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L’imaginaire des libertaires aujourd’hui
REVUE ELECTRONIQUE DE SOCIOLOGIE - Esprit critique - vol. 04 no. 08, Août 2002

L’imaginaire des libertaires aujourd’hui

Par Orazio Maria Valastro

Ouvrage : Domenico Pucciarelli, L’imaginaire des libertaires aujourd’hui, Préface d’Alain Pessin, Lyon, Atelier de Création Libertaire, 1999.

Les libertaires : agents de la transformation sociale
Les principes de base de l’anarchisme des libertaires, les figures ayant particulièrement marqué la mémoire collective et les représentations concernant ce mouvement, ses idées et leurs implications politiques et sociales, sont examinées dans ce texte pour rendre compte d’un imaginaire qui leur est propre. Il ne s’agit pas d’une analyse de l’imaginaire libertaire mais plutôt d’une observation de l’imaginaire des libertaires à partir de leurs activités quotidiennes, leurs désirs et leurs rêves, se déployant dans les pratiques des individus intervenant pour la transformation de nos sociétés.
L’imaginaire des libertaires se traduit ainsi par des agissements et des postures permanentes de remise en cause de l’existant dans la vie de tous les jours, expérimentant des pratiques pour soutenir l’affirmation d’une société sans domination. Ce sont ces libertaires qui sont censés assumer, dans leurs activités quotidiennes, la place d’agents de la transformation sociale. Il ne sera pas possible toutefois pour l’auteur de sonder complètement cet imaginaire. Il écrit en effet en effet : "nous n’avons pourtant qu’une portion de cet imaginaire ’avouable’ car il y a en chacun-e de nous cette partie ’inavouable’ qu’on livre rarement. Il ne s’agit pas d’un imaginaire ’caché’ mais ’intime’, quelque chose qui est enraciné en nous-même et qu’il est difficile, ’dur’ de mettre en scène, sinon à travers la poésie ou à travers l’expression du sensible en général." (L’avenir des libertaires, p. 298.)
Les différents parcours et trajectoires sociales considérés montrent qu’il y a autant d’individus que d’expériences sociales, bien que ces individus soient plus représentatifs des couches moyennes de la population de par leur statut socioprofessionnel. Leur adhésion dans un groupe et leur engagement dans une activité donnent cependant un cadre et une signification collective à leur imaginaire. Sans écarter l’analyse de l’imaginaire radical, celui du sujet, de l’observation de l’individu, qui représente le corps historique de nos sociétés, il est concevable de rapprocher ce qui ressort de l’esprit avec ce qui ressort de l’action sociale et interpréter ainsi les processus rationnels et les phénomènes émotionnels en jeu dans les pratiques sociales des individus. D’où la nécessité d’envisager le sentiment commun reliant un ensemble de personnes qui est caractérisé par une sensibilité particulière, " qui sous-entend un regard critique sur soi et sur le monde " (Les chemins anarchistes, p.143.), une sensibilité qui est " le produit d’un phénomène inhérent à la dynamique interne aux mouvements sociaux, une nécessité, une sorte d’énergie résultant du frottement entre l’évolution technologique, les structures sociétaires, l’individu historique et son imaginaire." (La révolution au quotidien, p. 162.)

Interroger l’imaginaire.

