation de cette personnalité est orientée par ce que je sais de son parcours ultérieur, peu glorieux). En effet, Albert Richard ne répugnait pas aux manœuvres qui sont habituellement le lot des parlements et des organisations politiques qui aspirent à y figurer. Ci-contre, la couverture de l’ouvrage que Claire Auzias et Annik Houel ont consacré à la grève des ovalistes de 1869 (Payot, 1982).

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Comme tant de personnages intéressants, mais aussi comme l'anarchisme, dont il est considéré à raison comme l'un des fondateurs modernes, le révolutionnaire russe Michel Bakounine (1814-1876) a mauvaise réputation : apôtre de la violence, faible théoricien, radicalement extérieur au champ intellectuel européen, on ne compte plus les griefs qui lui sont adressés.
Toute une partie de ce blog consistera d'abord à corriger cette image, erronée non seulement parce qu'elle consiste à projeter sur la personne de Bakounine les fantasmes construits à propos de l'ensemble du mouvement anarchiste, mais aussi parce que Bakounine n'est pas seulement l'un des premiers théoriciens de l'anarchisme. En consacrant ce blog à Bakounine, nous entendons ainsi présenter toutes les facettes de sa pensée et de sa biographie, depuis les considérations familiales de ses premières années jusqu'aux développements théoriques anarchistes des dernières, en passant par son inscription momentanée dans la gauche hégélienne et par son panslavisme révolutionnaire. Nous nous permettrons également quelques excursus, dans la mesure où ils pourront contribuer à éclairer la biographie et la pensée de notre cher Michka ! Le tout sera fonction des envies, de l'actualité, des réactions de lecteurs, et contiendra autant que possible de la documentation sous forme d'images et de textes.