Le questionnement de l’imaginaire des libertaires, soutenu par une démarche anthropologique, est éclairé par l’observation participante et l’implication d’un professionnel des sciences humaines et sociales - lui-même militant libertaire -, témoigne du comment " l’acteur chercheur vit quotidiennement avec le je acteur " (Sur la voie de la recherche comme remise en cause du quotidien, p.28.). La transition de l’acteur-acteur à l’acteur-chercheur nous montre alors cette autre figure de l’implication sociologique : l’analyse des mondes sociaux et sa validation par les acteurs est ici renversée, l’acteur devient un observateur professionnel, " un agent qui intervient activement dans le chemin de la recherche et qui ne peut pas abandonner devant la porte de son laboratoire ses principes, son corps, son imaginaire, car le laboratoire du sociologue est avant tout son cerveau, son âme, sa sensibilité." (Vers une sociologie de la liberté, p.38.)
Pour appréhender cet imaginaire, une autocritique vis-à-vis d’un engagement personnel politique et social et de la richesse des principes et des représentations acquises, a été indispensable recourir à la mythocritique et à la mythanalyse. Des instruments méthodologiques particuliers sont nécessaires pour rendre compte de la vision critique du monde des libertaires, pouvant se proposer en tant qu’espaces expérimentés ouverts aux questionnements formulés par la critique sociale. Á travers une lecture de l’imaginaire mythique de l’anarchie par les militants eux-mêmes et les personnes extérieures au mouvement libertaire, dont l’analyse des figures principales (celle du Saint et celle du Martyr) est retracée, et l’examen des mythèmes présentes dans la littérature définissent l’image du Héros anarchiste, il a fallu démythifier cet imaginaire pour mettre à jour l’imaginaire expérimenté par les libertaires d’aujourd’hui dans leurs engagements et dans leurs vécus quotidiens.
L’analyse des histoires de vie, l’observation participante et l’implication personnelle dans les collectifs libertaires, a mis à jour la pensée et la pratique de plusieurs libertaires, envisagés en tant qu’acteurs sociaux et mouvement social. Leurs trajectoires sociales et leurs expériences singulières décèlent le renouveau des principes de l’imaginaire révolutionnaire et utopique anarchiste qui s’épanouit dans leur engagement et leur intervention sur le terrain social. L’action culturelle et politique ressort d’un imaginaire dont les principes de bases sont ceux de l’anarchisme : la justice sociale, une société sans exploitation comme fondement du lien social ; l’autogestion, des pratiques autogestionnaires des activités sociales (activités de production et activités publiques de la gestion des ressources et du territoire) ; l’altérité, une attention particulière pour l’individu, la reconnaissance de sa spécificité et de sa différence ; le refus de toute domination, dont par exemple l’anti-autoritarisme, l’anti-militarisme et l’anti-cléricalisme, qui font de la pensée anarchiste une herméneutique de la vie sociale.
Les activités et les sensibilités examinées, relevant de l’expérience collective des individus s’étant investis dans le mouvement libertaire lyonnais depuis trente ans, nous aident ainsi à repérer des espaces, des idées et une culture, éclairant un agir animé par la détermination d’assumer la place d’agents de la transformation sociale. Animés par l’élan d’une révolution permanente, les libertaires éprouvent la tension de leurs passions et désirs, vécus et représentés par des formes de résistance aux effets de la globalisation, l’uniformisation des cultures et la poussée des inégalités sociales, se confrontant avec l’envisageable possibilité de représenter une alternative concrète en tant qu’agent de la transformation sociale.
Interroger l’imaginaire et la capacité des individus à concevoir des situations sociales alternatives, des configurations alternatives des liens sociaux, c’est le travail amorcé dans ce texte. L’auteur, en tant qu’acteur chercheur, essaie aussi de présenter aux libertaires eux-mêmes " un miroir et une mémoire collective qui permettra, éventuellement, de relever en eux (et du coup en lui-même) cette opération magique qui transforme l’imaginaire en une machine qui critique le monde et en imagine un nouveau." (Démystifier avant de constater, p.56.)

Fiche bibliographique de l’ouvrage

L’imaginaire des libertaires aujourd’hui / Domenico Pucciarelli ; Préface d’Alain Pessin. Lyon : Atelier de Création Libertaire, 1999. - 365 p. - ISBN 2-905691-64-6.

Sommaire : Avant Propos - Préface d’Alain Pessin - Une histoire de rêve  : Sur la voie de la recherche comme remise en cause quotidienne ; De l’acteur-acteur à l’acteur-chercheur ; Vers une sociologie de la liberté ; Seul un indien connaît les siens ? ; Figures mythiques et visages libertaires ; Démystifier avant de constater - Première Partie : Le renouveau de l’anarchisme  : Imagine ; De l’anarchisme négatif à l’anarchisme positif ; Une internationale culturelle - Deuxième Partie : Les agents de la transformation sociale  : Entre les anciennes poussent quelques jeunes plantes ; Quand la marmite commence à bouillir ; Mai 68, ce n’était pas la Révolution mais... ; Le choix des acteurs ; Les lieux des entretiens ; Si peu de femmes ; Les chemins anarchistes ; La révolution au quotidien ; Qui manque à l’appel ? ; Le refus de l’entretien, une réponse spécifique et explicite - Troisième Partie : L’agora libertaire  : L’imaginaire des libertaires ; 1. Les principes de base de l’anarchisme ; De la justice comme fondement des liens sociaux ; L’autogestion ; Le respect de l’individu et la négation de l’autorité ; Le refus de la domination ; La réflexion et l’action ; 2. Les penseurs d’hier et d’aujourd’hui ; Bakounine où es-tu ? ; Les vieilles barbes ; Une pensée collective ; Une problématique non résolue ; Des images à mettre en boite ? ; 3. De l’influence des idées libertaires chez les acteurs et dans la société ; L’anarchisme au quotidien, ’je ne marche pas dans vos combines’ ; Première assemblée générale, ’On sent dans l’aire un petit fond libertaire’ ; Deuxième assemblée générale, ’Le petit torchon noir flotte toujours sur la marmite ?’ ; 4. Révolution quand tu nous tiens..., ’Une seule solution la révolution !’ ; 1er mai 2001 ; Oui ! ; Oui mais... ; 5. L’avenir des libertaires ; Maîtriser l’existence ; 6. L’avenir du mouvement libertaire ; Les presque optimistes ; Les presque pessimistes ; Libérer l’imaginaire, une révolution libertaire pour le XXIème siècle  ; Les anarchistes croient-ils toujours au paradis terrestre ? ; Et maintenant ? ; J’ai fait un autre rêve ! ; Bibliographie .
Abstract :
Les démarches, les désirs, la vie même, les rencontres inattendues avec d’autres idées et d’autres rêves, ne cessent de subvertir les ’traditions’ anarchistes. Se lançant à la découverte de cette anarchie dans l’anarchie, Mimmo D. Pucciarelli ne fait que reprendre une vieille habitude, qui fut celle de Proudhon, lequel voulait que la science sociale - c’est-à-dire tout simplement la connaissance que l’on a de la vie commune - consiste à épouser la réalité dans tous ses détails, dans tous ses mouvements, dans l’intimité de ses contradictions. Il ne s’agit de rien d’autre ici : seulement de se demander où en est le mouvement libertaire, qui l’anime, quelles sont ses idées et ses rêves - et n’y a-t-il pas contradiction entre ses idées et ses rêves ? - quelles sont ses chances dans le monde d’aujourd’hui ? On ne trouvera évidemment pas dans ce livre de réponse à toutes ces questions, moins encore de propositions sur les possibles voies à suivre. Parce qu’il se veut lucide, parce qu’il a pour objet une période de crise, il est un livre d’incertitude, constatant qu’un renouvellement radical de la sensibilité et de l’imaginaire libertaire est nécessaire, qu’il est possible - comme en attestent de multiples expériences individuelles et collectives -, mais n’en cachant pas les timidités et les limites.

Présentation de l’auteur : Mimmo D. Pucciarelli a participé depuis le début des années 70 à de nombreuses activités et promu diverses initiatives au sein du mouvement libertaire, d’abord en Italie puis en France, et plus précisément à Lyon où il a été, entre autres, un des animateurs de la revue Informations et Réflexions Libertaires (IRL) de 1975 à 1991 et cofondateur des éditions de l’Atelier de Création Libertaire en 1979. Il a publié en 1966, pour les éditions de l’Atelier de Création Libertaire, Le rêve au quotidien : de la ruche ouvrière à la ruche alternative, les expériences collectives de la Croix-Rousse (1975-1995), avec une postface de François Laplantine.

Orazio Maria Valastro

Notice :
Valastro, Orazio Maria. "L’imaginaire des libertaires aujourd’hui", Esprit critique, vol.04 no.08, Août 2002, consulté sur Internet : http://www.espritcritique.org




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